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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 06:45

Dans « Le Vif/L’Express » de ce vendredi 13 novembre, le Pr Jacques Thisse (UCL) donne son avis sur la « Pauvre Wallonie »…

 

Décrit comme un « pessimiste volontariste » par Michel Delwiche qui dirige l’interview, cet économiste met l’accent sur l’absence congénitale d’un projet mobilisateur wallon… et mettant en avant l’avenir économique de la Wallonie, c’est une destinée commune avec Bruxelles, « véritable moteur économique de la Belgique ».

 

Certes, et tout le monde peut l’observer, il reconnaît que depuis 1950 les divers efforts de reconversion ont surtout porté sur l’axe historique Liège-Hainaut (*) alors que les actuels moteurs de développement sont plutôt situés sur un axe allant du Luxembourg à Bruxelles en passant par Namur et le Brabant wallon. D’où son plaidoyer en faveur d’une « destinée économique commune avec Bruxelles ». Tant pour la Wallonie que pour la Flandre d’ailleurs.

 

Points pertinents de son analyse où il rejoint ceux qui ont à cœur l’avenir de la Wallonie, c’est qu’il reconnaît qu’il est indispensable de mettre l’accent sur le besoin d’un projet culturel fort et de la priorité qui doit être donnée à l’enseignement, le secondaire principalement. J’ai déjà écrit dans des billets antérieurs que l’absence de revendications d’autonomie culturelles propres à la Wallonie a été une erreur historique, même si le Mouvement wallon a toujours eu à cœur de préserver la solidarité avec les Wallons de Bruxelles et les Bruxellois francophones. On commence seulement à prendre conscience de la nocivité de cet amalgame francophone.

 

Il évoque l’avenir de Bruxelles en affirmant que « nous devons accepter la scission de BHV (« Pour ma part, je souhaite vivre dans un milieu francophone, donc je ne m’installe pas dans une commune dite à facilités. »), à la condition que Bruxelles soit considérée comme une Région à part entière (…)». Bien vu ! Ce n’est à ce titre, en effet que de véritables relations de type économiques pourront s’établir entre cette ville-région et son hinterland économique qui dépasse ses frontières administratives, comme c’est le cas pour les autres centres moteurs de notre environnement (Lille, Valenciennes, Luxembourg, Maëstricht…). Pourquoi pas, en effet, « une sorte de communauté de communes autour de Bruxelles qui serait compétente dans les matières économiques ou de mobilité propres à cette grande métropole sans avoir à se soucier de l’aspect communautaire » ? Tout est évidemment négociable à condition que les limites et responsabilités de chacun soient clairement établies.

 

Il conclut par un souhait : « Il faut que la Wallonie vienne avec un vrai projet, avec des demandes » et un vœu : « Mais si je suis pessimiste, je crois aussi que l’histoire n’est pas écrite. Beaucoup de choses dépendent de nous. »

 

Certes ! Mais il n’a pas dit ou n’a pas osé dire (ou pensé) que pour ça, il faut redéfinir les rapports institutionnels au sein de cette hydre qu’est la Communauté française. Il plaide pour une Région de Bruxelles « à part entière », fort bien. Mais j’aurais aimé qu’il pousse plus loin les conclusions de son analyse. Puisqu’il parle de la Wallonie, évoquant un projet culturel fort la priorité qui doit être donnée à l’enseignement, d’une Région de Bruxelles délimitée et « à part entière », il faut évidemment pour y arriver supprimer la Communauté française et redistribuer ses compétences entre ces deux régions. Ensuite, on pourra négocier des projets communs dans l’intérêt des deux parties.

 

(*) Encore que … Où a-t-on mis l'UCL, justement ? Pas sur l'axe Liège-Hainaut mais en Brabant wallon et à Bruxelles. Par ailleurs, la RTB(f) s’est retirée d'à peu près partout en Wallonie. Le Ministère de la Communauté française et nombre d'administrations wallonnes ont été placés à Bruxelles… On a vu dans un billet précédent que la « pauvre Wallonie » intervient dans le refinancement de la Communauté française, ce qu’a refusé de faire la Région bruxelloise…

Ce sont aussi des formes d’investissements dont l’interviewé ne semble pas tenir compte. D’une manière générale, il y a toujours une confusion entre les Régions et la Communauté…

 

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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 19:05

A l’heure où j’écris ces lignes, nous ne savons pas encore quelle sera la décision des dirigeants de la Communauté (Région ?) de langue allemande. Mais peu importe. C’est l’occasion de prendre du recul et de mettre des tabous en question. Après tout n’est-ce pas notre rôle ? Dire comme le fait certain parti qui se veut à l’avant-garde de l’action wallonne qu’il ne faut pas, en termes de programme, aller vers des sujets qui fâchent arguant que le pluralisme est sa richesse. Citant en exemple le Rassemblement Wallon (qui lui avait bel et bien un programme institutionnel, social, culturel et économique d’avant-garde) qui se serait déchiré pour cette raison, alors que ceux qui s’en souviennent savent qu’il a été détruit par l’autoritarisme et le manque de vision politique de son dirigeant de l’époque qui préférait, alors comme aujourd’hui, surfant sur l’émotivité de militants de base peu éclairés, les attaques « ad hominem » aux débats d’idées. Mais soit, ne tirons pas sur l’ambulance.

 

Il n’est pas suffisant, ni même efficace d’appeler à voter sur base d’une conviction, sans étayer celle-ci d’arguments solides. C’est même irresponsable. Osons dire la vérité.  Osons sortir de la pensée unique. Oui, il faut aller vers la scission de BHV. Oui, il faut accepter la création d’une région (de langue) allemande autonome.

Ou rester définitivement belge (c'est-à-dire, même plus Wallon !) à jamais !

 

Rationnellement, en dehors de la défense de quelques droits individuels qui ne sont que fort peu menacés, pourquoi faudrait-il « mourir pour BHV » ? Pour sauver la Belgique ? Allons, arrêtons de rire !

Faut-il rappeler que les fédéralistes dans le mouvement wallon ont décidé depuis 1923 et la démission de Jules Destrée (*) de l'Assemblée wallonne (**) de ne plus défendre les Flamands francophones, au moins comme collectivité. Le groupe « Destrée » se disant clairement « séparatiste et ne voulant plus défendre les francophones de Flandre ». Il préconise « une solution fédéraliste car il estime que la défense de la langue française en Flandre permettrait alors les mêmes revendications de la part des Flamands pour la Wallonie ». C’était il y a 86 ans… Et Philippe Moureaux (Bruxellois-PS) n’affirme-t-il pas d'ailleurs dans « Le Soir » de ce jour qu'il faut négocier « sans tabou, en acceptant des concessions ».

A l’heure où le FDF veut exporter les problèmes communautaires bruxellois en Wallonie, faut-il donc continuer à défendre le principe (initialement provisoire avant d’être bétonné, remis en question, re-re-bétonné, etc…) des facilités linguistiques ? Ce principe ne se justifie que si on réfléchi à un avenir dans le cadre belge avec une extension (comprenez une division de la société) de la « diversité culturelle » (lisez du communautarisme).

Nous manquons décidément, en Wallonie, d’hommes de conviction et de responsabilité comme Jules Destrée ou François Bovesse.

 

Revenons-en aux facilités. Et adoptons un point de vue de raison sur leur maintien par rapport à la cause de la réunion de la Wallonie à la France, peu important ici la manière dont cette réunion se ferait.

 

Si le destin de la Wallonie et de Bruxelles, en cas de scission de la Belgique, a fait l’objet de quelques publications ces dernières années (pensons aux écrits de Demelenne, Javaux ou Gheude) ces écrits font l’impasse sur un obstacle majeur. La France, qui est sans minorités nationales, où tous les citoyens sont égaux devant la loi sans distinction d’origine, de race ou de religion se verrait confrontée de facto – dans la situation actuelle –  à une situation contournant la Loi républicaine puisque devant intégrer, dans le cas de Bruxelles de nouveaux citoyens (mais peut-on encore parler de citoyens dans ce cas) qui revendiqueront le respect scrupuleux de leurs droits, linguistiques et politiques, au sein de l’Etat français, en l’occurrence un équivalent du statut particulièrement avantageux qui est le leur à ce jour dans la future ex-capitale belge. Ils n’y représentent que 10% de la population, mais occupent, quel que soit le résultat des élections, un quota forfaitaire d’un peu plus de 20% des sièges au Parlement bruxellois, sans compter d’autres avantages.

Il pourrait en être de même pour les habitants des communes de Wallonie avec facilités en néerlandais (Comines; Mouscron; Flobecq; Enghien). Et je n’oublie pas les Fourons annexés pour lesquelles il faudra trouver une solution.

Et enfin, quid des 70 000 habitants concentrés dans les neuf communes composant la Région linguistique germanophone en plein processus d’autonomie ? (***)

 

La voie qui nous mènera vers la France sera celle d'un Etat intermédiaire (Wallonie), les citoyens, le Parlement wallon... le voudront ainsi. Les vues assimilationnistes de certains n’ont aucun avenir immédiat. Ces derniers parlent aussi d’obtenir pour la Wallonie et Bruxelles un « statut particulier dans la République », un statut comme celui de la Corse, « dont l’assemblée et l’exécutif possèdent des pouvoirs plus élargis que les autres régions », de l’Alsace, avec son régime local de Sécurité sociale, son enseignement religieux et ses classes bilingues héritées de l’occupation allemande, voire de la Polynésie, « dotée depuis 2004 d’une autonomie renforcée ». En juillet 2008, souvenez-vous, Daniel Ducarme, a concocté avec un groupe de juristes belges francophones et français une loi organique composée de pas moins de 132 articles constitutifs d’un « statut d’autonomie de la Belgique française ». Ce texte établit les bases d’une association « à la polynésienne » de la Wallonie et de Bruxelles avec la France… Certes, une possibilité parmi d’autres.

 

Quelle que soit l’approche entre l’association d’Etats, réaliste pour la République et l’assimilation brutale difficilement acceptable par les « assimilés », il me parait inconcevable que la France accepte une modification radicale de sa nature même en introduisant chez elle la reconnaissance de minorités. Renonçant de fait à sa qualité d’Etat-nation. Elle ne pourrait, en effet, ensuite refuser aux uns, à tous ceux qui y militent pour l’établissement d’un ordre ethnique, ce qu’elle aurait accordé à d’autres. Au lieu de renforcer la France, l’arrivée de ces « Belges néo-francophones » risquerait au contraire de la détruire.

 

Voilà une belle raison de militer pour la suppression des facilités et en revenir à l’homogénéité linguistique des territoires. Y compris pour la future quatrième région. Robert Collignon l’avait pressenti comme il l’avait rappelé dans une interview à John Erler, parue dans Le Matin du 16/7/98.

 

Il faut savoir que tout cela se passe dans un débat géostratégique qui dépasse le cadre belgo-belge. Restons dans le cadre de la région de langue allemande, on l’a vu, le parti autonomiste PRO-DG a le vent en poupe. Karl-Heinz Lambertz, plaide pour davantage d’autonomie. Ce qu’on sait moins, c’est qu’il est aussi partisan d’une mise en réseau des minorités en Europe. Son gouvernement et son Parlement se tourne vers l’Allemagne, en vue d’une interconnexion aussi étroite que possible avec le land voisin de Rhénanie du Nord-Westphalie, mais aussi qu’avec des minorités allemandes dans différents Etats européens (Italie, Hongrie, Roumanie). Rien que de très logique. Après tout, nous en faisons de même dans ce qu’on appelle le monde francophone.

 

Plus inquiétant, depuis quelques années, la Communauté germanophone s’est rapprochée de la FUEV (Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen/Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes) où elle figure parmi les « institutions étatiques » qui la soutiennent financièrement. La FUEV, dont le siège se trouve à Flensburg (Schleswig-Holstein), poursuit la politique des minorités menée par l’Allemagne dans les années 1920-1930, y compris les « congrès des nationalités ». L’un de ses objectifs est l’attribution de droits collectifs aux minorités, pour une recomposition de l’Europe en fonction de critères ethniques.

 

Très proche du ministère fédéral allemand de l’Intérieur, qui participe à son financement, cette ONG a su imposer son influence au sein du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne. Son lobbying intensif a fait d’elle un des maîtres d'œuvre de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires (1992) et de la convention cadre pour la protection des minorités nationales (1995). Ces textes contribuent tous à « l’ethnicisation  du politique », et amputent d’autant les conquêtes de la Révolution que sont les droits individuels de l’Homme et la volonté de vivre ensemble dans une communauté voulue que l’on appelle « nation ». « Une et indivisible » dans le cas de la France. Dans l’hypothèse d’un éclatement (ou plutôt d’une évaporation si nous n’en prenons pas l’initiative) de la Belgique et de la réflexion autour d’une réunion de nos régions (je reste volontairement vague !) à la France, nous aurons donc une grande responsabilité et il est important de peser tous les aspects, dans l’intérêt même de la France. En intégrant tels quel « les reliquats de la Belgique », la République ouvrirait ses portes à la FUEV qui travaille à son démantèlement !

Quel que soit l’avenir, il faut se prémunir de tout communautarisme (et pas uniquement linguistique d’ailleurs… que penser de l'introduction du débat sur les « accomodements raisonnables » ?). Sous couvert de promouvoir une certaine diversité – signe de richesse- une certaine Europe vise aussi à détruire les (vrais) Etats nations qui font l’originalité de notre modèle de développement par leur cohésion interne et l’émulation qu’ils entretiennent entre eux. C’est la vraie diversité.

 

Je devine que ce billet ne plaira pas beaucoup aux intégristes vociférants de tout bord. Mais comme l’écrivait Paul-Marie Coûteaux, « Tout reste possible aussi longtemps que la politique existe. Sans la politique, qui ressaisit les êtres et les hisse à la hauteur de l’histoire, les hommes sont perdus de solitude ».
A nous de définir pour notre région un projet qui soit vraiment politique.

 

 

 

(*) Il rejoindra le « Comité d’Action wallonne de Liège » qui deviendra la « Ligue d’Action wallonne ».

Faut-il rappeler que le premier congrès de la Ligue d’Action wallonne en 1924, ce Congrès fût qualifié «d’autonomiste » parce qu’on lui a reproché de revendiquer l’autonomie wallonne et ainsi « d’adhérer au programme flamingant » (…). Les participants étant qualifiés avant tout d’anti-belges et se proclamant déjà eux-mêmes « réunionistes ».

Jules Destrée critiquant à cette occasion les partisans des (déjà !) ultimes tentatives de conciliation en des termes qui, dans l’esprit lyrique de l’époque, sont toujours brûlants d’actualité : « c’est le sang pur et ardent de l’Assemblée wallonne qui la quitte, et ce qui va rester de l’Assemblée wallonne ne sera plus qu’un corps exsangue et sans vie qui pourra encore être traité avec complaisance par la presse nationaliste (comprenez belge unitariste) mais qui aura perdu toute autorité et toute influence. Joli résultat ! C’est la course au suicide sous prétexte d’ « unionisme » ».

 

(**) L’Assemblée Wallonne a eu une grande influence jusque dans les années vingt mais perdit sa représentativité et sa crédibilité dans les années trente par son aspect académique, ses thèses, très modérées, n’évoluant pas : elle défendra toujours une union belge corrigée par une séparation administrative, et le maintien de la langue française en Flandre – on croirait retrouver le programme du FDF…

 

(***)

·          1962 et 1963 : Introduction du principe territorial dans la législation  régissant l'emploi des langues dans les matières administratives et création de la région de langue allemande. Le territoire de la future Communauté germanophone est ainsi délimité.

·          Première réforme de l’Etat (1968 - 1971) : Esquisse des contours d’une autonomie politique. Elle institua une assemblée : « Communauté culturelle allemande », à l’instar des communautés culturelles française et néerlandaise. Les compétences étant exclusivement limitées aux matières culturelles.

·          Deuxième réforme de l’Etat 1980 – 1983 : Un nouvel article de la Constitution stipula que la Communauté pouvait voter des décrets dans les matières culturelles, les matières personnalisables, ainsi que les relations internationales et intercommunautaires. En accord avec la Région wallonne, elle a pu à partir de ce moment exercer des compétences régionales. Depuis l’entrée en vigueur de la seconde réforme de l’État, le Conseil est chargé de constituer l’exécutif.

·          31er décembre 1983 : Signature de la loi sur la réforme institutionnelle concernant la Communauté germanophone. Changement de nom de Communauté culturelle en Communauté. Le 30 janvier 1984, le nouveau Conseil de la Communauté germanophone se réunit pour la première fois et élit le premier gouvernement communautaire.

·          Troisième réforme de l'Etat (1988-1990) : Transfert des compétences en matière d'enseignement.

·          Quatrième réforme de l'Etat (1993 - 1994) : Le système parlementaire belge distingue les compétences de la Chambre et du Sénat. Le Conseil de la Communauté germanophone désigne un de ses membres qui le représente au Parlement fédéral en tant que sénateur de Communauté.

·          Loi du 16 juillet 1993 : Les compétences de la Communauté germanophone étendues par l’ajout de la législation qui régit les Centres Publics d’Aide Sociale. Adaptation du système de financement.

·          La région de langue allemande constitue un arrondissement électoral à part entière pour les élections européennes.

·          Depuis le 1er janvier 1994, la Communauté germanophone est pour la première fois responsable de l’exercice de compétences régionales, à savoir la protection des monuments et des sites (les fouilles archéologiques exceptées). D’autres compétences régionales furent ajoutées en 2000 (la politique de l’emploi) et en 2005 (le contrôle et le financement des communes).

·          Le 20 mai 1997, l’article 130 de la Constitution fut élargi à un cinquième point stipulant que le Conseil de la Communauté germanophone régissait à l’avenir par des décrets l’emploi des langues dans l’enseignement.

·          Cinquième réforme de l’Etat en 2001, les communes reçurent des moyens financiers plus élevés de la part de l'Etat fédéral. La Communauté germanophone élabore son règlement propre en ce qui concerne le contrôle des dépenses électorales, les communications gouvernementales et le financement complémentaire des partis.

·          2006 : Adhésion à la FUEV

·          Juin 2008 – Importante progression du PRO-DG, parti à vocation clairement autonomiste.

 

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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 05:22

J’ai trouvé cette intéressante réflexion dont je souhaite vous faire part.

 

Lorsque des Français me disent de nous, Wallons, « que nous sommes comme eux », je crois qu’il faut comprendre, dans leur esprit et leurs références, que « nous sommes comme les autres Français », des gens qui effacent, transcendent, les sentiments identitaires locaux ou régionaux au profit d'un sentiment national plus ample. Dans le cas des Picards, ou des Bourguignons, ou des Lorrains, des Bretons, etc… ce sentiment, c’est évidemment la France.

 

Nous n’y sommes pas. Et dans leur culture politique, les Français respectent en fait l'effort des Wallons pour maintenir la Belgique... qu’ils considèrent – à tort, mais c’est une réalité – comme une nation au même titre que la France. Les Français reconnaissent la Belgique peuplée de belges, comme l’Allemagne l’est d’Allemands par exemple.

La France ne nous « ignore » pas, elle nous « reconnaît » dans notre effort de perpétuer un auto-effacement au profit du service d'une nation qui au contraire de la France est ici artificielle. Mais qui existe et est reconnue dans les structures internationales.

 

C’est tout le débat entre « réunionistes dogmatiques » et « rattachistes pragmatiques ». Ceux-là – paradoxalement plagiant l’attitude des « belgicains » ne se voulant et ne se disant qu’uniquement Français et niant leurs racines locales, ceux-ci insistant sur la nécessaire complémentarité entre leur terroir et une vision plus large qui est tout sauf une « négation de soi ». Il n’est pas question de renoncer à notre histoire, à notre mémoire, notre identité. Qui l’accepterait d’ailleurs ?

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 20:20

Mon ami Jean-Sébastien Jamart mène en ce moment une campagne salutaire, mais que je pense vaine s’il espère vraiment un changement plus que cosmétique. Il plaide pour une réflexion et une rénovation des structures de son parti. Salutaire parce qu’elle montre qu’il peut encore y avoir des gens qui réfléchissent. Vaine parce que j’observe que ce parti a entamé il y a quelques temps un processus qui n’est pas sans rappeler celui qui a mené entre 1976 et 1981 à la destruction de la seule forme politique historique cohérente du Mouvement wallon, le Rassemblement wallon.

Cette maladresse des dirigeants, cette mal-gouvernance, nous aura ainsi fait perdre plus de 30 ans. Discréditant et décrédibilisant tout un mouvement et déstabilisant des militants sincères qui n’avaient pas besoin de ça. Au grand bonheur des adversaires d’une cause qui n’ont eux-mêmes que peu d’arguments à faire valoir, si ce n’est l’inertie, le déni, la peur, la méconnaissance ou au mieux la défense d’acquis qui ne sont et ne seront de toute façon pas mis en cause.

 

Nous sommes dans ce débat là plus dans le domaine des croyances, du dogmatisme et de l’irrationnel que dans celui de la réflexion. Tout ça est évidemment propice au dénigrement quand ce n’est pas – encore plus stupide et plus toxique – au recours à la personnalisation des débats en en faisant des questions de personnes plutôt qu’au vrai débat d’idée. Nous sommes loin du sain débat démocratique dans le respect des différences, de la fertilisation croisée entre les connaissances de chacun, de l’enrichissement collectif.

C’est un ancien président d’un parti traditionnel, je crois, qui a dit un jour qu’un parti démocratique ne se gère pas démocratiquement… Que dire alors de ceux qui n’ont plus de fonctionnement démocratique qu’un vague vernis ?

 

Si j’avais deux conseils à donner à mon ami, ainsi qu’à ceux qui pensent comme lui, c’est, premièrement de se tirer de ce piège, vite fait. Après 10 ans d’existence, cette structure a montré qu’elle était irréformable de l’intérieur. C’est après tout le lot de toute structure, le principe d’entropie est plus fort que les agents de changement. Sans compter que dans toute structure partisane, et donc humaine, on a bien montré - au-delà des rapports de force - que le facteur d’inertie le plus puissant est l’incapacité qu’ont les hommes à aller à l’encontre d’un engagement fait en public. Même s’ils se rendent compte de leur erreur, il est plus facile de persister dans l’erreur que de changer de comportement ou d’engagement. On appelle ça l’auto-manipulation. Peut-être la forme la plus puissante de manipulation parce qu’acceptée et rationnalisée par ceux qui en sont les victimes...

 

Le second conseil, c’est de faire autre chose. On dit, en effet, que quand quelque chose ne marche pas, il faut cesser de faire toujours plus de la même chose. Nos actes produisent des résultats, et ces résultats sont plus ou moins aidant pour atteindre nos objectifs. Il faut en tenir compte.

Ensemble, nous possédons probablement toutes les ressources nécessaires au développement de notre cause. Il est toutefois nécessaire d'organiser ces ressources potentielles pour qu'elles deviennent opérationnelles.

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 12:04

Le dernier envoi de Jacques Lenain, ce fonctionnaire français qui avait fait forte impression lors de la réunion dite « des Etats généraux de la Wallonie » à Liège en mai dernier où il avait présenté son analyse des hypothèses possibles de réunion de la Wallonie à la France suscite bien des remous dans ce qu’il faut bien appeler le microcosme des néo-réunionistes (lire les billets et les commentaires ICI et ICI). Adressé sous forme de lettre ouverte au président du RWF et le refus de prise en considération par ce dernier (ou plus précisément les prétextes qui sont donnés…qui, dois-je vous dire ne m’étonnent guère, connaissant ses méthodes… de communication et de gestion des hommes qui n’ont pas varié depuis son œuvre de destruction du Rassemblement Wallon) déstabilisent jusqu’aux ultras les plus pointus dont je viens de découvrir le forum de discussion.

 

Certains en viennent même maintenant tout à coup à trouver des vertus à une approche moins radicale de celle qui est défendue par leur gourou. C’est toujours une bonne chose que de sortir d’une logique où on s’interdit de penser par soi-même... A noter cependant que le résultat risque bien d’être une atomisation encore plus importante du mouvement de libération (osons les mots !) des « Peuples de Wallonie » (comme l’aurait écrit Michelet). Mais je ne veux pas préjuger de l’avenir à court terme.

 

Cette analyse – en tous cas les extraits que j’en ai lu – si elle est rationnelle ne me paraît pas suffisante pour entraîner une large adhésion, hors les déjà convaincus de la solution française.

C’est qu’il faut davantage prendre en compte des aspects plus psychologique et donc moins rationnels. Ceux-ci sont liés au vécu personnel et à l’histoire des engagements des individus quand ce n’est pas le résultat de 178 ans de propagande anti-française essayant de prouver que la Belgique avait préexisté de tous temps... pour devenir le « rempart de l’Europe contre la France ».
 

Comme l’écrivait Fustel de Coulange (Revue des deux mondes, 27 octobre 1870) : « Ce qui distingue les nations, ce n’est ni la race, ni la langue. Les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple quand ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs, d’espérances ».

 
Il me semble qu’avant d’envisager ensembles un choix d’avenir, nous, les Wallons, devons changer au préalable le regard porter sur notre Histoire. Histoire davantage subie que choisie. Se réapproprier son passé, la chose est psychologiquement difficile, mais indispensable.

« Se rendre compte de la nocivité du cadre belge » et « se rendre compte que les Wallons ne sont pas responsables de la situation dans laquelle ils sont ».

Advenue cette prise de conscience, donc la bataille des idées gagnée pour l'essentiel, une volonté commune devrait pouvoir se dégager, et, comme on dit, « là où il y a une volonté, il y a un chemin ».

Pour beaucoup, la disparition de la Belgique est (et sera) considérée comme un échec. Psychologiquement, ils ne sont pas capables d’entendre toutes les excellentes raisons pour lesquelles ce pays ne marche pas et qu’il faut s’en choisir un autre dans l’impossibilité de réformer celui-ci. Dans ce cadre, les arguments les mieux étayés ne serviront qu’à convaincre davantage ceux qui le sont déjà.

Il faut plutôt accompagner les opposants, les rassurer, les faire évoluer. Les engagements politiques s’apparentent souvent à des croyances (oui, quasi religieuses !), et on sait que ces dernières sont difficiles à déstabiliser. Quels arguments Lenain oppose-t-il aux tenants de l’indépendance par exemple ? En dehors d’affirmations « qu’on peut démontrer, de manière argumentée, l’inanité de ces projets indépendantistes », mais qui ne tiennent pas compte des sensibilités de ces mêmes indépendantistes quand par ailleurs ces arguments ne sont pas énoncés ? Or, pour en côtoyer, en dehors de quelques très rares « intégristes radicaux », la majorité de ceux-ci se compose de gens sincères et ouverts à la discussion. Mais évidement les propos provocants ne peuvent que bloquer tout débat. Une caractéristique commune aux (vrais) rattachistes et aux (vrais) indépendantistes (parmi lesquels je classerais les régionalistes qui choisiront l’une ou l’autre option et sont en position d’attente), c’est leur extrême émotivité et la puissance des filtres liés à leurs croyances. Ceux-ci sont à la hauteur de leur engagement. Un mot, une phrase interprété ou interprétable et c’est une cause de désaccord.  Pensons-y !

 

Le refus des indépendantistes de participer et d’apporter leurs arguments dans le recueil d’informations à charge et à décharge sur les différentes possibilités d’avenir qui était une des ambitions de la démarche qui était destinée à alimenter la réflexion et que nous destinions à ceux qui réuniraient vraiment les Etats généraux de la Wallonie tient de cette logique de méfiance. Ils ne sont pas seuls responsables de ce que je considère comme une erreur, nous en portons tous la faute.

On ne s’écoute plus assez dans le Mouvement wallon. Les rejets se font davantage sur les personnalités (les personnes !) que sur les idées. C’est fort regrettable et particulièrement inefficace. Pourtant, on ne pourra pas faire un jour prochain l’impasse de débats argumentés sur les choix d’avenir.

 

Tout en respectant ceux qui pensent différemment – on me l’a suffisamment reproché ! -  je suis évidemment rattachiste et ce depuis bien avant la création du RWF. Je n’ai donc eu aucun problème dans le passé à utiliser des « propos définitifs » tant qu’il s’agissait de maintenir en vie une option jugée lointaine si pas utopique. Mais je considère maintenant que le temps de la rupture semble plus proche (*) et que l’idée de la réunion n’est plus considérée comme irréaliste, qu’il faut sortir des propos simplistes ou catégoriques. A côté des « propositions Lenain » parfaitement estimables et très bien documentées, il faut ajouter une autre solution qui serait plus souhaitable (dans le sens plus simple à faire accepter) dans un premier temps. Vous qui me lisez, vous savez que je plaide pour une confédération France-Wallonie ? Constitutionnellement, elle est tout aussi réalisable et respecterait les différentes tendances qui déchirent actuellement le mouvement wallon. (Enfin, je pense surtout aux Wallons, indépendantistes, régionalistes et rattachistes sincères (ceux qui ne souhaitent pas simplement "devenir français par haine de leur peuple et de leur condition de Wallons"...). Cette approche Respecterait les sensibilités et évolutions récentes des deux parties. Et pourrait même séduire les futurs nostalgiques de la Belgique.

 

En conséquence, je rejoins complètement Lenain quand il termine son plaidoyer par : « La France ne pourrait être satisfaite de devoir intégrer un jour de nouveaux français, Wallons et Bruxellois, dont la majorité le serait devenue à regret, parce que rendue malheureuse par l’imposition d’un statut négateur de leur passé et de leur identité ». Je ne dis rien d’autre depuis un bon moment déjà sur ce blog.

 

Enfin, je ne pense pas que la direction actuelle du RWF soit sincèrement ouverte à la possibilité de l’éventualité d’envisager (et je pèse mes mots) un débat interne (**), ni surtout à une mise en question de ce qui est plus un dogme qu’une doctrine, et certainement ni un projet, ni un programme, ni encore une stratégie. Leur message est plus axé contre l’existence de l’ancien Etat Belgique dans lequel ils intègrent la Région wallonne - sans autre forme de procès -  pour ses défauts et les prises de position de la Flandre qu’en faveur de la France et des conditions favorisant la réunion. Cette dernière y est même idéalisée jusqu’à la caricature. Comment y croire ? Comment mes compatriotes wallons qui - grâce aux médias - y suivent toutes les aspects de la vie quotidienne pourraient-il se retrouver dans cette vision de la France qu’ils savent arrangée et donc largement fausse ? Quant à ce « devoir de rassemblement » que se serait donné comme « tâche statutaire » le RWF tel que l’écrit l’auteur de la lettre. je reste rêveur...

 

Mais nous verrons bien. Quel que soit l’objectif, ce courrier a eu le mérite de susciter une amorce de débat en dehors des cercles d’initiés. Que ce ne soit qu’en dehors des instances officielles du RWF n’est pas une mauvaise chose. Le débat sur le rattachisme ne doit pas être la chasse gardée d'un groupe fermé.

  

Je serais curieux de lire les passages de son analyse consacrés à « l’inanité des projets indépendantistes ». Je suis certain que j’y retrouverai probablement des arguments que je partage et que même les indépendantistes utilisent, mais ce point de vue, cet éclairage différent d’un « Français de l’intérieur » m’intéresse.
Parce que restons réalistes à défaut d’être rêveurs. Il est ridicule de dire comme certains d'un Etat quel qu’il soit, qu'il n’est pas viable. Prenez n’importe quel morceau de la surface de la planète, entourez le de frontières, baptisez le « Nation ou encore « Etat » et il existera si ses habitants le veulent vraiment. Les exemples sont multiples. Maintenant, évidemment, les conditions de vie, les conditions économiques seront peut-être changées. Mais ça, c’est un autre aspect qui n’a rien à voir avec la viabilité, notion finalement assez relative quand on compare les PIB des différents états du monde. Il faut savoir ce que l’on veut.


(*) La déroute des finances publiques fédérales devrait être un nouveau puissant facteur d’évolution…
 
(**) Il est piquant de lire dans son ouvrage « Splendeur de la Liberté », Paul-Henry Gendebien écrire : « La démocratie, quant à elle, accepte le droit à la différence, elle reconnaît et même encourage le divers et le multiple (...) Mais sans différences, l'échange n'a plus lieu. S'il n'y a plus rien à échanger, donc à comparer et à recomposer, alors la civilisation végétera et régressera. 
»

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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 19:35

Titre choquant pour beaucoup ? Mais il faut parfois jouer du paradoxe pour faire avancer les choses.

Ce traitement, c’est pourtant ce qui se ferait dans un Etat normal…

 

Un exemple, l’offre de transport en Wallonie.

 

Certes, dans les grands dossiers de mobilité, la Wallonie a rattrapé son retard – avec ses propres moyens depuis la régionalisation – mais les résultats restent bien fragiles.

Il reste des points faibles, par exemple, la mise en oeuvre lente des plans de déplacement et de stationnement dans les grandes villes, même si les collèges échevinaux en font une priorité.

 

Il y a surtout le problème de la SNCB avec le financement des travaux du TGV. Si on peut accepter qu'il y ait une clé de répartition entre les régions, la part wallonne intègre forcément le financement global du TGV. Or, la plus grande partie des emprises est en Wallonie, mais le TGV ne va transporter que 20 à 25 pc d'habitants de la région. En attendant la Wallonie aura payé à 100 pc alors qu'il aurait fallu logiquement le mettre hors de la clé régionale.

Par ailleurs, il est certain que la Wallonie va se retrouver en 2010 dans une situation comparable à celle qui prévalait lors de la régionalisation des travaux publics en 1988. C'est clair qu'il ne faut pas se précipiter tête baissée dans la régionalisation de la SNCB. La question est de savoir ce qu'on entend par régionalisation. La Wallonie aurait intérêt à ne régionaliser les infrastructures dans un premier temps puisqu'à ce moment les utilisateurs (Thalys, Eurostar) devront payer une redevance de passage. Ainsi elle rentabiliserait ses investissements en infrastructures…

 

Le mode de fonctionnement de la SNCB est surdéterminé. Les Flamands renforcent ce qui marche bien, notamment en bord de mer et autour de Zaventem. Logique quand on pense que dans le plan décennal, ils ont aligné des études pour expliciter les besoins jusqu'à 2010 de Zaventem, d'Anvers, de Zeebrugge. Par contre l'analyse du plan ne révèle qu’une petite croissance de 2 à 3 pc… pour la Wallonie. Certes, il y aura peut-être quelques miettes de retombées du développement de Zeebrugge… et on pourrait toujours espérer  qu'un jour il y aura une saturation des zones économiques flamandes pour qu'il y ait un débordement chez nous. Mais on ne peut pas simplement baser le développement de la Wallonie sur le trop plein des autres.  

Je parlais récemment des projets de développement économique de Bruxelles, c’est un peu pareil…

Tant que nous restons dans le cadre belge, il est malheureusement difficile d’espérer autre chose…

 

Si nous étions dans un vrai pays, il y aurait une démarche comme en Allemagne. Il aurait été ainsi souhaitable que la Wallonie soit traitée comme l'Allemagne de l'Est. Quand l'État fédéral allemand dépense 1 euro dans l'ex-Allemagne de l'Ouest (RFA), il sort 2 euros pour l'ex-Allemagne de l'Est (RDA). La démarche est totalement inverse dans la mentalité flamando-belges et dans les instances restées fédérales comme la SNCB où on suit dans l'ordre. Ce qui est regrettable du point de vue wallon, c'est qu’on ne fait toujours pas cette analyse (ou bien on n’ose pas en parler…) quand on connaît la démarche flamande depuis plus de 30 ans. C'est leur peuple le premier, le reste du monde n'existe pas. La Wallonie ne peut pas suivre dans les mêmes conditions puisqu'elle a dû d'abord quitter une position historique où elle a permis à la Belgique d'accéder au stade de 2ème puissance économique du monde en négociant durement les quelques compétences qui l’intéressaient en priorité quand cette position qui lui a permis d’être généreuse a disparu. Trop tard.

Mais il y a encore du chemin à faire.

Heureusement, il semble que le gouvernement wallon devienne un peu plus proactif et vise progressivement aussi une création de rente de situation en développant des plates-formes intermodales.  Il faut aussi penser à mobiliser les universités pour faire des prévisions qui seraient macro-économiquement favorables pour la Wallonie. Pas seulement dans le domaine des transports.

Bien sûr, ceci n'est pas nouveau, on retrouve déjà dans le programme du Rasemblement wallon en 1968 (!) cette phrase : « la proposition de création d'une Société Wallonne pour l’Infrastructure et une Société Wallonne de Transport chargée d’assurer l’intermodalité »

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 12:08

Il est parfois utile d’aller voir ce qui se passe ailleurs...
Avez-vous déjà entendu parler de la
« Business Route 2018 for Metropolitan Brussels » (à vos souhaits !)?

Cette plate-forme née de l'initiative des trois organisations patronales Beci-UEB (Bruxelles), Voka-Comité Brussel et l'Union Wallonne des Entreprises (UWE), avec le soutien de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), cette feuille de route présentée début avril vise à doper le dynamisme économique de Bruxelles et de sa grande périphérie, en ce compris certaines régions des provinces du Brabant flamand et du Brabant wallon. Au total, le « grand Bruxelles » ainsi délimité s'étend sur 35 communes et compte une population de près de 3 millions d'habitants.

Ces gens ont compris que l’attirance économique d’une ville est liée à son impact culturel et relationnel. C’est ainsi que parmi les projets il est prévu de fonder un musée d'art contemporain à Bruxelles, sorte de phare architectural et culturel, créant un effet "Bilbao-Guggenheim" à l'instar du musée qui a mis la cité basque sur les cartes touristiques. Doter Bruxelles d'un centre pour les médias de "calibre international" et de programmes d'études de haut niveau sur l'Otan et les affaires européennes ou encore fonder un centre d'accueil des Bric (pour Brésil, Russie, Inde et Chine) afin d'encourager les entreprises de ces pays à forte croissance à s'installer dans la ville. Plus curieusement (mais c’est aussi une certaine forme de culture, ou en tous cas, ça fait parler de la ville) l'organisation à Bruxelles lors de la prochaine décennie d'un « événement planétaire » (sic !) comme la Coupe du monde de football… (Enfin si d’ici là la Belgique existe encore…)

 

Il est tout à fait normal qu’une ville cherche à développer son attirance économique en se faisant connaître par des organisations ou des constructions de prestige qui la rende séduisante. Les villes wallonnes qui, grâce à la politique économique de la Belgique, ne sont plus des pôles de développement devraient sérieusement y réfléchir et s’en inspirer. Quitte à bousculer un peu les opinions publiques. Pensons aux ratages que sont le non-achèvement de l’environnement de la gare Callatrava à Liège ou le refus du projet de l’architecte Botta de construction du nouveau Parlement wallon en bord de Meuse à Namur…

 

Maintenant il s’agira également d’être vigilant. Cette plate-forme est un bel outil de développement économique pour Bruxelles. Espérons que ces retombées pourront profiter aux régions des Brabant flamand (là, je n’ai aucun doute…) et du Brabant wallon impliquées. Et surtout ne pas tomber dans le piège de confondre hinterland (qui est une notion économique) et région politique en utilisant ce projet à des fins bassement politiques pour ramener les projets d’annexion de communes du Brabant wallon à la Région de Bruxelles.

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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 22:04

La presse en a parlé, le Secrétaire d’Etat à la fiscalité environnementale, Bernard Clerfayt (MR tendance FDF), va suggérer une grande réforme fiscale environnementale devant répondre aux impératifs de la crise financière et à la lutte contre les changements climatiques.

Le prétexte est hautement louable. Opérer un transfert de la fiscalité du travail vers la fiscalité de l’énergie, à fiscalité constante et sans « régressivité » (c’est-à-dire, sans conséquence sociale) dans un pays qui taxe trop lourdement le travail en comparaison avec les pays voisins va, en principe dans le bon sens. En tous cas, si nous étions dans un pays normal, ce qui n’est pas le cas.


Cette politique pourrait se traduire, par exemple, par l’augmentation progressive des accises sur le diesel, le mazout de chauffage et le gaz naturel ou encore par l’adaptation ou la création de taxes (éventuellement en fonction du contenu en carbone) ou cotisations sur l’énergie. Si effectivement, il s’agit en fin de compte d’une opération blanche pour les revenus du travail, je ne peux qu’y souscrire.

Dans les termes, on ne peut, en effet, qu’adhérer aux objectifs :

- Renforcer la compétitivité de l’économie.

- Encourager les entreprises à embaucher des travailleurs peu qualifiés.

- Orienter les ménages et les entreprises vers des comportements moins consommateurs d’énergie.

- Donner un signal clair et fort que l’énergie à bas prix n’est pas compatible avec une politique climatique suffisamment ambitieuse.

 

Mais… dans les faits, « on » a surtout parlé d’une augmentation du prix des carburants…


Et dans la réalité, dans ce pays, les ministres étant avant tout les représentants de leur région, je ne peux qu’appeler les élus wallons à la plus grande vigilance parce que ces mesures pourraient fortement pénaliser la Wallonie, son économie et ses travailleurs.


En effet, on sait que Bruxelles (où est élu ce monsieur Clerfayt) pour des raisons de taille (c’est une ville moyenne) et de développement historique (par la concentration due à ses fonctions de capitale belge) a un réseau de transport en commun fort développé. Le recours à des moyens de transport individuels couteux, pour se rendre au travail, comme l’automobile n’y est plus vraiment nécessaire. Et de toute façon, les distances n’y sont pas énormes. C’est aussi la Région qui détient le record du nombre de travailleurs peu qualifiés parmi les demandeurs d’emploi. Cette politique répond parfaitement aux besoins de Bruxelles.


Pour la Flandre qui a modernisé (et continue à le faire) ses infrastructures en accaparant les moyens de l’Etat belge depuis la fin des années 30 (*) et disposant d’une répartition des bassins d’emplois assez homogène sur un territoire plus petit que la Wallonie, ça ne devrait pas poser trop de problèmes.


Bref, avec un réseau de transports en commun peu dense par rapport aux autres régions et à sa géographie, la Wallonie verra ses travailleurs (navetteurs) pénalisés, parce qu’obligés par la force des choses d’utiliser leur voiture, si nos élus (et les quelques ministres ayant une conscience wallonne… mais euh… qui ?) ne sont pas vigilants.


(*) Dans cette Belgique qui nous veut du bien et qui, aux dires de certains, aurait été dominée par les Wallons, imprévoyants et laxiste, il est intéressant de noter que ce n’est pas depuis la fin de la guerre que le mouvement flamand a fait main basse sur l’économie.

Si on ne commence à compter que depuis la création du V.E.V. (Vlaams Economish Verbond) en 1926, il faut observer que ses représentants (délégués) dans les gouvernements ont détenu la plupart des ministères à incidence économique entre 1929 et 1940 :

- Ministère des Affaires économiques : 75 % de la période ;

- Ministère des travaux publics : 75 % de la période

- Ministère des communications : 50 % de la période

- Ministère des Transports : 50 % de la période

- Ministères de l’Agriculture : 50 % de la période

Les agents économiques de la Flandre se sont ainsi donné la possibilité et les moyens d’infléchir les décisions du pouvoir central dans le sens du développement économique de leur seule région. Et ça ne s’est pas arrangé après la guerre, jusqu’à la mise en place progressive de la régionalisation. On se demande encore comment certains peuvent regretter l’Etat unitaire… Stupidité ou ignorance ?

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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 12:10

On le sait, le cas « BHV » devrait revenir prochainement sur le devant de l’actualité. A moins d’un vote rapide et majoritaire des partis flamands au Parlement fédéral, ce sera l’occasion de belles envolées lyriques et plus probablement d’un nouveau « dialogue communautaire ». Avec cette fois, l’obligation d’aboutir puisque en juillet prochain, la Belgie-que occupera la présidence tournante de l’Union européenne.

 

J’avoue que le principe d’un dialogue communautaire (Flamands contre Francophones pour faire simple) ne m’emballe pas. Parler de dialogue communautaire et pas inter-régional, c’est, une fois de plus jouer le jeu des Flamands et des derniers unitaristes qui ont toujours eu du mal à accepter le principe des régions. La Wallonie n’apparaissant pas en tant que telle dans ce débat, ou si peu.

 

Entendons nous bien, je n’ai pas, ici plus qu’ailleurs, la prétention de parler au nom du Mouvement wallon. Contrairement à ce que prétendent certains, celui-ci n'est l'apanage d'aucune formation politique, sociale ou culturelle particulière, il est présent chez chacun de nous. Personne ne peut le confisquer à son seul usage, c’est faire preuve d’impudence, d’imposture, de mensonge. Personne ne peut s’arroger le titre de « continuateur » parce que le Mouvement wallon, parce qu'il est wallon, se retrouve dans les courants présents, à des degrés divers, au sein de toute organisation ou parti. Simplement parce qu'il veut plus d’autonomie pour la Wallonie, il est opposé et s'oppose encore à l'unitarisme belge toujours vivace dans les esprits, donc aux forces conservatrices parmi lesquelles, curieusement on pourrait classer ceux qui justement se prétendent les « continuateurs ».

 

J’observe que le Mouvement wallon évolue. Né en réaction aux revendications flamandes (légitimes tant qu’elles visaient à l’émancipation de l’oppression culturelle de leurs dirigeants Flamands, mais francophones ceux-là) à la fin du XIXème siècle, il s’est ensuite conforté par la résistance au nazisme, pendant la guerre 1940-1945, par l'opposition au retour du roi Léopold III et lors des grandes grèves de l'hiver 1960-1961. Ces évolutions ont débouché sur la revendication du fédéralisme et des réformes de structures. Le fédéralisme est acquis en grande partie, mais il reste beaucoup de choses à achever (**). L’existence de Union européenne a modifié la donne en matière d’autonomie des Etats et de fonctionnement de l’économie. Comme l’avait écrit Jacques Nagels, si le capitalisme sauvage du début du XXème siècle avait fait place à un capitalisme civilisé (avec la sécurité sociale et le droit social, y compris le droit du travail, héritage bénéfique du pacte social de l'après-guerre et aux réalités des négociations entre partenaires sociaux) nous sommes maintenant passés du capitalisme civilisé au capitalisme débridé… Cruel retour en arrière.

Ce n’est pas un hasard, avec la disparition de l'affaiblissement de la volonté d’unification de l’ancien Etat Belgique qui se voulait nation en raison de l'émergence et de l'affirmation d'autorités supranationales, de la disparition des capitalismes nationaux, du nationalisme flamand, les citoyens en besoin d'une identité se retrouvent entre eux: c'est le retour des régions et des identités régionales. On assiste donc au retour des traditions wallonnes de valeurs, de culture, de savoir-faire, longtemps ignorées ou même bafouées, qui créent l'essentiel du dynamisme wallon actuel malgré la crise financière induite par le capitalisme débridé. Certes, la Wallonie est toujours en reconversion économique et reste plus en retard que d'autres régions. Le sous-emploi, la précarité et la pauvreté restent préoccupants.

Ce qui n’est pas un mal en soi puisque ces identités ne sont pas des nationalismes construits par un pouvoir central et repliés sur eux-mêmes. Pas de rejets, pas de xénophobie.

L'identité wallonne va se superposer à l'identité belge de plus en plus périmée.

Cette identité n’est pas à confondre - et je reconnais l’avoir fait moi-même – avec les identités locales, ou encore sous locales qui ont toujours existé, et continueront. Elles existent simplement parce qu’elles sont le lieu premier des relations sociales, de l'apprentissage de la société, de la conservation de la mémoire et des traditions, du patrimoine. Aujourd’hui, elles s'aglomèrent pour constituer l'identité wallonne. Ne parle-t-on pas depuis quelques temps de Wallonie picarde par exemple ? C'est la preuve qu'au dessus des identités locales, on concept plus fédérateur est né. Et comme chacun sait ou peut l’observer, dans le monde d'aujourd'hui, l'appartenance forte à une identité locale ne suffit pas, qu'il faut appartenir à un ensemble plus large, pour nous c'est la Wallonie. Pas par défaut d'autre chose, mais parce que c'est le niveau premier de cohésion politique (la Région existe en tant qu’entité politique concrète) et de cohérence entre les identités locales. L'expression « repli wallon » utilisé par certains « pseudo intellectuels désincarnés » est un concept vide de sens, construit par des conservateurs pour essayer de détruire l'identité wallonne dont ils ont fort peur.

 

Bien sûr, avant que la Wallonie n'existe, chaque sous-région a bien été obligée de s'affirmer face à un Etat unitaire, niveleur et centralisateur en utilisant divers outils comme, par exemple les intercommunales de développement. Il est normal qu'en subsistent encore des traces actuellement. Tout ça va évoluer.

 

N’oublions pas que la Wallonie a dû attendre dix ans entre la modification de la Constitution (1970) et la première loi de régionalisation (1980); elle a donc dû se glisser, tant bien que mal dans la Communauté française qui a été créée en 1971. La Communauté n'a jamais été une revendication wallonne mais bien une revendication flamande dont les Wallons ont été dotés malgré eux. C’était la seule expression politique possible au départ, il est normal que le Mouvement wallon n’y ait pas obtenu toutes ses revendications initiales. La coexistence des Communautés et Régions est une des causes de ce que certains appellent l’échec du fédéralisme qui n’est que son incomplétude, facteur de blocage important certes, mais qui ne doit pas faire oublier que les acquis sont quand même importants. Même si ce n’est pas une raison de s’en satisfaire.

 

C’est peut-être le moment de suggérer à ceux qui s’occupent de nos destinées (**) quelques éléments de réflexion pour adapter les structures institutionnelles aux nouvelles réalités. Il faut oser aller au bout des logiques.

 

Wallonie !
La première est d’ordre symbolique, mais est plus qu’essentielle. La Constitution belge parle de « régions » (Art 1 et 4) de « Communautés » (art 1 et 2) ou encore de « Régions » (art. 3 et 5).

La confusion entre « régions » par la langue et « Régions » (entités politiques et humaines) si elle fut une trouvaille ingénieuse n’a plus de raison d’être. Il faut remplacer les « Région wallonne, la Région flamande et la Région bruxelloise » par « Flandre, Wallonie et Bruxelles ». Peut-être en en ajoutant une quatrième, la future ancienne région de langue allemande puisqu’il semble bien que des revendications vont dans ce sens.

 

Communauté française ?
La seconde est d’ordre vitale. Toute identité est vivante et doit être alimentée pour se développer progressivement. L'enseignement et la culture sont ses aliments principaux pour les générations à venir. La Wallonie ne maîtrise pas son enseignement. Celui-ce est neutre, indifférencié, incolore, et insipide du point de vue wallon parce qu'il doit aussi convenir à Bruxelles. La culture, telle qu'elle est conçue et subsidiée par les pouvoirs publics est dans la même situation. Elle est donc forcément soit élitiste et conservatrice, ou ; à l’inverse « dite » populaire et le plus souvent d'une bêtise profonde pour que « chacun s’y retrouve ». Les effets pervers du compromis ou de la neutralité « à la belge » dont je parlais dans un billet précédent…

Il est donc vital que la Wallonie prenne elle-même en charge son enseignement et maîtrise elle-même l'affectation des budgets de la culture. L'un et l'autre dépendent aujourd'hui de la Communauté dite « Wallonie-Bruxelles » et doivent être transférés aux deux régions (à la Commission communautaire française (COCOF )de la Région de Bruxelles). Ce qui n’empêchera pas – on doit le prévoir – des structures de concertations pour assurer la cohérence là où elle est indispensable ou utile. Ainsi la solidarité entre Bruxelles et la Wallonie serait affirmée plus nettement encore que dans le magma actuel.

La RTB(f) de même que les Universités devraient être cogérées par le Gouvernement wallon et l'Exécutif de la COCOF. Tant le Parlement wallon que la COCOF seraient concernés par le contrôle de ces institutions disposant d'une large autonomie, chaque Parlement votant les crédits qui le concerne selon une clé de partage tenant compte, par exemple du PIB, du nombre d'habitants ou du nombre d'étudiants de chaque région. Mais on peut imaginer d’autres clés.

 

Il faut cesser de faire croire que la Communauté française « Wallonie-Bruxelles » constitue le ciment entre les Wallons et les Bruxellois francophones. Simplement parce que c'est une vue de l'esprit ne correspondant pas aux réalités sociologiques. Elle ne peut être ni wallonne ni bruxelloise, en conséquence, cette « Communauté » se confine dans l'immobilisme, ne contribue pas à la formation d'une identité wallonne (ni d'ailleurs d'une identité bruxelloise), pire encore peut plus, dès lors, qu'être « belge francophone » et plus rarement « francophone » que « belge ».  Elle participe à la volonté de désagrégation de identité wallonne et française de la Wallonie.

Je supporte mal d’entendre les présentateurs et les journalistes de la télévision officielle nous parler de Flandre quant ils préfèrent utiliser l'expression surréaliste de « sud du pays » ou « sud de la Belgique » comme si nous n’existions pas, préférant réaffirmer chaque fois le cadre unitaire belge, alors même que la Constitution (belge !) affirme que la structure est fédérale !

 

Ensuite, plus tard, une fois cet objectif atteint, et c’est dans la logique sociologique de la Wallonie, celle-ci étant constituée d'entités locales et sous régionales aux caractéristiques différentes, il appartiendra aux pouvoirs wallons d'éviter une gestion centralisée mais, au contraire, de faire participer au développement les entités locales et/ou sous régionales, tout en assurant la cohérence et la cohésion.

 

Complétude
La troisième consiste à aller plus loin (achever ?) le (con)fédéralisme. Trop de matières sont restées de la compétence de l'Etat fédéral ou sont bridées ou encore limitées à l'exécution de lois fédérales en raison des principes d'unité monétaire (qui n’a plus de raison d’être le passage à l’Euro) et d'union économique, ou encore certains dispositifs relatifs à l'unité administrative et à la stabilité intérieure sont encore maintenus comme si on était resté en 1831 !

Sans vouloir être exhaustif, pensons à la politique agricole, la recherche scientifique, quels que soient les domaines, les marchés publics, le transit des déchets, la politique de l'énergie (le contrôle du le cycle du combustible nucléaire pourrait être transféré à l’échelon européen), la coopération au développement, le commerce extérieur hors UE…

Pensons aussi à une participation à la gestion d'organismes tels que la SNCB, la poste, Belgacom, les instituts scientifiques de l'Etat.

Il y a d’autres domaines en matière d’emploi, de justice, de fiscalité, de santé ou de sécurité sociale…

Concernant ce dernier point, il est souvent mis en avant par ceux qui regrettent, contre toute logique, l’état unitaire. C’est oublier que ce système n’est pas original et tous les pays voisins se sont basés sur les mêmes principes, même si en raison de leurs passés et de leurs développements économiques, les modalités sont différentes et ne peuvent pas être facilement harmonisées, la sécurité sociale fonctionne sur un principe d'assurances obligatoires et comme dans tout système d'assurance plus on élargit la base, plus le système est équilibré. L’idéal, serait d’aller vers un système européen. Mais dans l'environnement idéologique de l'Union européenne, on peut craindre qu'une harmonisation ne se fasse que vers le bas, ce qui constituerait un recul social pour beaucoup. Il en va de même en cas de scission de la sécurité sociale. N’empêche…

J’en ai déjà parlé, l'évolution démographique, sociale et de l'emploi (comme annoncé, la crise frappe plus durement la Flandre que la Wallonie, avez-vous remarqué qu’on ne parle plus des transferts ?), joue plus en faveur de la Wallonie que de la Flandre et la population wallonne est déjà plus jeune que la population flamande. Elle vieillit en effet moins vite si on veut se donner la peine de considérer les indices démographiques. Et parmi ceux-ci le rapport du nombre des plus de 60 ans au nombre des moins de 20 ans Qui est tout à fait en faveur de la Wallonie. Ce qui veut dire que, proportionnellement et en étant prudent, la charge des pensions va s'alourdir moins fort en Wallonie qu'en Flandre. Il devrait est de même sur le moyen terme de la charge de l'assurance maladie-invalidité, notamment par la réduction des charges dues aux maladies professionnelles liées à l'industrialisation lourde (oui, c’est peut-être cynique, mais c’est logique). Par contre, la charge des allocations familiales pourrait s'alourdir légèrement pour la Wallonie au regard de la Flandre. Il faut cesser de dramatiser toute régionalisation de la sécurité sociale, affirmant qu'elle conduirait automatiquement à l'éclatement de la Belgique. Cette affirmation est peu fondée si on y réfléchit bien. Elle poserait des problèmes aux uns et aux autres dans certains domaines mais des solutions sont toujours possibles. Il convient donc d’examiner les modalités d’une séparation de la sécurité sociale entre la Wallonie et la Flandre qui peut convenir aux intérêts économiques et sociaux wallons. Dès maintenant ! La reconversion économique de la Wallonie est bien en route même s'il faut encore du temps pour qu'elle se marque plus nettement en terme d'emploi. Il faut profiter du fait que les Flamands sont demandeurs pour engranger ce qui peut l’être.

 

Préparer l'avenir
Pour ça, il ne faut pas avoir peur de l’éclatement de la Belgique. Sous le prétexte de vouloir sauver « ce pays », c’est se mettre en situation d'infériorité devant toute revendication flamande et inévitablement céder. Les revendications flamandes ont été accompagnée depuis le début du XXème siècle accompagnée d'un courant hostile à la Belgique. Les partis flamands ont délibérément et habillement joué de cette menace, pour faire adopter leurs revendications par l'Etat belge et le gérer dans le sens des intérêts flamands. Il est temps que nos dirigeants en prennent conscience. Et que ça cesse. Et il ne suffit pas de n’être demandeurs de rien !

 

Honnêtement, quels risques pourrions-nous courir si demain,  la Wallonie et Bruxelles se retrouvaient provisoirement seuls gestionnaires de la Belgique ? La situation ne serait pas plus grave, ni moins grave qu'actuellement. Sans compter que la Wallonie pourrait très rapidement trouver des solutions au niveau international.

 

Il faut oser sinon, on décidera pour nous. L’Europe à - combien encore ? - en élargissement continu ne pourra plus garder son fonctionnement sur les bases actuelles. J’imagine mal le fonctionnement en consensus d’une Commission à 40 ou davantage… Il faudra donc nécessairement que s'opèrent des regroupements. C’est comme ça que le Fonds monétaire international fonctionne, par un système de représentations. Dans une Union européenne forcément multiculturelle, des regroupements vont inévitablement se produire sur base de critères culturels, (pas uniquement la langue) comme la conception de la société et des rapports de la personne à la collectivité. C’est ainsi qu’il faut absolument éviter la réanimation du BENELUX ! Il est clair que la Wallonie s’y verrait minorisée dans son développement économique et dans son existence politique. Nous n’aurions évidemment pas notre place dans un ensemble germanique à moins de vouloir disparaître à terme (Je ne parlerai pas ici des élucubrations du « Groupe de Baarle » justement démontées par mon ami Didier Melin, et stupidement agitées par ceux qui cherchent à faire peur ou… qui jouent à se faire peur !).

Les regroupements se feront probablement par proximité, les ensembles, scandinave ou slave sont exclus. Par contre, une alliance dans un ensemble français est évidemment tout à fait cohérent, une Wallonie française autonome aurait toute ma préférence. C’est à préparer rapidement et... concrètement !

 

 

(*) Il a fallu 35 ans pour que le mouvement wallon obtienne satisfaction. C’est à la fois long et court. C’est en tous cas la preuve que les conservateurs finissent soit par abandonner un combat qu'ils jugent définitivement perdu, soit à comprendre leurs erreurs. Il en ira ainsi de l'identité belge dont l'Etat a imprégné les citoyens wallons par l'enseignement, le trucage de l'histoire (Pirenne !), l'existence et le rôle de la monarchie et qui est simplement dépassée, périmée, même si beaucoup ne s’en rendent pas compte. La soutenir par des moyens thérapeutiques relève d'un combat d'arrière-garde des conservateurs, hélas toujours très actifs parce que désespérés.

 

(**) Essentiellement les présidents de parti, les autres, ceux que nous avons élus n’ayant que peu de chose à dire comme vient encore de le rappeler Claude Eerdekens dans la DH du 11 août...

Et merci à Yves de Wasseige (qui par ailleurs vient de publier un nouvel essai : "L'économie au service des gens") aux éditions couleurlivres.be) qui a nourri mon inspiration !

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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 06:02

Le 17/08/2004, simple militant rattachiste, en l’absence du responsable du parti pour lequel je militais à l’époque et de son responsable de la Communication, tous deux sonnés par une nouvelle débâcle électorale, j'avais pu faire passer le communiqué suivant :
«Respectant et s’associant au deuil des familles des victimes de la catastrophe de Ghislenghien  le RWF n’a pas souhaité réagir dans la précipitation. Après l’affaire des scandales des pots de vins (hélicoptère, avions etc..) qui a montré les dysfonctionnements du monde politique, l’affaire Dutroux qui a montré les dysfonctionnements de la Justice, la crise des PCB et de la dioxine qui a montré que l'Etat n'était pas prêt pour ce genre de situation, ce nouveau drame confirme l’impéritie du pouvoir fédéral belge !

 

Seuls le courage et le professionnalisme des individus et des services de secours ont permis d’éviter un bilan humain plus dramatique encore.

Le RWF stigmatise l’impudeur des notables du régime - responsables mais toujours irresponsables ! - qui profitent du deuil des familles et de la population pour se disculper à bon compte en transformant les funérailles en une opération de relations publiques. Quelles leçons vont-ils en tirer ? Aucune, sans doute.

Le RWF appelle à la création, sous la responsabilité politique, juridique et pénale du Ministre Président du Gouvernement wallon d’une « Cellule permanente de prévention et de gestion des crises et catastrophes ».

Cet organisme pourrait voir le jour suite au transfert à la Région wallonne de toutes les matières fédérales qui s’y rapportent. Sa mission consisterait à anticiper les crises et catastrophes industrielles ou/et d’y préparer des réponses. C'est-à-dire :

- organiser les outils d'une veille permanente,

- dresser et tenir à jour un cadastre des risques industriels,

- prévoir un dispositif de crise, - prévoir les conditions de conduite de la communication,

- prévoir et coordonner les conditions d'appui logistique,

- organiser les contrôles préventifs en coordination avec les Divisions administratives concernées du MET» (Ministère de la Région wallonne et du Ministère wallon de l’équipement et des transports, ancien nom d’une partie de l’actuel SPW).

 

J’ajoutais : « Il est grand temps de passer d’une politique de réponse au cas par cas et le plus souvent improvisée à une politique d’anticipation afin de garantir la sécurité de nos concitoyens », espérant par là, en idéaliste, enclencher une réflexion au sein de la direction de mon parti en matière de structuration de programme réel visant à l’intérêt de la Wallonie (*).

 

5 ans après, en dehors des commémorations et des confirmations de retards (et de refus !) d’indemnisation aux victimes marquées dans leur chair, qu’est-ce qui a été fait pour anticiper une catastrophe ?

 

Je n’ai rien trouvé allant dans ce sens dans la dernière déclaration gouvernementale.

 

***
 

Hier, une manifestation avait lieu devant le dernier bureau de poste de Louvain-la-Neuve… Après les pétitions et autres interpellations de parlementaires jusqu’ici inutiles, les habitants se sont mobilisés physiquement pour interpeller la direction de la Poste. Avec guère d’espoirs de faire revenir le Conseil d’administration de « THE POST - DE POST - LA POSTE » (**) sur sa décision

 

Il est à craindre, en effet que ce ne soit qu’un nouveau coup d’épée dans l’eau. D’autres comités ont déjà protesté contre ces fermetures, ailleurs chez nous, en Wallonie. Mais les résultats ont, jusqu’ici, été plus que mitigés. C’est peu dire...

 

Rien de vraiment étonnant pour ceux qui ont suivi les décisions budgétaires tout autant qu'idéologiques des gouvernements fédéraux précédents. Il fallait bien maintenir le budget annuel de l'Etat en équilibre et obéir aux pressions dérégulatrices du néo-libéralisme mondialisé (autre nom du capitalisme financier) auquel tous les partis (***), sans exception se sont soumis depuis les années 70-80...

 

En effet, avec le mariage forcé de LA POSTE  avec la poste danoise et un Fond d'investissement britannique, le gouvernement fédéral, qui ne voulait pas investir dans la modernisation de l'entreprise publique et a contrario montrer sa bonne volonté aux autorités européennes, a ainsi réédité le coup de la fusion de la SABENA, pratiquement dans les mêmes termes. 

 

On a peu parlé à l’époque de ce bel investissement pour les Danois et surtout pour CVC Capital Partners Ltd (qui ne sont pas des bienfaiteurs, ne nous leurrons pas ; la preuve…). L'objectif de ses derniers étant de s'approprier ce qui fait pour eux la valeur de « LA POSTE », c'est-à-dire son patrimoine immobilier, son réseau bancaire et les avoirs en dépôts. La poste danoise parlant, elle, de se désengager.

Ne doutons pas que, ces opérations effectuées, ils lâcheront ce qui restera de l'entreprise publique, d’où, en conséquence, la logique des « points postes » et du système « géoroute »… qui servent à préparer les esprits. «Privatisons ce qui est rentable et discréditons (en les culpabilisant) ces facteurs (au rôle social jadis (?) essentiel) qui (forcément !) lambinent. Les citoyens-usagers devenant, eux, de vulgaires clients...»

 

Une preuve de plus que la Belgique n'est plus un Etat digne de ce nom. En expropriant les citoyens d'un service public, patrimoine collectif constitué par eux, pour eux et les générations futures, pour le brader à vil prix à des opérateurs privés étrangers, l'Etat belge n’a plus rempli son rôle qui est d'assurer pour l'ensemble de la communauté des missions essentielles à un prix raisonnable et l'accès aux services, témoins d'une certaine forme d'égalité et assurant ainsi la cohésion sociale. 

 

A leur tour, les néo-louvanistes commencent seulement à en percevoir voir les conséquences.

 

 ***

 

(*) Ce parti n’a toujours pas de programme réel et pour cause. D’après un article du Soir relatant une réunion tenue à Gembloux pendant la dernière période électorale, son président a signalé qu’il ne croit plus en une Région wallonne autonome, voire indépendante (ce qui est son droit le plus strict). Pour lui,  la Wallonie va très mal : pas de projet, plan Marshall sans résultat, état des routes exécrable, enseignement de mauvaise qualité, et une absence d'alternance, avec un PS au pouvoir depuis 21 ans. Qualifiant la Wallonie de « lanterne rouge de l’Europe » sans avenir, il a clairement affirmé son opposition à toute proposition visant à la moindre amélioration. Peu de chose le déconcerte. Aux quelques curieux présents qui posent des questions en dehors du message institutionnel : « l’avenir de l’agriculture, la chasse, les sans-papiers et le programme du RWF dans ces domaines, la réponse fuse :  « Nous ne sommes pas un parti de gestion de cet Etat finissant », lâche-t-il. » Le journaliste ajoutait : «  Les militants de plus longue date n’insistent pas… » … Dommage !

 

(**) Pour mémoire, la langue internationale de la Poste, c'est encore le français...

 

(***) Le parti socialiste qui s’affirme toujours à gauche devrait logiquement prendre une position de combat plus nette à l'égard du capitalisme financier, comme ils l'ont fait il y a environ 100 ans à l'égard du capitalisme industriel. C'est, sans doute, à cette condition qu'ils trouveront ou retrouveront un électorat prêt à les suivre, mais qui s'éparpille ailleurs faute des positions claires. Or, ils ont été par leur présence dans les gouvernements depuis plus de 20 ans parmi les plus ardents à appliquer les choix de la vague néolibérale.

Tous les partis veulent se situer au centre, parfois avec les nuances de centre droit ou de centre gauche. En conséquence, les programmes ne se distinguent plus les uns et des autres, à des nuances près et lors de changements de majorité politique, les citoyens ne perçoivent pas de changements ou fort peu de changements. Cette recherche du centre tue la démocratie; à quoi servent les élections puisque tous les partis sont pareils et que rien ne change malgré les problèmes économiques et sociaux vécus, disent les citoyens désabusés et déçus. Cette uniformisation au centre affaiblit les capacités de rupture des partis, en particulier des partis de gauche, avec les situations héritées du passé. L'absence d'une gauche réelle favorise l'apparition des extrêmes, extrême droite ou extrême gauche,  notamment, seules formations qui apparaissent comme porteuse de changement.

Le parti « dit écologiste » (après tout, on parlait bien de partis « dits communautaires » pour ceux qui proposaient le fédéralisme) gagnerait sans doute à préciser ses positions économiques et surtout ses positions wallonnes (rêvons !), malgré le fait que quoi qu’il en dise, par nature, il soit le seul à  se situer normalement au centre.

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