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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 05:13

Ceux qui suivent un peu l'actualité en Belgie-que savent qu'à la moindre occasion nos médias comme certains de nos concitoyens conditionnés aiment à tirer à boulet rouge sur la France, par bêtise parfois, par amnésie souvent. Mais, ce qui est compréhensible en Belgie-que, pays conçu contre la France l'est moins ailleurs.
Un correspondant vient de m'envoyer ce texte tiré
d'un blog de réflexions.

Pourquoi la France fait-elle peur en Europe et pourquoi le français est-il systématiquement taxé d’arrogance dès qu’il exprime une opinion personnelle ce qui, dans un système démocratique, est pourtant fondamental ?

Si l’on excepte quelques périodes comme les soubresauts révolutionnaires et les conquêtes napoléoniennes qui résultent le plus souvent d’actes d’autodéfenses d’une nation à laquelle les monarchies européennes refusaient la liberté de se déterminer, la France c’est le plus souvent abstenue de toute tentation impériale du moins en Europe, à l’exception notable de Charlemagne. Les rois capétiens tentèrent d’offrir au pays des frontières naturelles, le fameux pré carré, sans voir au-delà à l’exception de François 1er qui voulut faire valoir ses droits en Italie, mais les anglais n’ont-ils pas tentés de faire valoir les leurs en France même. D’ailleurs, d’une façon générale, c’est plutôt la France qui, tout au long de son histoire, fut en permanence obligé de se garder des tentatives d’invasions de la Germanie comme de l’Angleterre, sans oublier la tentative d’invasion arabe terrestre et les innombrables raids vikings et sarrasins en Méditerranée au fin de pillages et d’esclavages.

Une nation en permanence sur la défensive et menacée dans son existence peut-elle être dangereuse ?

Cette permanence du danger extérieur a eut pour principale conséquence heureuse l’établissement d’un état fort, d’un pays soudé et solidaire, laquelle solidarité vaut aussi bien pour les ethnies constitutives que pour les individus.

Pour comprendre les raisons de cette crainte des autres européens regardons une carte :

La France se trouve, à peu près au centre de l’Europe surtout occidentale, c’est à dire de l’Europe ouverte sur le monde par l’Atlantique. Judicieusement placée du point de vue climatique avec des façades maritimes ouvertes sur les deux principales mers d’Europe, un agencement des plaines et des montagnes idéal, des frontières pour la plupart naturelles à l’exception de celle du nord-est grande ouverte sur la grande plaine nord européenne et que l’existence de la Belgique a empêché de s’établir sur le Rhin.

A ces dispositions géographiques idéales, s’ajoute une superficie non négligeable à l’échelle européenne puisque seules la Russie et l’Ukraine sont plus vastes. L’Espagne qui est l’autre « grand » pays de l’Europe occidentale est nettement plus petit.

Un autre atout non négligeable réside dans sa remarquable stabilité territoriale et la cohésion de son territoire pourtant multiethnique. Alors que partout ailleurs les autonomismes et les indépendantismes sont la norme, au point que l’on en vient à se demander parfois si l’indépendance des communes ne sera pas un jour la norme, la France conserve une structure unitaire soudée non par la force comme le fantasment certains de nos voisins, mais par l’adhésion générale de tous à la nation française. Si chez nos voisins on rêve d’autonomies régionales, d’états nations mono ethniques, en France l’on est adepte du métissage, du mélange et l’on est français avant d’être autre chose quand bien même on prétend le contraire. D’ailleurs comment le pourrait-on ? Il n’est pas un occitan où un breton qui n’est de la famille, qui travaille en dehors de son territoire, épouse une « estrangère », sans compter qu’une part non négligeable de la population a des origines extranationales. Revendiquer une « Race » où une « Culture » particulière relève de la construction mentale sinon du délire auxquels quelques minoritaires s’adonnent parfois, mais ils paraissent ridicules aux yeux du reste de la population. Alors pour les ethnicistes, culturalistes et autres racialistes étrangers et leurs visions étriqués, la France représente le contre modèle absolu, l’aberration qui décrédibilise toutes leurs affirmations et idéologies. Pour cela il est nécessaire de vilipender, d’exécrer cet édifice contre nature.

Enfin, de tous les atouts dont dispose la France et celui qui, sans doute, effraie le plus consiste en la relative vacuité de son territoire.

Si nous nous amusons à comparer la densité de population française par rapport à ses voisins immédiats, nous réalisons bien vite que malgré une disposition géographique avantageuse, un climat tempéré enviable, un sol plutôt habitable dans l’ensemble, la France est sous peuplée par rapport aux contrées environnantes.

Le fait est nouveau par rapport à l’histoire ancienne et résulte des troubles révolutionnaires, des guerres napoléoniennes, des nouvelles mœurs (qui restent à démontrer pour le XIXème siècle) ainsi que de la grande saignée de la 1ere guerre mondiale.

Jusqu’au début du XIXème siècle la France fut le pays le plus peuplé, par la suite, sa population s’accrut d’une manière plus douce que celle de ses voisins tant et si bien que le rapport s’inversa et que la France est en quelque sorte devenu un « trou » démographique au sein du continent européen.

Si l’on s’amuse à calculer qu’elle serait la population française si la densité de son peuplement équivalait à celle de ses voisins immédiats et cela en retenant une superficie de 500 000 km2 afin de prendre en compte les zones inhabitables par suite, par exemple, du relief, on arrive aux chiffres suivants :

Pour une population aussi dense que celle de l’Allemagne = 115 millions d’habitants ;

Pour une population aussi dense que celle de l’Angleterre = 123 millions d’habitants ;

Pour une population aussi dense que celle de la Hollande = 197 millions d’habitants.

Chiffres considérables surtout si l’on songe qu’il ne s’agit là que d’un calcul effectué sur la seule base du territoire métropolitain.

On comprend alors l’angoisse de nos voisins, si l’Union Européenne devient autre chose qu’un grand marché, la France en sera l’état dominant par le seul jeu de ses atouts naturels et de sa population.

Alors nos voisins nous redoutent, notre état est bien trop sûr de lui, « arrogant », nous détenons la bombe nucléaire, nos régions mêmes ultramarines ne recherchent pas l’indépendance où l’autonomie, nous promouvons des valeurs antagonistes des fantasmes ethnicistes, anti-étatique qui prévalent ailleurs et même notre population s’accroît non seulement du fait d’une immigration qui se francise quand même malgré les difficultés, mais aussi de par son expansion naturelle quand presque partout ailleurs le déclin s’amorce.

A terme, inéluctablement, la France retrouvera la place qui était la sienne sous Louis XIV et même plus encore puisque, aussi respecté et redouté que pouvait être l’état français de l’époque, sa main ne pouvait porter plus loin que ses frontières, son armée ne s’aventurait pas en dehors, à l’exception des Pays-Bas mais il ne s’agissait là que de fermer le Pré Carré.

Dans une Europe Unie dominée démographiquement par la France, il va s’en dire que son poids serait incontournable, son influence inévitable et qu’il n’y aurait guère que la Russie où les USA pour en limiter la portée.

Alors les français découvrent, toujours avec grande surprise qu’ils sont arrogants, suffisants, intolérants à l’extérieur alors qu’ils ne désirent pour la plupart que vivre en paix, qu’ils n’ont aucune ambition hégémonique, qu’ils sont plutôt discret dans l’expression de leur patriotisme et que le nationaliste français le plus obtus semble toujours bien léger, pour ne pas dire ridicule, par rapport aux exemples étrangers.

Quand à nos voisins, ils s’efforcent de nous contrer même dans nos intentions les meilleures, l’émergence d’un état européen leur fait redouter une mainmise française, ainsi qu’un relatif effacement ; ils aimeraient que nos régions fassent comme ailleurs et se détachent de Paris ; ils vont chercher hors du continent des appuis, des contrepoids ; ils s’efforcent de faire rentrer dans l’Union des états susceptibles d’annuler, voire de contrer, la future prépondérance française comme la Turquie où l’Ukraine.

Dites moi que les politiques étrangers ne se sont pas « amusés » à ces calculs et qu’ils n’en ont pas tiré les conséquences.

Intéressant, non ?

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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 12:00

Après avoir annoncé que ce serait un Flamand francophone qui serait tête de liste aux élections régionales à Bruxelles, la presse nous informe aujourd'hui que ce même parti réserve des places sur ses listes – en Wallonie ! – au sous-marin populiste flamand dont je vous ai parlé précédemment. Edifiant !

 

Effet de la régionalisation, il est maintenant clair qu'il n'y a plus vraiment de Wallons impliqués dans le champ politique à Bruxelles. C'est pourtant eux, les Wallons de Bruxelles et de Wallonie, qui ont mené le combat pour la défense et la présence de la langue française dans cette ville… Après en avoir fait la richesse par leur travail.

 

Je n'ai évidemment pas l’impudence de prétendre décider pour les Bruxellois et j'ai déjà dit tout le mal que je pensais de l'appendice bruxellois "dit francophone" du MR qui nous avait déjà montré ses visées – territoriales et politiques - sur la Wallonie. Appendice extrêmement conservateur – au sens belgo-nationaliste et anti-flamand – du terme(*). Je ne pensais pas qu'il s'agissait là de ce qui pourrait apparaître comme une tactique concertée pour nous mettre complètement sous influence. Voyez plutôt, ce matin le fils Michel disait à la RTB(f?) que son parti était d'accord avec plus de 85 % des propositions de l'énergumène qui est venu faire son nid à Lustin. Ces propositions, ça signifie pour la Wallonie : un enseignement bilingue (en immersion néerlandaise) qui en abâtardissant le français nous coupera également des autres grandes langues internationales et une circonscription électorale unique favorisant la majorité belgo-flamande (*)… Décidément, les grands libéraux wallons comme François Bovesse ou Jean Rey qui ont défendu l'intégrité française de la Wallonie doivent se retourner dans leur tombe.

 

Et ce n'est pas mieux dans les autres partis, hélas. Autres partis où on assiste aujourd'hui au retour d'expressions vides de sens qui nous ont fait tant de mal comme ces appels à "prendre en compte les "vrais" problèmes de gens" qui cachent les vrais enjeux. Il ne faut perdre de vue que la Flandre va faire face à de très grandes difficultés économiques à très court terme. Ce sera l'occasion pour ceux qui n'ont jamais eu un fifrelin de sentiment wallon de ressortir les vieux oripeaux de cette Belgique qui nous a tant coûté. Il est temps que les Wallons conscients, dans ou en dehors des partis, se ressaisissent. Allons-nous oublier ce que nous a coûté la Belgique dont la richesse et le développement de Bruxelles et de la Flandre se sont fait avec le sang, la sueur et le travail des Wallons ? Allons-nous oublier les trente dernières années de mépris dont la Flandre nous a gratifié ? Avez-vous remarqué à ce propos que les Flamands ne parlent presque plus des transferts ? Allons-nous voler à leur secours, entrainés par les cœurs purs, atterrés par la dégradation galopante de l’économie en Flandre ? 

 

Les circonstances nous sont favorables.  La Wallonie en train de se reconstruire encaisse mieux le choc que d'autres. Il faut agir au plus vite. Et partir !

 

Tout retard nous sera préjudiciable. Il suffirait d'un événement aussi anodin qu'un changement de roi par exemple pour nous faire perdre des années…

 

(*) Sous des déclarations répétées d’appel à un « Etat wallon-bruxellois au sein de la Belgique », ce que certains veulent éviter, là comme en Flandre, c'est l'émergence d'un dynamisme régional wallon et d'un dynamisme régional bruxellois. Car ceux-ci seraient fatals à l'Etat belge. Les problèmes institutionnels sont voulus comme « communautaires », c'est à dire opposant les tenants des deux langues principales. C’est faire le jeu de la Flandre. Le jour où Wallons et Bruxellois ne se sentiront plus liés entre eux par ce lien qui n'a d'autre finalité que de donner la réplique au nationalisme flamand, la Belgique aura cessé d'exister. La Flandre n'ayant alors plus aucun espoir de conquérir Bruxelles qui se sera rendue autonome, et alors oui, elle prendra son indépendance. A contrario, si Bruxelles devenait flamande, la Wallonie serait, au mieux larguée, au pire colonisée. Les positions communautaires, au sens littéral du terme, sont donc, paradoxalement, nécessaire à la survie de l'Etat belge. Il fait partie du rôle de propagande, de la raison d’être, de certains partis de les entretenir en s’abritant derrière des prétextes linguistiques.

(**) Ils se retrouvent sur notre dos, observez les convergences…

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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 12:03

On l'a oublié, mais c'est le 2 février 1625, qu'un fortin fut érigé sur l'île de Manhattan, à l'embouchure du fleuve Hudson. Autour du fortin se sont installées trente familles de protestants, surtout wallons (accompagnés de quelques flamands et français), envoyées par la Compagnie hollandaise des Indes occidentales (la VOC).
 
L'histoire retiendra que la petite colonie est baptisée La Nouvelle Amsterdam. L'aventure avait pourtant commencé plus tôt, le 4 mai 1624 huit familles furent déposées à la pointe de Manhattan. En 1625, Pierre Minuit est chargé d’une mission exploratoire visant à établir un plan concret permettant, à terme, le développement de cette colonie et une rentabilité comparable à celle des autres secteurs d’activité. Il en devint le premier gouverneur. Né à Wesel (Rhénanie), son père, Jehan, natif de Tournai, dut fuir la répression sanguinaire du duc d’Albe, pilier du régime d'occupation espagnol. L’oncle de Jehan, Salomon Minuit, ayant été exécuté comme hérétique en place de Tournai vers 1570. La tyrannie de Philippe II et de son âme damnée, le duc d’Albe, joua, sans le vouloir, un rôle significatif dans la naissance de New York dont le nom initial fut, dès l’arrivée des premiers Wallons, Neuve Avesnes, en l’honneur de Jesse de Forest (natif d’Avesnes), personnage clef de l’exode de ces pionniers.
Mais qui s'en souvient ?

Hier; le 1er février, c'était l'anniversaire de l'assassinat de François Bovesse... Militant wallon et résistant au fascisme. Animateur de la Ligue wallonne de Namur, délégué à l'Assemblée wallonne jusqu'en 1927 et membre du Comité de l'Union nationale wallonne, il est à l'origine de l'organisation des fêtes de Wallonie, à Namur. Cette fête est l'occasion pour lui de réclamer l'égalité de droit entre Wallons et Flamands, et de dénoncer les appétits flamingants. Comme Jules Destrée, il perçoit, dans la mise en place des lois linguistiques d'après-guerre, le risque de flamandisation de la Wallonie. Il les combat au nom de l'homogénéïté linguistique et culturelle des deux régions. Ses participations ministérielles font de lui l'homme de la Wallonie au gouvernement. Il y défend les positions du Mouvement wallon : maintien de l'accord militaire franco-belge, refus de la loi d'amnistie et combat contre le parti fasciste Rex.


Libre penseur, il a écrit que

"les problèmes qui séparent l'incroyant et le croyant sont insolubles sur le plan de l'autorité et seule, la liberté totale peut les résoudre. La liberté qui se traduit en l'espèce par le respect absolu des personnes et des idées et par la séparation très nette de la politique et de la religion." On en est loin...
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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 12:01

Permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter, avec quelques jours de retard, une excellente année 2009. Et une grande année pour la Wallonie, les Wallonnes et les Wallons.

 

Ensuite, voici un billet qui peut paraître futile en cette période de crises, financière, économique, sociale ou encore climatique (!), mais à l’heure où Chris Peeters exige que « des résultats arrivent très rapidement et que des accords partiels soient atteints très rapidement » en matière de négociation de réforme de l’Etat, sachant que BHV va revenir très prochainement au Parlement et que presqu'à la veille (samedi 7 mars) d’une manifestation à Bruxelles qui sera une première en Europe, celle des Catalans réclamant leur indépendance, il m’a paru utile de faire le point sur un sujet qui, s'il n’est plus tabou, est souvent très mal traité. Les conditions de la réunion de la Wallonie (et pourquoi pas de Bruxelles ?) à la France.

 

Cet été, le sondage circonstanciel de « La Voix du Nord » et du « Soir » donnant près de 50 % de Wallons favorables à l'union à la France a alimenté de nombreux fantasmes. Avec le recul, je pense que son seul mérite, c'est de nous obliger à sortir - enfin ! - des propos simplificateurs. Et je remercie particulièrement deux correspondants français, Jacques Le. et Cédric Ch. d'avoir alimenté ma réflexion par leurs courriers.

 

En effet et à ce titre il a été utile, tant qu’il s’agissait d'entretenir une flamme, un espoir lointain, le discours réunioniste a fait l'impasse sur les conditions même de la réunion à la France. Négligeant le « comment » qui est pourtant aussi important que le « pourquoi ». Si on peut comprendre dans le contexte historico-politique cette volonté de simplification, nos concitoyens retiennent malheureusement surtout de ce discours (cet évangile ?) répété et quasi incantatoire dans le chef de certains  que celle-ci prendrait la forme d’un cadre juridique et institutionnel d’accueil dans une France banalisée. La Wallonie devenant une région de droit commun (la «23ème»), les provinces des départements, etc.

Les Wallons devraient donc se présenter tout nus devant Marianne, qui leur donnerait une tunique standard à endosser. Tunique évidemment conforme à celle commune au Ch'timi et au Provençal, lesquels seraient politiquement et juridiquement indifférenciés, car uniquement reconnus en leur qualité de Français. Selon ce schéma, il conviendrait, pour mériter cette qualité, de nier 179 ans de Droit belge et 29 ans d’autonomie wallonne. Or, en plus de la langue et de l'histoire, le Droit et les institutions (la différenciation et la pratique de l'autogestion qu'elles permettent, en tous cas jusqu'à un certain point) sont des piliers concrets de l’identité.

Inutile de préciser que cette présentation (ou ce qui en est retenu) dessert magistralement la cause rattachiste ! Les échecs électoraux répétés du parti qui a jusqu'ici porté ce projet en se basant sur ce seul message s'expliquent facilement. Et il est méprisant d'en rejeter la cause sur les Wallons qui seraient « conservateurs, peu politisés ou qui ne comprennent rien… »…

Les opposants à cette vision n’ont d’ailleurs guère de mal à la railler, d'autant qu'elle ne peut séduire les Wallons, si ce n'est, au-delà de quelques individus qui ont la bougeotte, que quelques aigris ou déçus du système.

Surtout, il est d’autant plus idiot de la laisser perdurer qu’elle est fausse, politiquement et juridiquement.

 

C'est que la réalité serait tout autre. L'octroi d'un statut particulier est, en effet, incontournable et inévitable, en raison de l'histoire et des évolutions du Droit public français. La Wallonie disposerait d’un statut spécial d’autonomie, équivalent en étendue et en substance à celui qui est actuellement le sien. Les institutions et les corpus juridique ex-belge et décrétal wallon seraient maintenus sur tout son territoire pour l’essentiel, à condition - bien entendu - que les Wallons le souhaitent. Cette autonomie serait même augmentée par la récupération de compétences de l'ex-Communauté française et de l'ex-Etat belge, hors certaines compétences régaliennes évidemment (Défense, Affaires étrangères, etc).

C'est qu'on ne peut, pour des raisons pratiques, dans les Etats complexes aux législations denses, faire fi de ce qui préexiste. Supprimer le Droit local pour y substituer en bloc le Droit français, c'est une logique d’annexion. Si elle se comprenait dans le cadre de la réunification allemande après la faillite de l'ex-RDA, c’est une imposture de laisser penser qu’un sort semblable attendrait les Wallons. Simplement, parce que la République sait faire place à l’autonomie de certains de ses territoires. Sa Constitution prévoit des régimes de large autonomie outre-mer et aussi la possibilité de statuts spéciaux pour l’ensemble de ses Collectivités territoriales. Statuts qui peuvent concerner de nombreux domaines, en particulier celui du Droit et des institutions. Cette approche peut également être parfaitement appliquée à un territoire nouveau, quelle que soit la forme d'association. Et en réponse aux objections, je rappelle que si le statut de la Corse n’est pas plus «autonomiste», c’est dû à l’opposition de la majorité des corses eux-mêmes.

Il s’agirait d’aller plus beaucoup loin pour la Wallonie (et pour Bruxelles ?) que pour la Polynésie comme dans le projet de Daniel Ducarme. En bref, l’Etat français se substituerait à l’Etat belge, et pas plus. La Wallonie, comme entité, serait maintenue telle quelle, avec ses institutions et son Droit ex-belge . L’Etat français assumerait totalement ce que l'Etat belge donne aujourd’hui, y compris ses obligations financières, incluant les fameux transferts (s'ils existent réellement) nécessaires à la conservation des droits sociaux, la garantie de l’autonomie institutionnelle et juridique. Conception radicale et simple. Seule raisonnablement possible.

 

Ce ne serait pas là non plus le passage de la France au fédéralisme, système qui concerne l’organisation de l’Etat tout entier et qui n'est de toute façon pas à l'ordre du jour, les Français plébiscitant leur système actuel. Mais l’acceptation, dans un Etat qui reste unitaire, d’un statut spécial pour un territoire et une population nouvellement rattachés, dotés de leurs institutions originales et de leur corpus juridique. De toute manière, sur un plan général, les élites françaises sont désormais, dans leur grande majorité, largement décentralisatrices. Si la régionalisation n’y est pas plus poussée, c’est dû au conservatisme de la société ou plutôt à l'absence de besoin de ce type et non à l’Etat qui est à même d’accepter un tel lien de type fédéral, à titre exceptionnel, avec la Wallonie.

Il n’est donc pas efficace de dire et de répéter aux Wallons « aimez la France à la place de la Belgique ». Et ce n’est pas assez de montrer que l’Etat belge étant mourant, c’est la seule solution valable de substitution (beaucoup croiront jusqu’à la fin qu’une «entité wallo-bruxelloise » pourrait continuer la Belgique). Il est stupide de nier, de fait, notre identité, en n'affirmant pas que le maintien des institutions et du Droit ne fait nullement obstacle à un rapprochement étroit avec la France. Ce qui ne veut évidemment pas dire que tout est parfait et que nous ne devons pas continuer à améliorer et faire évoluer nos institutions...

 

Les Wallons (et leurs dirigeants politiques ou autres) ne veulent pas perdre les acquis représentatifs de ce qu’ils sont, fruits de notre histoire et de nos luttes. Nous pourrions les conserver et même les faire fructifier dans la République française.

Nous ne sommes plus au XIXème siècle. Les Etats européens ne sont plus des entités fermées, quasi autarciques. Il n'y a plus vraiment d'indépendance nationale… Et si les Wallons montraient, dans l’Europe et le Monde modernes, la voie d’une nouvelle façon de concevoir les Etats ? Tout en restant eux-mêmes. Pensons-y en préparant les élections de juin…

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 12:29
Cela m'a fait plaisir. Si vous avez suivi l'actualité, avec 40,8 % des voix, le Parti québécois fait à nouveau presque jeu égal avec le vainqueur libéral (entendez : "conservateur"). Ce dernier a déjà déclaré vouloir mieux prendre en compte l'intérêt du Québec dans l'ensemble canadien…

Nous en sommes loin en Wallonie. Les partis porteurs des revendications du Mouvement wallon sont devenus par la grâce du système, mais aussi par les erreurs de leurs dirigeants, un "mouvement pluriel" et pire encore, on pourrait presque parler de "particules élémentaires"… des miettes ?

 

Sans revenir sur les raisons qui nous ont amené là, il faut admirer et reconnaître la force du sentiment national au Québec. Cette force politique et culturelle, cette maturité politique, qui est venue appuyer la revendication de l'indépendantisme et soutenir le dynamisme de l'économie. Rien de tout ça chez nous.

Mais c'est bien ce qui s'est également passé en Flandre par contre.  Même si je n'aime pas ce "sentiment national" là, qui est un modèle d'exclusion et d'égoïsme, une conception rancunière et haineuse du patriotisme.  L'antithèse même des positions historiques de l'ensemble du Mouvement wallon en somme.

C'est un même sentiment d'appartenance (terminologie plus juste que je préfère utiliser) que celui des québécois, cette identité partagée, qui a permis au Jura de devenir un Canton suisse à part entière. Les sociologues et les psychologues reconnaissent que le sentiment d'appartenance pour un groupe quelconque ou un individu est une chance face à l'adversité.

Combien de temps faudra-t-il aux autres revendications autonomistes démocratiques de notre sphère européenne (Ecosse, Catalogne, Pays Basque) pour y arriver ?

 

Je n'ai pas cité la Wallonie. Et pourtant, parmi tous ces entités aspirant à plus de souveraineté, c'est bien une de celles qui a le plus vu changer son statut juridique et celui-ci s'approcher le plus de la réalité de la souveraineté. Mais au contraire des autres, sans aspirer pour autant à devenir une nation. Parce qu'il est clair que si nous avons une identité, celle-ci ne se traduit pas par une volonté de différenciation nationale.

 

Les Wallons ont tout essayé pour maintenir la Belgique vivante, mais cela n'a pas marché. Le grand risque, maintenant, c'est de prolonger cette attitude. N'étant pas "nationalistes", ne voulant pas s'enfermer dans une identité enfermante, il faut éviter, pour sauver un Etat qui nous a coûté fort cher, de céder aux sirènes des partis traditionnels (la sécurité de ce qu'on a et qu'on connaît bien) et du monde politique flamand (la carotte ou le bâton - Voir à ce propos l'article hilarant de Rik Torfs dans le Soir du 11/12/2008) qui veulent simplement aménager, accommoder, la "structure Belgie-que". C'est le principal risque me semble-t-il, à un tel point que – et ce n'était pas ainsi, il y a n'était-ce qu'il y a encore quelques années - d'éminents spécialistes (au CRISP par exemple), professent maintenant que l'architecture institutionnelle correspond de plus en plus à une confédération d'Etats indépendants… Si c'est bien le cas, quel intérêt avons-nous à continuer à rester ensembles ?

Identité enfermante ? Nous ne sommes plus au XIXème siècle. Les nations de cette époque étaient des structures fermées quasi autarciques. Pourquoi, nous Wallons, ne serions nous pas les premiers, à l'heure de la mondialisation, à inventer les Etats à géométrie variable ? Si "union fait la force" nous répétait-on en forme d'incantation, les identités compatibles, liguées et s'épaulant mutuellement sans se rejeter rendent collectivement plus forts. Qui croit encore sincèrement en un avenir pour la Belgique ? Et comme la force d'une identité dépend beaucoup de la force de la nation qui la porte…

 

Et pourtant, ce n’est pas assez d’essayer de convaincre que l’Etat belge étant mourant, il y a une solution valable de substitution (jusqu’au bout, nombre voudront croire qu'on pourrait "continuer" la Belgique sous une forme ou l'autre). Et c’est même contre-productif de nier, de fait, l’identité wallonne, en négligeant d’affirmer le maintien des institutions wallonnes, des ses réglementations et même du droit belge, engagement de maintien qui ne ferait nullement obstacle dans les fait et en Droit (le Droit administratif international s'écrivant en fonction des circonstances et de rapports de force…) à un rapprochement étroit avec la France.

Ouvrons les yeux, les Alsaciens, les Bretons et d'autres ne se revendiquent pas uniquement comme français, mais également comme Alsaciens, Bretons ou autres, cette dualité locale-nationale étant une richesse. Et reconnue comme telle.

 

Jusqu'il y a peu, et c’était logique, tant qu’il s’agissait de maintenir vivante une faible flamme, le discours rattachiste a fait largement l’impasse sur les conditions mêmes du rattachement de la Wallonie, et éventuellement de Bruxelles, à la France. Pour le peu qu’il en était dit, on en comprend que ce rattachement là prendrait la forme d’un cadre juridique et institutionnel d’accueil de la Wallonie dans l’ensemble français totalement ou largement banalisé. Absorbée, assimilée, la Région wallonne deviendrait une région française de droit commun (la 23ème), les provinces des départements, etc…

Selon ce discours qui, reconnaissons le, est plutôt un catéchisme, les Wallons devraient se présenteront "tout nus" devant Marianne, qui leur donnerait un costume standard à endosser, en tout point commun à celui que sont sensés porter les "Français de l'intérieur", lesquels seraient, politiquement et juridiquement, non distinguables, car uniquement reconnus en leur qualité de Français. Foutaise et contre vérité évidemment. (*)

Faire table rase de presque 170 ans de "cohabitation et d'histoire(s) belge(s)" et de presque 30 ans d’autonomie wallonne ne gardant que comme point essentiel la langue, c'est faire fi des piliers concrets de l'identité que sont l'histoire, le Droit et les institutions. On n’a pas besoin de croire à la "Nation wallonne" pour constater que les wallons peuvent qu'être difficilement (et ne sont pas) séduits par une telle vision.

En niant cette identité, opposant reconnaissance du fait régional et rattachement, on dessert superbement le projet rarttachiste et au-delà de celui-ci, la cause wallonne, notre Peuple et même les intérêts de la France. C'est être nuisible.

 

Il faut qu'au plus tôt se réveillent et se réunissent, en Wallonie, toutes les voix qui ne désespèrent pas d'une région et d'un Peuple qui ne sont pas aimés comme ils devraient l'être ! (Merci à J.F. pour m'avoir inspiré cette conclusion !)

 

(*) Conformément à sa Constitution, la République prévoit déjà des régimes de large autonomie outre-mer pour de nombreux territoires et la possibilité également de statuts spéciaux pour l’ensemble de ses Collectivités territoriales. Y compris en métropole !

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 13:21
La presse "sérieuse" s'est empressée de réagir au nouvel épisode de non-nomination à la fonction de bourgmestre des ces trois personnes (abusivement qualifiées dans la presse bruxelloise de "mayeurs", mais ça fait plus populaire et a pour objectif de toucher un public plus large et d'inciter les Wallons à la solidarité, c'est de bonne guerre). Certes, la crise financière et économique (ou en tous cas celle qui est prétendue telle et qui a fait l'objet d'une campagne médiatique intense pour bien nous persuader de sa réalité… à un point tel que on va finir par en douter…) est une priorité. Mais chez-nous, elle vient en complément d'un mal plus profond.

 

Le débat fait rage et de nombreux arguments sont utilisés en faveur ou en défaveur des décisions actuelles. Débat passionnel parce que deux logiques contradictoires s'y affrontent.

Prenons un peu de recul et sans me prononcer sur le fond, il faut rappeler quelques moments de notre histoire récente. En 2001 c'est lors du vote des accords du Lambermont et de la Saint-Polycarpe présentés comme une grande victoire par les négociateurs socialistes, libéraux (y compris le FDF) et le CDH qu'a été décidé le transfert de la tutelle des communes à facilité à la Région flamande sans que personne n'y trouve à redire. Or l'expérience précédente des Fourons avait bien montré quelle serait la politique du Gouvernement flamand en la matière.

Comme je l'écrivais précédemment, "Les Flamands ont demandé la régionalisation de la loi communale pour l'utiliser pour des questions communautaires, les Wallons pour rendre la démocratie communale plus démocratique..." On aurait tort de l'oublier.

Certes, ces accord ont amené des progrès importants en matière de dégraissement de l'Etat central par le transfert aux régions d'un certain nombre de compétences (loi communale, loi provinciale, agriculture, pêche en mer et le commerce extérieur) Accompagnant un certain refinancement de la Communauté française, ont également été régionalisés, la coopération au développement (pour les compétences régionales et communautaires), le contrôle des dépenses électorales lors de l'élection des Parlements et le financement additionnel des partis politiques.

 

Mais indépendamment de tout ça, ces décisions du Gouvernement flamand ne sont pas négatives pour tout le monde. A commencer par les candidats bourgmestres intéressés à qui la Flandre garantit ainsi une rente électorale pour longtemps.  Soyons objectifs, leur non-nomination ne les empêchera de toute façon pas d'exercer leurs compétences comme l'ont fait les premiers socialistes wallons pendant une vingtaine d'année avant 1914 parce que le roi refusait de les nommer. A l'époque, les socialistes étaient républicains...

Ces décisions sont loin d'être négatives pour les Flamands qui s'en servent comme écran de fumée pour cacher le fait que sa richesse actuelle est bâtie sur du sable et que son avenir économique proche (2012-2015) étant loin d'être rose, elle doit continuer à s'accaparer un maximum de moyens pour faire face aux catastrophes annoncées.

Catastrophes qui sont à sa porte; pensons à l'effilochage de son tissu industriel basé sur des productions à haute valeur ajoutée comme le montage automobile et les milliers de PME qui en dépendent. Pensons au textile terriblement concurrencé. Pensons à la concurrence féroce entre Anvers et les ports hollandais ou ceux de la Manche… Pensons au déséquilibre démographique… La Flandre continue bel et bien à s'accaparer ce dont elle a besoin pour son développement. Pourquoi ne va-t-on régionaliser le rail que lorsque les grands travaux d'infrastructure seront terminés chez eux et qu'ils n'auront pas encore commencé chez nous ? Pourquoi croyez-vous que le dialogue communautaire n'évoque que les points qui sont favorables à la Flandre en matière de transfert de sécurité sociale et exclu ceux qui ne le sont pas comme les pensions et les mesures pour anticiper le vieillissement de la population ? Je pourrais continuer ainsi fort longtemps.

Et en échange, ces décisions sont également du pain bénit pour les politiciens wallons et bruxellois francophones (un peu long ça, disons "belgicains") qui cachent les vrais enjeux de ce débat communautaire. Ça leur évite de reconnaître que les problèmes communautaires sont en réalité des problèmes économiques, des problèmes de conquête territoriale, des problèmes d'acculturation (comment comprendre autrement l'emballement de certains pour l'introduction de la langue anglaise à Bruxelles ou pour les cours d'immersion dans l'enseignement fondamental ?). Fixer l'attention sur trois bourgmestres permet d'occulter les réalités, celles des habitants ("flamandophones" comme francophones) de ces communes certes, ceux des autres qui sont dans le même cas mais surtout l'agression économique et culturelle froide que nous, Wallons, subissons depuis 178 ans !

 

N'oublions jamais ces fortes paroles de Jule Destrée dans sa lettre au roi de 1912 :

" L'œuvre maudite se poursuit lentement, par degrés, sans brusque éclat, avec la patiente opiniâtreté qu'ils apportent en leurs conquêtes. On y distingue trois étapes: d'abord le flamand se glisse insidieusement, humblement, auprès du français. Il ne s'agit que d'une traduction; qui pourrait refuser ce service fraternel à nos frères? Puis, un jour, le flamand s'affirme en maître; il revendique la première place qu'il appelle l'égalité; le français n'est plus que toléré. Enfin, le français sans cesse anémié, diminué, proscrit (...) Tout traduire est leur rêve; puis la contrainte administrative nous imposera ce bilinguisme inutile et vexant. Jeux puérils, pourrait-on croire. Non pas. D'abord le ridicule ne tue pas en Belgique. On s'y habitue facilement. On rit, on plaisante, on s'indigne, mais la contradiction reste. Le flamand ne recule jamais. Il a la douce obstination têtue du fanatisme".

Sincèrement, qu'est-ce qui a changé depuis 1912 ?


A quand un vrai parti politique, unissant les Wallons qui aiment leur Wallonie, qui affiche clairement son objectif de séparation ? Voilà un bel objectif pour juin 2009.

Il faut oser se dire wallon. Le peuple wallon est un peuple ouvert. Affirmer une certaine identité, une certaine appartenance est plus que légitime. A condition qu’on ne tombe pas dans des radicalismes nationalistes "à la belge". L’identité et la culture sont deux choses différentes. L’identité wallonne, c’est la citoyenneté politique. Notre culture est  française. "Utilisant le français depuis des siècles comme langue de culture, les Wallons ont profité de sa fortune prodigieuse, de son prestige incomparable, de son rayonnement immense dans le monde. Le français est devenu pour le wallon une « alma mater », une langue maternelle, au même titre que pour un Bourguignon, un Champenois ou un Normand. Car le français a pénétré tous les domaines de la pensée et du sentiment, dans la vie spirituelle comme dans la vie familière"... comme l'écrivait Félix Rousseau.

La séparation d'avec la Flandre doit être le premier objectif, ensuite nous discuterons entre-nous de nos choix d'avenir. Il n'est évidemment pas imaginable pour moi que ce choix devienne centrifuge par rapport à l’ensemble français.

 

En attendant, les propositions de loi visant à scinder BHV reviendront à la une de l’agenda politique au début décembre. Les présidents des trois parlements qui peuvent encore déclencher une procédure de conflit d’intérêts pour en retarder le traitement ont fait savoir qu’ils sont bien décidés à ne pas le faire.

 

Cela signifie qu'une éventuelle approbation de la scission de BHV par la majorité flamande à la Chambre pourrait bien être considérée comme une déclaration de guerre pour le monde politique francophone.  A suivre avec intérêt.  Les paris sont ouverts... Qui va céder le premier ? Et le "dialogue" va se poursuivre !

 

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 12:49

Parmi les nombreuses réactions, en tous sens, suscitée par mon billet sur les populismes, certains me soupçonnent de rancœur à l'égard du parti qui incarne - seul à leurs yeux - une cause qui m'est chère. Même si je ne vois pas comment éviter de citer parfois ce parti quand on traite de la réunion à la France. Difficile, en effet ! Curieusement, quand j'ai réagi lorsque Didier Reynders a tenu des propos semblables à ceux que je critique, les mêmes personnes ne se sont pas exprimées...

Il ne faut pas rester sur un malentendu. J'ai beaucoup d'affection, de sympathie, pour les militants de base. Militants honnêtes, sincères et désintéressés. Et je m'excuse auprès d'eux s'ils ont pu en quelque manière se sentir visés. Ce n'est évidemment pas du tout mon objectif.

Sans être une justification, l'écrit est un moyen de communication imparfait et comme pour toute communication, celle-ci passe par de nombreux filtres, facteurs d'interprétations. Il est impossible à l'émetteur de réagir à l'effet de la communication sur le récepteur. C'est d'autant plus difficile quand ce dernier est multiple.

 

Ce que je critique, ce n'est pas une cause partisane (je la partage !), c'est la manière dont elle est portée. Ne pouvant agir de l'intérieur - et pour cause, je n'y suis pas – j'ai le choix entre ma taire et assister impuissant ou réagir. C'est ce que je fais. Dans toute démocratie, le droit de tendance existe. Pourquoi n'en serait-il pas de même dans le cadre du rattachisme (ou du réunionisme ?). En quoi un débat serait-t-il néfaste à une cause ? N'y aurait-il qu'une seule vérité révélée ? Est-ce aussi personnaliser des critiques quand une seule personne incarne à elle-seule tout un parti et qu'on le sait ?

La pensée doit-elle être figée ? Quel est bon militant ? Celui qui suit sans réfléchir ou celui qui cherche à penser par lui-même et à argumenter ? Quand on entre en politique, faut-il absolument laisser son cerveau au vestiaire ? N'aurait-on plus le droit de penser par soi-même ?

Agir ainsi, est-ce vraiment donner des armes à nos adversaires communs ? Devient-on automatiquement un "traître" quand on exprime son désaccord ? Et en quoi est-ce trahir au juste ? En ayant raison trop tôt ? Talleyrand qui fût - lui - un grand spécialiste de la chose ne disait-il pas que la trahison n'est qu'une question… de date ?

Il est vrai aussi que jouer le rôle de Cassandre… n'a jamais été apprécié.

 

Et si c'était au contraire l'absence de débat, de contenu ou les certitudes ânonnées qui servaient de repoussoir ?

 

Ce que j'écris là est valable pour tous les partis. Simplement, il y en a avec lesquels on se sent plus en phase. Voilà !

Puisque j'ai commencé par parler de rancœur, la mienne, mon amertume est à la hauteur des espoirs déçus. Du gaspillage d'énergie, de temps et de compétences. C'est humain, non ? 

Mais rassurez-vous, ce n'est qu'une question de temps. Il y a encore de nombreuses raisons d'espérer pour notre Wallonie. De plus en plus, en fait.

J'ai reçu d'un des lecteurs (et que j'espère encore ami), une fois sa colère passée, cet extrait de l'essai "Sculpture de soi" de Michel Onfray et publié chez Grasset :

" Requis par le ressentiment, le sujet n'existe plus que dans l'espoir d'une vengeance, il veut opposer la violence au souvenir du désagrément et entretient, pour ce faire, la bête qui croupit en lui.  La mort est à l'œuvre, en chacun de nous, sous de multiples formes.  Rancœur et rancune sont parmi les plus actives, les plus redoutables. () L'homme du ressentiment macère dans son incapacité à consumer le mal, à l'exprimer pour expier.  La rancune se nourrit de la sève masochiste et de la puissance qu'à cette pulsion à détruire et mettre à mal les équilibres précaires installés au creux de la chair.  L'homme de rancœur est le contraire du dispendieux : il garde, conserve, chérit presque ce capital de douleur qu'il porte en lui. () Le ressentiment n'est pas acceptable parce qu'il gâche l'existence, parce qu'il induit du déplaisir et de la douleur, parce qu'il est économie et thésaurisation du négatif. () L'hédonisme du dispendieux oblige à la dépense de ces forces noires, car il vise une pleine et entière disposition de soi-même : narcissisme négateur, nihilisme en acte, épuisement radical.  C'est moins pour autrui que pour sa propre sauvegarde qu'il faut œuvrer à la destruction de la rancune. "

 

Voilà qui est dit. Il a raison. Pourquoi donner à d'autres du pouvoir sur soi ? En valent-ils vraiment la peine ?
Maintenant, c'est un texte qui convient à tout le monde. Chacun peut en faire son profit.

Il est vrai qu'en politique… rien n'est définitif. Mais ne nous trompons pas de colère et tournons la page, mais restons nous-mêmes, c'est sain. Pour moi, c'est fait.

Au-delà des désaccords sur la manière, n'est-ce pas la cause qui importe ?

De toute façon, quoi qu'on fasse, il y aura toujours quelqu'un pour critiquer et interpréter... C'est ça aussi la réalité. Alors, bien faire et laisser dire… 

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 05:23

J’ai bien aimé l’article d’Isabelle Philippon dans la dernière édition du « Vif » du 7 novembre.

Elle y dresse un portrait sans concessions de Jean-Marie Dedekker et à travers lui de la fascination des médias pour ce genre de personnage au faux « parler vrai ». Ce sont des batteurs d’estrades et donc, on aime à les inviter pour le spectacle sans se rendre compte qu’on s’en fait leur complice en leur offrant une tribune dont ils sortent toujours gagnants. S’adressant à ce qu’il y a de pire en nous.

A une époque où la « pipolisation » de la politique, par l’aristocratisme partisan ou le vedettariat, a exacerbé une incompréhension entre dirigeants et dirigés plus grande que dans d’autres pays, du fait de la complexité des institutions, il faut s’attendre à tout et à voir surgir des « sauveurs-simplificateurs », des démagogues,  qui vont aggraver cet éloignement. C’est vrai, la Belgique est administrée plutôt que gouvernée par une demi-douzaine de gouvernements et parlements, tous compétents en presque tout. Prendre des décisions y est plus difficile qu’ailleurs. Et la particratie (partitocratie en français) est reine. La fonction de président de parti est en réalité plus importante que celle de ministre, voire de Premier ministre fédéral. Ces importantes personnalités contrôlent, de fait, tous les pouvoirs, tant au niveau fédéral qu’à celui des entités fédérées.

Conséquence, les partis pèsent plus que les gouvernements. Une logique féodale et de vassalisation où les dérives et autres pistons ou sinécures sont nombreux, même si ce nombre est exagéré dans les esprits du fait du manque de transparence du système. Le désamour d’avec la classe politique est en proportion de ce sentiment. Terreau fertile pour la croissance de l’extrême droite ou du populisme qui n’est qu’une droite extrême.

Et pourtant, s'il faut reconnaître un - faux - mérite au populisme, c'est celui  de rendre le discours politique plus largement accessible. En simplifiant les enjeux, ceux-ci deviendraient lisibles et, de ce fait, susceptibles d’être débattus. À outrance. Or,  la simplification est-elle vraiment compatible avec la nuance et la complexité ?

Chez nous, l’extrême droite venant de montrer son vrai visage - lamentablement, mais qui va s’en plaindre ? - il reste le populisme (ou la démagogie, mais il semble être devenu politiquement incorrect d'utiliser ce terme...). L'extrême droite ne devait ses succès que grâce à l'image tribunicienne-populiste du FN de Le Pen. Plus grave et aussi plus dangereux est le populisme d’exportation du sieur Aernoudt - ce fonctionnaire flamand sans emploi qui vient nous dire qu'il vaut mieux que les Wallons ne s'occupent pas eux-mêmes des choses sérieuses... - ou le populisme endogène dont heureusement une grosse part est noyée dans les appareils de partis. Qui oserait dire, en effet, que certains messages ne sont pas inspirés par l’obsession d’obtenir ou de garder un acquis électoral ?
Rappelons nous le fameux « Nous ne sommes demandeurs de rien »… Mais il y en a bien d’autres en pire... L'autophobie, la haine ou le mépris de soi, qui fait dire à certains que les wallons, incapables, seraient mieux dirigés par d'autres qu'eux-mêmes, quand ce n'est pas simplement par des... Flamands ! La candidature d'Aernoudt  est indirectement une manière de nous faire la leçon et de nous inviter à nous conduire comme des colonisés...

Et alors ? Il faut dire la vérité, donner des contre-exemples et dénoncer ces gens de chez nous qui font encore mieux dans le mépris des nôtres que les pires des Flamands.
La gangrène du régime est telle qu’un résultat cumulé du Vlaams Belang et de la Lijst De Dekker inférieur à 50 % en Flandre sera considéré comme une grande victoire de la démocratie par les médias de langue française ! Est-ce une raison pour baisser les bras ?
Non, il faut dire et redire que voter pour l'extrême droite, la droite extrême ou les populistes, c'est se tromper de colère.

Revenons à l’article du Vif pour épingler quelques citations :

« Le populisme, c’est prendre des engagements que l’on sait impossibles à appliquer afin d’en tirer un bénéfice immédiat. »
« Le populisme, c’est aussi désigner des « coupables », en appeler au « bon sens populaire ».
« Le propre du populisme, c’est d’adapter son discours en fonction de sa cible ».
« Le populiste, lui, se présente en redresseur de torts, se montre partout et attire les caméras sur sa seule personne »

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 13:49

Mon ami Jean-Sébastien Jamart a publié dans le dernier numéro (81) de la revue « Wallonie-France » et sur « Debout la Wallonie ! » une analyse intéressante des conséquences en Droit international de la scission de la Belgique. Bousculant les idées toutes faites. Ouvrant ainsi un débat évité jusqu'ici.

 

Il reste cependant et très logiquement dans ses rôles d’observateur - en postulant que la seule Flandre prendrait l’initiative de la rupture - et de juriste, en constatant le chaos qu’amènerait l’option d’une Belgique continuée (même s’il n’est guère vraisemblable qu’une « conscience nationale wallo-bruxelloise » apparaisse soudain) puisque la règle est l’intransmissibilité des traités internationaux liant l’ancien Etat aux Etats successeurs (Jurisprudence héritée de la décolonisation). Bref dit-il, « l’Etat successeur est comme un nouveau-né, vierge de tout traité international, lorsqu’il succède à l’ancien Etat, autrement dit lorsqu’il accède à l’indépendance. » en termes clairs : « 1. Cette « petite » Belgique ne serait pas membre de droit de l'ONU ou de l'Union européenne. 2. Cette « petite » Belgique ne pourrait pas battre monnaie en EURO, mais devrait revenir au « bon vieux » francs belges. » (*) Notons qu’il en irait évidemment de même d’un Etat wallon indépendant, comme pour une Flandre indépendante.

 

Et en effet, il a raison. La perspective de scission d’un État souverain, en amenant des États successeurs à l’existence, transforme une affaire intérieure en affaire internationale doit être en effet réglée selon le droit international… à moins que suivant la belle expression de Jean-Louis Bourlanges, on ose franchir « la porte sacrée du politique » et prendre les devants. La seule solution « raisonnable » estime-t-il encore sur le plan juridique international, pour éviter cette phase d'incertitude juridique, pourrait être le vote d'une loi par le Parlement fédéral belge, qui donnerait assentiment à un traité modificatif des frontières sud de la Belgique, conclu entre la France et la Belgique. Traité qui permettrait à la Wallonie (et à Bruxelles ?) de passer directement du statut Etat Belgique à celui de l'Etat France, sans passer par la phase transitoire incertaine de l'indépendance, mais cela est évidemment pas crédible, à moins qu'en échange les Wallons (et les Bruxellois !) acceptent toutes les revendications flamandes…

 

Il reste une autre possibilité que n’aborde pas Jean-Sébastien, c’est l’utilisation (mais est-ce possible ?) de la compétence qu’ont acquise les régions et inscrite dans la Constitution belge de signer – dans certaines conditions – des traités avec d’autres pays. Ce serait donc dans ce cas, à la Région wallonne (ou plutôt son Parlement réuni en assemblée constituante) après en avoir reçu mandat des citoyens et donc avoir consulté les populations intéressées qui doivent pouvoir manifester leurs volontés, clairement et sans entrave, sur toute l’étendue des territoires qu’elles habitent(**), de conclure un traité d'association à la France qui nous accorde le droit d'utiliser sa monnaie mais non de l'émettre (réservé aux Etats qui remplissent les critères du pacte de stabilité et qui ont une Banque nationale), et d'avoir un siège à la Banque centrale européenne pour y influencer la politique monétaire européenne. L'Etat wallon, associé à la France, quelle que soit sa forme, devra ainsi respecter les institutions française.

La Wallonie a acquis (dans la douleur de combats qu’elle n’a pas toujours voulus…) une certaine souveraineté et un certain nombre de compétences qui ne sont pas incompatibles avec celles d’autres régions de France, ni avec les principes de la loi de décentralisation. Il serait inconcevable que ces acquis soient perdus, ce qui serait évidemment considéré comme une régression. L’Etat associé avec transfert de compétences, mais un droit local continuant donc à exister, comme dans d’autres territoires de la République serait une solution élégante et légale. A condition bien évidemment que ce fait ne restreigne pas les principes d’indivisibilité de la République et d’égalité des citoyens en droit. Y compris celui de la nationalité.

Ensuite, les harmonisations nécessaires seront discutées et progressives. Les lois votées ensuite par les institutions normales et régulières de la République Française s’appliqueront partout (Transfert de la compétence régalienne).

Enfin, sans préjuger de la décision de ceux-ci, il est évidemment souhaitable pour éviter des complications internationales qu’une telle procédure soit également soumise à l’aval des Bruxellois. Mais peut-être est-ce ce qui est en germe dans les esprits avec l’idée de la fédération Wallonie-Bruxelles ?


De toute façon, Il est évident qu'une rupturee la Belgique sera une situation nouvelle. Une première dans l'Union européenne. Il est difficile d'imaginer qu'on ne fera pas comme pour la Yougoslavie (et en tenant compte des dégats causés par l'application du rapport Badinter qui n'a pas associé la reconnaissance de limites administratives régionales de referendums locaux), écrire un Droit nouveau adapté à cette nouvelle situation.

 

A moins de continuer vaille que vaille à cohabiter avec une majorité flamande assurée de dominer la Belgique, et ne s’en prive pas et ne nous veut pas que du bien, il faut anticiper, en tous cas, et proposer un scénario ordonné qui assure le fonctionnement régulier et continu des pouvoirs publics, qui évite le spectre du chaos, et est le seul susceptible d’entraîner l’adhésion de nos concitoyens. A ma connaissance, aucun parti politique, représenté ou non dans les assemblées parlementaires, ne met ce principe en avant. Entre ceux qui veulent le chaos et ceux qui font le gros dos, il y a là une troisième voie.

 

 

(*) J.-S. Jamart estime, à juste titre, que la « Belgique nouvelle » serait encore plus belge que la Belgique ancienne, puisqu’elle devra réintroduire sa propre monnaie, le franc belge. Ce qui ne pourrait ne pas porter à grande conséquence si les fondamentaux économiques de la « nouvelle Belgique » étaient solides… C’est loin d’être le cas.  Or, cette analyse a été faite avant les derniers soubresauts de la crise financière.  Celle-ci a aggravé les choses et méchamment changé la donne. Le marché de l’épargne (traditionnellement forte en Belgique) est un lieu stratégique majeur sur lequel s’effectue le financement de l’état. Ce dernier demandant à l’organisme financier, banque ou compagnie d’assurances, en contrepartie de cette collecte, d’absorber les titres de la dette émis pour financer le déficit budgétaire courant. (On sait que l’essentiel de la dette belge était détenue par des belges… institutionnels ou privés)  En sauvant son système bancaire, l’Etat fédéral (mais comment aurait-il pu faire autrement ?) a abandonné son levier principal de financement de son déficit et sa dette. Il a placé cette fonction entre les mains d’opérateurs tiers (étrangers ou… flamands !) qui ont leur propre logique et leur propre stratégie.

En conséquence, la crise financière vient donc de réduire à néant la faisabilité du schéma confédéral belge comme possibilité de maintenir la solidarité interpersonnelle nord-sud. Même le confédéralisme belge est une solution déjà dépassée. Parmi les négociateurs francophones qui étaient prêts à assumer une solution confédérale pour peu que les transferts en sécurité sociale soient maintenus et garantis, doivent aujourd’hui se convaincre que ce schéma est désormais infaisable, puisque les 2 principaux guichets (Fortis et Dexia) auxquels pouvait s’adresser le gouvernement fédéral sont plus que réduits, voire fermés.

C'est là une nouvelle donne dont on n’a pas encore pris suffisamment compte de l’importance. Le futur Etat flamand lui, a assuré son financement et sauvé sa banque, la KBC !
Sans compter que la loi de financement qui a toujours été favorable à la Flandre lui a pemis d'engranger un joli magot grâce auquel elle va pouvoir jouer pleinement son rôle d'investisseur, chez elle certes, mais aussi prendre le contrôle de ce qui l'intéresse chez nous.

 

(**) L’union d’une région ou l’association d’un pays avec la France, ne peuvent être fondées que sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et ne peuvent avoir d’autre cause que la volonté des habitants. La culture, la langue, l’Histoire, étant des arguments recevables, mais pas suffisants, ni décisifs.

 

(***) A moins de les pousser à partir, on voit mal les politiciens flamands « réalistes » se mettre à la tête d'un État nouveau de 6 millions d'habitants quand on peut diriger un pays de 11 millions d'habitants, ancien et bien connu dans le monde entier… Heureusement, débloquer durablement la situation est dorénavant impossible, car les mouvements séparatistes flamands, actifs, ont essaimé dans tous les partis politiques flamands, qui se sont eux-mêmes piégés dans la surenchère nationaliste. Ce sont donc ces politiciens nationalistes qui choisiront le moment de l’éclatement et tenteront d’en imposer les modalités. Ceci pour répondre aux arguments dits « réalistes et raisonnables » mais populistes des partisans du maintien de la Belgique du style : « ça nous coûterait très cher de… »... 

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 08:45

L’Europe n’est pas et ne sera jamais un état nation. Elle est une construction originale, une collection d’Etats nations qui cherchent avec des sincérités (ou des arrières pensées) variables à dépasser leur souveraineté particulière dans certains domaines pour fonder un système nouveau. Avec toutes les déviances possibles liées à cet abandon de souveraineté comme cette actuelle Union Européenne telle que la Commission de Bruxelles la veut, libre-échangiste, bureaucratique, fédérale, anti-démocratique, anti-nationale, politiquement irresponsable, anglophone, atlantiste, soumise à la finance internationale, une option utilitaire… en forçant à peine le trait. On est très loin de la simple délégation de compétences puisque certains veulent lui donner la compétence de la compétence et se défausser de leurs responsabilités politiques nationales. C’est la politique du « Tout à l’Europe » de la Belgique officielle et cosmopolite.

 

Il a fallu des siècles et combien de souffrances pour créer les actuels états nation. Un sentiment national européen ne peut donc exister mais bien un sentiment d’appartenance et c’est là un des grands acquis de l’idée européenne imaginée, à l’origine, pour unir sur ce qui rassemble plutôt que d’entretenir des conflits. Il s’agit maintenant de rendre cette Europe plus efficace et plus solidaire. Mais pour ça, elle doit permettre aux citoyens de trouver un sens. Sans sens, pas de passion ni de plaisir. Ni surtout de plaisir commun.

Comment se sentir fier de l’Europe en se basant sur des arguments utilitaires ? Comme le disait récemment Eli Barnavi sur France Inter : se baser sur un discours purement utilitaire du style : « ça nous coûterait très cher de… » ne mène à rien. Il faisait remarquer que c‘est d’ailleurs devenu le dernier argument des défenseurs du maintien de la Belgique », poursuivant : « quand j’entends ça, je sais que c’est le commencement de la fin ». En ce sens, la Belgique est donc bien un modèle pour l’Europe…


Au fait, connaisssez-vous cette citation du philosophe allemand Peter Sloterdijk qui souligne que Bruxelles était finalement la candidate idéale pour "l'Europe du vide" :
"On savait depuis le départ que ce serait la capitale du vide par excellence. Bruxelles représente le caractère volontairement inoffensif de la politique européenne, pendant cette période où l’Europe a été prise en étau par deux super-puissances mondiales. Bruxelles n’a jamais pu représenter autre chose que le théâtre des apparences de l’action. Là, dans cette ancienne ville des Habsbourg, pouvait s’effectuer tranquillement, et de manière appropriée au génie du lieu, la transformation de la politique en gestion administrative. Par chance, la Belgique s’était séparée de ses anciennes colonies africaines sans que son image ne subisse de dommage irréparable. Cela fait bien longtemps que plus personne ne s’interroge sur l’éventuelle relation entre la pompe de l’architecture bruxelloise et l’exploitation du Congo par le roi Léopold II. Centre d’un pays petit et relativement peu compromettant, mélange de belle apparence et d’impuissance, Bruxelles apparut comme le point de rassemblement idéal d’une Europe qui n’avait encore aucune idée de la manière dont elle surmonterait la gêne d’être elle-même."

"la transformation de la politique en gestion administrative..." et "un pays petit (...) mélange de belle apparence et d’impuissance... Comment mieux dire ?


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« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

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Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

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