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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 12:09

Les récentes déclarations du ministre du Budget visant à revenir à l’équilibre et en particulier en concentrant les efforts d’économies sur la sécurité sociale provoquent des réactions en sens divers.

Et évidemment, tous les départements sociaux (emploi, santé, affaires sociales, pensions ) sont gérés par des représentants de partis non-flamands…

 

Hasard ? La presse flamande n’a pas hésité à embrayer sur le sujet alors que les commentaires de ce côté sont plus… euh… modérés ?

 

« Het belang van Limburg » se demande si l’argent qui va aux soins de santé est bien utilisé, précisant qu’en Europe, seule la France (tiens donc…) dépense plus et que les dépenses de plus en plus grandes pour les soins de santé se font au détriment des pensions et des finances publiques et que ce n’est pas tenable. Même « le Morgen » plutôt positionné à, gauche se pose la question est de savoir si  une croissance garantie de 4,5% par an pour la sécurité sociale n’a pas été calculée un peu trop largement…

 

Bien sûr, pour respecter la norme d'un déficit budgétaire ne dépassant pas 3 % du PIB à ramener à zéro % en 2015, il faut, en principe, nécessairement pratiquer une politique d'austérité budgétaire. On sait déjà (ou on vient de l’apprendre) que dans ce cas les budgets qui sont le plus touchés sont les budgets sociaux et ceux de la sécurité sociale ainsi que ceux de la justice et de l'éducation. L'austérité touche donc principalement les citoyens et en particulier ceux d'entre eux qui ont le plus besoin de la solidarité. Il ne faudra pas dès lors pas s'étonner de voir le fossé se creuser entre les citoyens et le monde politique ni non plus de voir se re-développer des populismes d'extrême droite.

 

Mais prenons du recul.

Le budget de l'État est un outil de politique économique, son équilibre n'est pas, en soi, un objectif économique. Le pacte de stabilité européen est un non-sens. La croissance économique, comme composante du développement, est un objectif économique. On sait depuis plus de 75 ans, depuis la vision macroéconomique développée par Keynes, que l'économie ne tend pas naturellement vers la croissance comme l'affirmaient encore il y a peu les économistes « néoclassiques » (néolibéraux est trop connoté…). À certains moments, il faut la stimuler.

 

Plus l’économie stagne, plus la dette publique rapportée à la production nationale s’accroît. Et, réciproquement, plus l’économie est dynamique, plus cette part se réduit. La plupart des analystes ayant pignon sur rue considèrent le désendettement des administrations comme un préalable à la croissance économique. Il n’en est rien puisque l’endettement, lorsqu’il résulte d’une forte augmentation des dépenses, stimule la croissance. Le lien logique entre endettement public et croissance irait donc plutôt dans l’autre sens : c’est l’endettement des administrations publiques qui tend à favoriser la croissance, et c’est la croissance trop faible qui génère de l’endettement…

 

La demande globale est formée de la consommation privée, des investissements privés, des dépenses publiques courantes et des investissements publics. Si la consommation privée se ralentit, il faut la relancer, par exemple en augmentant le salaire minimum, les allocations sociales, les petites pensions. Si les investissements privés se ralentissent, il faut les stimuler par une baisse des taux d'intérêt, des aides publiques et il faut, aussi, augmenter les investissements publics. Dans l'un comme dans l'autre cas, le déficit du budget de l'État - c'est-à-dire l'écart entre les dépenses et les recettes - s'accroît et, forcément la dette publique augmente aussi.

 

Lorsque la croissance économique se ralentit, de telles mesures sont de nature à la raffermir et trouvent, au cours des années suivantes, de quoi éponger le supplément d'endettement par une augmentation naturelle des recettes fiscales qui résulte de l'augmentation de l'activité économique et des revenus.

 

Certes, il faut éviter de financer les dépenses courantes par un déficit et il faut maintenir l'endettement dans une limite raisonnable pour éviter un alourdissement trop fort des charges d'intérêt des emprunts. Dès lors, s'il faut choisir un critère, ce devrait être l'endettement global plutôt que le déficit annuel.

La dette publique qui dépasse 300 milliards d'EURO. On pourrait donc dire que l'État belge, niveau fédéral, niveaux régionaux et sécurité sociale, est fort limité.. Il faut, cependant, apporter deux précisions qui tempèrent nettement la gravité de la situation telle qu'elle apparaît à première vue

Souhaitant frapper les esprits, certains acteurs de la vie publique n’hésiteront pas à calculer cette somme par individu ou par ménage… Elles reposent toutes sur l’analogie entre l’Etat, présumé dépensier et mal géré, et un ménage, présumé soucieux d’équilibrer son budget).

Il convient de ne pas confondre l’endettement des administrations avec celui du pays pris dans son ensemble : la dette publique n’est pas la dette de la Belgique. La richesse nationale totale comprend les actifs non financiers (biens fonciers, immobiliers, équipements, etc.) détenus par l’ensemble des agents publics et privés, même si ces actifs ont été singulièrement bradés ces 10 dernières années. Il faut y ajouter les avoirs nets sur l’étranger (c’est-à-dire la somme de toutes les créances privées et publiques sur l’étranger, moins celles détenues par les agents non résidents sur notre économie). Or,  la quasi-totalité de la dette publique (97,25 %), est en EURO (elle était en francs belges avant le passage à l'EURO) et la majorité de cette dette est, selon certaines études, détenues à raison d'environ 70 % par des institutions publiques et privées d'envergure, telles que organismes de crédit, banques, assurances, entreprises publiques. L'État belge n'a donc pas vraiment de dettes vis-à-vis de l'extérieur, situation évidemment toute différente de celle du Brésil ou de l'Argentine, par exemple.

Présentée du point de vue d’un comptable d’entreprise, mais cette fois avec rigueur, la dette publique apparaît soudain moins calamiteuse. Elle n’en repose pas moins sur une erreur de perspective : l’Etat est une entité économique et financière différente des autres. Il ne meurt pas, il ne fait pas faillite. On ne peut le comparer ni à un ménage ni à une entreprise.

On va l’entendre en boucle dans les médias. La majorité comme l’opposition (laquelle, au fait ?), en appelle à la résorption de la dette, c’est-à-dire, inévitablement, à la « réforme » des administrations publiques, à la réduction du nombre de fonctionnaires, à la baisse des dépenses d’éducation et de santé, des pensions de retraite, de l’indemnisation-chômage, etc. La machine est bien huilée et est prête. Et puis, l’argument semble plein de bon sens : n’est-ce pas comme cela que les choses se passent dans notre vie de tous les jours ? Justement, non !

 

Prenons un exemple : celui de l’endettement d’un ménage pour acheter un logement. Si les parents décèdent avant d’avoir remboursé la totalité de leur emprunt, ils ne laissent pas uniquement une dette à leurs enfants, mais également un bien immobilier. La dette est la contrepartie financière d’un actif réel et, souvent, bien utile... Si l’on en revient aux administrations, on constate que l’endettement contracté par les générations passées a pu donner lieu à de belles réalisations (infrastructures, amélioration du niveau d’éducation, amélioration de l’état de santé de la population, etc.). Non ? Evidemment assez inégalement réparties en Belgique, mais ça…

De plus, pour s’endetter, l’Etat émet sur les marchés financiers des obligations appelées, dans ce cas, bons du Trésor. Ces titres sont achetés par d’autres agents (assurances, établissements de crédit, organismes communs de placement, non-résidents...), lesquels placent l’épargne des ménages qui ont un revenu suffisamment élevé... pour épargner. Au moment où l’Etat s’endette, ceux qui possèdent ces bons du Trésor appartiennent à la même génération que le reste de la population. Celle qui hérite de la dette publique hérite aussi des titres de cette dette. D’un strict point de vue financier, au niveau global, le transfert net d’une génération à une autre est nul. Prise dans son ensemble, notre génération n’est ni plus ni moins endettée que la génération précédente ou que la génération future. L’accroissement de l’endettement public donne effectivement lieu à des transferts — non pas entre générations, mais au sein d’une même génération. En effet, les bons du Trésor sont des obligations qui rapportent chaque année à leur détenteur un intérêt, versé par l’Etat et donc, en dernier ressort, par les contribuables. Ces sommes ne sont pas négligeables. L’endettement des administrations publiques, question intragénérationnelle, entraîne donc surtout une redistribution à rebours en provenance de tous les contribuables, surtout les plus modestes,  à destination des détenteurs de la dette publique, qui in fine sont essentiellement les ménages les plus fortunés : ceux qui ont placé leur épargne sur les marchés financiers, notamment sous forme de bons du Trésor.

Injuste ? Oui, mais c’est le système qui veut ça.

Par contre, il y a un effet bénéfique de l’endettement public peu connu qui mérite d’être souligné. Dans les pays capitalistes avancés (chez nous quoi..), il faut comprendre qu’au niveau global c’est l’épargne qui crée la dette (qu’elle finance). Et non l’inverse. Les épargnants réussiront en effet toujours à prêter la partie de leur revenu qu’ils ne veulent pas consommer. Si, dans l’économie, la volonté d’épargner est supérieure à la volonté d’investir, l’excès d’épargne (par rapport à l’investissement) trouve tout de même à se « placer » sur d’autres supports déjà présents sur les marchés financiers (avec toutes les conséquences qu’on a vue ces dernières années). Lorsque l’Etat s’endette pour financer des dépenses supplémentaires, il évite que cet excès d’épargne ne trouve un débouché stérile ou spéculatif. D’une certaine façon, il s’endette à la place des entreprises, qui n’investissent pas assez, pour dépenser cette épargne, utilement, dans la production de biens publics.

 

Alors, que faire ?

Augmenter les impôts ? Peu populaire. Pourtant, en baissant les impôts des riches, les gouvernements ont simultanément contribué à déséquilibrer les finances publiques et obligé l’Etat à offrir des titres sur les marchés financiers et à s’endetter auprès de ces contribuables dont la « propension à épargner » est la plus forte, déplaçant la charge fiscale des foyers les plus cossus vers les revenus moyens et modestes. La baisse des impôts des particuliers au début de la décennie  n’a pas constitué pas une réelle mesure de relance économique, surtout après quelques la  chute des cours de bourses de l’époque. Ces baisses d'impôts ont surtout servir à reconstituer des épargnes qui ont été écornées et n’ont servi que peu à contribuer à une relance de la consommation. Elles ont par contre été fort utiles aux  entreprises multinationales qui ont trouvé à se financer à se financer par les marchés financiers.

Bref, nous avons assisté à  un flux de redistribution à l’envers. Les riches bénéficient alors d’une double récompense : le cadeau fiscal d’un côté, et le paiement d’intérêts de l’autre. Le premier leur permet de dégager l’épargne qui financera la dette.  Laquelle a été créée par le cadeau fiscal lui-même. En tous cas, en principe puisqu’on l’a vu avec la dérégulation du système financier, cet argent n’a pas été perdu pour tout le monde et a servi à tout autre chose. Les Etats on même été obligés de renflouer les joueurs délinquants qui depuis lors ont repris leurs activités sans scrupules.

Une telle mécanique, que l’on prétend contredire par des « plans de rigueur », trouverait peut-être un meilleur remède dans un retour à une imposition plus progressive et à la mise ai-u rencart du pacte de stabilité européen tel qu’il existe (Politique monétaire uniquement anti-inflationniste et politique budgétaire d'austérité conduisent inévitablement à un taux de croissance faible (1), avec comme conséquences directes l'accroissement du chômage et des inégalités, l'accroissement des faillites touchant principalement les petites et moyennes entreprises, un découragement des initiatives de création d'entreprises, un appauvrissement du tissu économique et de la recherche)

 

À la place, il faut en revenir au niveau européen aux politiques keynésiennes. Elles ont fait leurs preuves à l'échelle des États-nations entre 1945 et 1970. Elles ont fait leurs preuves aux États Unis d'Amérique dans la décennie 1990. Elles sont tout à fait possibles au niveau européen ou dans des politiques nationales coordonnées au niveau européen.

Puisque la coordination européenne des politiques restrictives au niveau budgétaire et monétaire est possible, il n'existe aucune raison que des politiques de croissance et de développement ne puissent pas se coordonner au niveau européen.

 

Mais qui va le proposer ? On ne parle plus d’organiser un « Nouveau Bretton Woods », les mâles propos des nos gouvernants sont oubliés et de toute façon, la grippe porcine va servir d’écran de fumée à un retour aux politique néo-libérales.

 

(1) La preuve en a été donnée, souvenez-vous : croissance faible entre 1992 et 1999, années pendant lesquelles ces politiques conjuguées ont été appliquées. La preuve a été donnée a contrario : croissance relativement forte entre 1999 et 2001, lorsque, l'EURO étant bien installé, ces politiques se sont relâchées.

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 12:30

On en a très peu parlé avant les élections. Depuis, les langues se sont déliées. Tout le monde (enfin, surtout les politiques et les journalistes qui étaient pourtant au courant…) affiche une surprise de bon aloi devant les déficits des budgets (mais aussi surtout des comptes) fédéraux et régionaux.

Mais tout le monde reste calme. On nous promet de « ne pas sacrifier l’investissement » et de traquer tous les « gaspillages » d’argent public… comme d’habitude.

 

De toute façon, nous annonce-t-on, « les Etats-Unis ont déjà redémarré », la relance est pour très bientôt. Evidemment, on ne vous dit pas que quand on parle de « reprise américaine », ce sont les grands établissements financiers qui recommencent à spéculer, avec l’argent que leur a fourni l’Etat sans contrôler l’usage qui en est fait ! Depuis le 1er janvier, le nombre de chômeurs officiels a augmenté là-bas de 2,9 millions. Les ménages sont endettés jusqu’au cou et le taux d’épargne est insignifiant. Ceux qui parlent de « reprise » se moquent donc du monde. D’ailleurs, on ne parle plus des responsabilités à l’origine de la crise. Le « Nouveau Bretton Woods » que d’aucun appelaient de leurs vœux (pieux, finalement…) a bel et bien été enterré au G20 de Londres qui s’est simplement attaqué aux effets secondaires sans remonter aux causes réelles.

 

Le prochain stade, c’est le retour de « la politique de la rigueur ». Gageons que les arguments qu’on va nous vendre très bientôt  seront classiques, nous contraignant à  nous adapter à la règle du jeu de l’oligarchie financière mondiale. Vieille tradition des gouvernements belges quels qu’ils soient : « évoquer le bien commun et l’intérêt général » sans définir de politique. En tous cas pas de politique claire et volontaire, évoluer au jour le jour en tenant deux fers au feu. Comme pendant le période 40-45 où le gouvernement réfugié à Londres donnait des gages aux Alliés, tout demandant aux Secrétaires généraux de tout faire pour ne pas déplaire à l’occupant.

Quels arguments ? Simples… Réduire les moyens de vivre et la population à la mesure de ressources limitées parce que le pouvoir financier ne crée plus rien. Et donc annoncer que « nos concitoyens  »  – comme diraient ceux qui ont annoncé qu’ils ne veulent pas de bain de sang social - doivent bien se rendre compte que la dette devra être remboursée, avec de l’argent pris essentiellement sur leurs salaires et leurs pensions ».

 

Tiens, serais-je lucide ou pessimiste ? De toute façon quand on sait qu’un optimiste n’est jamais qu’un pessimiste très mal informé…

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19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 12:39
Elie Barnavi, spécialiste des religions et ancien ambassadeur d'Israël en France livre quelques réflexions dans la dernière édition du Vif.

D'entrée de jeu, il fait remarquer qu'en période d'éclatement des idéologies, on assiste au retour des identités meurtrière (pour reprendre l'expression d'Amin Maalouf).  Le prix à payer est le tribalisme et le communautarisme. Deux maux que nous connaisons bien, puisque le système belge multiculturel cache en réalité une dérive multicummunautariste. La solution - dit-il - est simple : " il faut rechercher l'homme, l'individu derrière l'empilement d'identités dont nous sommes tous faits."

Pour lui, le modèle républicain d'intégration à la française est le seul valable. Même si l'identité nationale française est affaible, elle est suffisament forte pour suciter l'adhésion des nouveaux venus. L'exemple de la loi interdisant le port du foulard islamique dans les écoles qui est passée comme une lettre à la poste est une preuve de l'efficacité du modèle. Il regrette que ce modèle ne soit pas suffisament appliqué. Coincés entre deux cultures et deux visions du monde différentes, les "politiciens belges" avec le souci constant de compromis(sions) confondent la diversité culturelle qui n'empêche pas l'adhésion à des valeurs communes fortes avec le communautarisme qu'ils privilégient et ne conduit qu'à la juxtaposition des valeurs antagonistes. L'exemple hollandais est là pour le montrer, ils sont passés d'une société tolérante à une société de ghettos, une société fermée. La Wallonie a toujours été une terre d'accueil, d'égalité et de respect mutuel, puissent les dirigeants élus - et en particulier  l'olivier qui semble se profiler chez-nous - s'en souvenir. J'avoue êttre inquièt à la lecture des ouvertures communautaristes aux intégrismes de toutes sortes qui se trouvent dans les programmes de deux de ses membres pour des raisons que j'espère uniquement électorales.

" L'empilement d'identités dont nous sommes tous faits"... N'est-ce pas la définition la plus complète de ce que nous sommes vraiment. N'est-ce pas la meilleure définition des Wallons, comme celle d'autres, en France ou encore ailleurs ? N'est-ce pas la première cause d'échec tant de la logique nationaliste belge qu'on a cherché à nous imposer comme, à un autre échelon,  de celle de ces  dirigeants, ces "khmers tricolores de la République" qui ont cherché à s'approprier la cause rattachiste en niant aux Wallons leur identité. Terrible convergence !

Il termine son entretien  par quelques considérations sur la Belgique dont dit-il " il n'est plus possible de recréer une nation. On a laç deux pays qui se vivent comme totalement différents, qui n'ont plus le goût de vivre ensembles et qui finisent par ne plus avoir de mémoire commune." poursuivant par "ce n'est plus la peine de leur apprendre une histoire commune, qui est une réalité très ancienne (sic !), ils vont l'entendre dans deux langues différentes. (...) Quant à Bruxelles, il reste à voir si elle pourrait devenir indépendante comme une cité-Etat".

Ne connaissant la Belgique que par ses fonctions localisées à Bruxelles (Conseiller scientifique au musée de l'Europe ... à Bruxelles) , il termine par : " (...) la coupure entre Bruxelles et la Wallonie est une absurdité".

Evidemment, il ne sait pas que l'expérience d'apprentissage d'une "histoire commune très ancienne" a déjà été tentée et, si elle a échoué, cette tromperie laisse des traces en terme d'identité. Particulièrement en Wallonie où cet erzatz d'histoire, construite de toute pièce sur celle de la Flandre marque encore les esprits non critiques. Et c'est loin d'être fini. Hélas.
Enfin, si Barnavi met Bruxelles à part, c'est qu'il n'a pas encore intégré le fait national - identitaire - bruxellois. Peux-t-on lui en fair grief ? C'est le cas de nombreux journaliste ou politiciens qui devraient s'en rendre compte. Et je n'ose pas écrire intellectuels, mais c'est tout comme.




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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 11:45

C’est bien connu, la seule maladie mortelle pour l’olivier est le « pourridié ».

Les oléiculteurs savent que les conditions favorisant l'apparition de ce champignon (de pourriture en occitan) sont :

- Un terrain lourd et humide en permanence.

- Des racines mortes et pourrissantes.

- Des débris végétaux ligneux enterrés avant décomposition.

- Un arbre affaibli et aux racines blessées.

- Un amendement avec du fumier frais et non décomposé.

 

Constatons le avec sérénité, toutes ces conditions sont bel et bien réunies avant même que la plantation ne soit faite.

 

Les résultats des élections ont différé fortement entre les trois principales régions du pays. On parle même de pays différents. On est bel et bien dans deux configurations socio-économiques, socio-culturelles, qui ont de moins en moins de points communs. L’idée d’un destin commun est de moins en moins présente. Et ça ne va pas s’améliorer. La stratégie flamande qui va se développer dans les prochains mois est dictée par la pensée d’un politologue à la KUL (Leuven), Bart Maddens. Celui-ci a largement inspiré la stratégie gagnante de la N-VA et souhaite que la Flandre utilise largement ses compétences, même en contournant la Constitution, recoure le plus souvent à la procédure du conflit d’intérêts (comme ce fut le cas lors du dernier accord interprofessionnel) et renfloue le moins possible les caisses de l’Etat fédéral, etc. Bref une stratégie agressive   
Dès le 7 juin au soir, il n’y avait qu’un seul thème qui retenait l’attention des présidents de parti flamands : la réforme de l’État. (À l’exception des écologistes (*)de groen), chacun s’accordait sur le fait que la Flandre devait développer au maximum ses compétences. Si les partis traditionnels semblent se démarquer encore (un peu) des nationalistes flamands quant au but poursuivi. Affichant leur croyance en une Belgique fédérale ou confédérale et s’opposant encore officiellement au séparatisme, la question – réelle – est de savoir si ce n’est plus qu’une discussion purement sémantique. Après tout, le SP.A demande une réforme sociale de l’État touchant à un symbole décrit comme essentiel de la survie de l’Etat fédéral, la Sécurité sociale.

Culturellement, la Flandre est plus tournée vers le monde anglo-saxon et les Pays-Bas; la Wallonie est plus influencé par le débat latin et en particulier français. Reste Bruxelles évidemment où il faudra suivre attentivement la progression de sa propre conscience nationaliste.

Bruxelles, où rejeté dans l’opposition, on peut compter sur le FDF pour en rajouter une couche dans ce qu’il sait le mieux faire.

Le terrain est lourd. Rien n’est réglé en matière institutionnelle. Tout est en place pour que les prochaines élections soient centrées sur une réforme de l’Etat qui n’aura pas eu lieu et surtout sans qu’un certain nombre de réalisations de demandes sociales ne soient rencontrées. La crise va compliquer les choses plutôt que de rassembler.

 

Bref, un arbre aux racines mortes, planté sur un terrain composite (Bruxelles et la Wallonie sont deux entités différentes) bourré des déchets d’un Etat pourrissant, avec un deux partis affaiblis sur trois et le dernier composé de déchets verts trop frais… J’imagine mal cet arbre à deux troncs résister au choc communautaire qui se prépare. Faut-il le regretter ? Non. Le peu de temps que la branche wallonne pourra consacrer à la Wallonie ne sera pas perdu. C’est déjà ça.

 

Pour le reste, les arbres infectés par un pourridié sont souvent renversés par le vent. Un vent qui viendra du Nord.


NB Les liens vers des articles publiés ont été ajoutés au fur et à mesure de la publication du billet. Ils confirment celui-ci.
 

(* J’étais aux Amis de la terre dans les années 80 et opposé à la création d’un parti spécifiquement dédié à l’écologie, considérant que cette préoccupation ne devait pas tomber dans le partisan ou encore sectarisme et le doctrinaire.  Comme l’avait dit un ami à l’époque, éviter de faire en sorte que « l’écologie politique devienne à l’écologie ce que la musique militaire est à la musique »… Mais on pourrait dire la même chose d’autres tendances politiques, sans compter que chaque idéologie a ses dérives extrêmes...

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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 12:27

« Stabiliser les institutions de notre pays », voici ce qui revient comme refrain dans les propos des politiciens wallons comme bruxellois francophones.

 

Soyons sérieux. Les résultats des élections sont clairs. Les partis flamands qui ont le plus progressé sont les plus nationalistes. C’est qu’il faut compter avec eux. Or,  jamais les « négociations » qui ont déjà eu lieu depuis 2007 n’ont avancé d’un chouia. Il y avait désaccord sur tout, même sur les sujets qui pourraient à la limite faire consensus.

 

La position maximaliste du Mouvement flamand est sortie renforcée du scrutin. Elle exclut la moindre concession. Pendant ce temps, en face l’extrême méfiance de tous vis-à-vis des Flamands et de chaque parti francophone vis-à-vis des trois autres n’incite pas à l’optimisme.

 

La stratégie d’union entre Bruxelles et la Wallonie pour aller au combat est un non-sens. Les seules entités fédérées ayant du sens parce que reconnues par tous étant les régions. Ce qui implique que la communauté française de Belgique doit disparaître parce que la Belgique a déjà disparu dans les faits si pas dans les esprits.

 

Le « Front francophone » a une guerre de retard. Dans le contexte de l’époque, la solution d’imaginer une structure qui s’adresse aux personnes sans référence aux territoires était une façon élégante de gérer la complexité liée à l’imbrication des populations dans un état multiethnique. M     ais si les communautés avaient un sens dans l’échafaudage institutionnel belge, le concept a été assassiné le jour où on a laissé les Flamands fusionner communauté et région. Ce qui est impossible du côté francophone, la Wallonie et Bruxelles étant deux entités politiques et sociologiques réellement différentes.

On ne s’est pas rendu compte assez vite que la vision flamande est culturelle et territoriale en même temps. Pour les Flamands, la région n’est que l’émanation territoriale de la communauté. Elle est unilingue et sa pureté culturelle doit être préservée, le cas échéant au mépris des droits des individus. Ce qui ne me dérange pas fondamentalement puisqu’il s’agit là du même principe républicain que l’on retrouve en France. J’aurais des réticences sur l’application, mais ça, c’est un autre débat.
  

La lecture flamande de la constitution belge est fondamentalement différente de celle qui est faite du côté francophone. Comment un accord serait-il possible ? Les Flamands ne sont pas irrationnels. Là où la région ne peut pas être unilingue parce que la communauté y dispute l’influence avec une autre, il faut qu’il y ait condominium entre les deux communautés et que les intérêts flamands soient privilégiés par tous les moyens.

 

Pour en revenir à l’incohérence d’assimiler  « Front francophone » à « union Wallonie Bruxelles », on ne peut pas gommer les différences et décréter des appartenances communes uniquement parce qu'on a constaté en regardant une carte que ce serait bien et plus efficace dans une négociation avec les Flamands. D’autant plus que pour ceux-ci, Bruxelles est intégrée dans leur Région, leur presque Etat.

 

Sur un forum indépendantiste, on vient de faire la proposition de supprimer les élections législatives et donc les élus fédéraux pour envoyer au parlement fédéral des élus régionaux. A méditer…

 

Il est plus que temps que les politiques qui sont sensés s’exprimer en notre nom intègrent le fait régional. Négocier sur un plan communautaire n’a plus de sens depuis longtemps.

 

Une fois ce fait régional accepté, on pourra reparler de confédéralisme. Mais pas avec la Flandre…  Il y a un autre choix beaucoup plus proche de nos aspirations !

 
A moins que... La Flandre étant en pleine crise économique, elle a le couteau sous la gorge, et s'il n'y a pas de réforme de l'Etat, elle pourrait finalement prendre l'initiative de la cassure pour lui préférer un partenariat fort avec la Hollande (même au prix de la perte de Bruxelles - l'axe Rotterdam-Amsterdam-Antwerpen lui étant préféré. D'autant plus que comme l'a dit un jour Louis Tobback, la Flandre risque d'avoir une capitale sans Flamands  !) puisque le président du deuxième parti hollandais en parle déjà ouvertement.  Mais ça, c'est encore de la fiction. Bien malin qui peut prédire l'évolution des prochains mois.
 

 

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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 18:31
Ou comment récupérer les hésitants en dramatisant la campagne électorale.


Repris de bfmtoday.be

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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 12:22

Il est bon de le rappeler. Or, on le sait, le CDH (mais devant les réactions, ils ont - provisoirement - retiré leur texte) et Ecolo (très discrètement, mais bien réellement, parcourez leur site...) (Voir la mise à jour) sont assez favorables  à des accomodements légaux mettant les appartenances culturelles ou religieuses au-dessus de l’appartenance commune à une même sphère civile. Si on peut éventuellement entendre que certains  font pression pour obtenir des adaptations aux législations en vigueur en faveur de l'une ou l'autre opinion religieuse, démocratiquement, c'est leur droit le plus strict. Ce qui l'est moins, dans notre société héritée du siècle des Lumières, c'est que, pour des raisons purement électorales (et j'espère pas pour d'autres raisons plus sérieuses), certains politiques leur emboitent aussitôt le pas au rique de léser d'autres croyances et surtout plus important de mettre les lois en opposition avec les principes démocratiques essentiels d'égalité et de respect qui devraient caractériser nos sociétés. Depuyis 1789, on est citoyen avant d'être croyant... ou non ! L’intérêt général ne saurait être confondu avec la somme ou la balance des intérêts particuliers. C'est ce qui est le fondement de la loi française de 1905. C'est le principe de la laïcité de l'Etat. Quel que soit l'avenir institutionnel de la Wallonie (je ne peux pas m'exprimer au nom d'autres entités du futur ex-état belge) ce principe essentiel doit figurer dans les textes. Il figure au programme de WALLONS.
Il faut s'opposer absolument à l'introduction d'un commmunautarisme de type anglo-saxon qui se dissimule sous couvet de multiculturalité. Attention au piège des mots !
Contrairement à la laïcité "à la belge" qui s'apparente parfois à un culte, la laïcité, ce n'est pas l'absence, la négation, l'opposition à ou encore l'interdiction des religions. C'est simplement affirmer la séparation entre l'intérêt commun et le respect des opinions qui ne vont pas à l'encontre de cet intérêt dans le respect de la protection de l'égalité des individus, la sphère publique, et les lois, et les croyances individuelles ui sont du domaine de la sphère privée à condition de ne pas être en contradiction avec l'intérêt général.

La Libre Belgique de ce 18 mai 2009 publie un texte que j'ai le plaisir de co-signer avec d'autres sous forme de carte blanche : «
Raisonnables », les accommodements ? que je vous invite à parcourir sur le site du R.A.P.P.E.L.


Mise à jour : les présidents des principaux partis francophones ont clarifié leur position sur le port du voile à l'école, indique mercredi Le Soir. Seul Ecolo défend le principe d'une autorisation généralisée, sous conditions. Jean-Michel Javaux, coprésident des verts, en fait même une question de participation gouvernementale.

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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 19:17

La presse a fait largement écho au sondage du CEVIPOL. Et pour une fois, je pense qu’il faut y apporter du crédit (au sondage, pas à la presse). Ce n’est pas comme souvent un sondage prédictif destiné à inciter les électeurs à voler au secours de la victoire.

Pour une fois,

Passons sur la première question qui n’offre que peu d’intérêt (Qui va répondre que ses voisins sont antipathiques ?  D’autant plus qu’il est difficile de donner un réponse sans tomber dans des généralisations du type : « Les Portugais sont gais et les Espagnols sont gnols »  ou pire, ce n’est pas en ce huit mai, anniversaire de la victoire de la démocratie sur le nazisme que je dois vous faire un dessin.)

Les questions suivantes en matière de priorités de développement, économiques culturelles ou de choix des langues à enseigner ou d’autonomie sont beaucoup plus intéressantes si on les met en rapport avec la question du choix d’avenir institutionnel des Wallons et des Bruxellois.

 

Même si la question est (volontairement ?) ambiguë  (« Pensez-vous que les Régions et les Communautés doivent avoir plus de pouvoir dans les domaines »...)  Les réponses sont claires. C’est oui. Mais pourquoi diable ne pas avoir poser franchement la question que personne n’ose poser ? Quelle entité (région ou communauté) doit voir ses pouvoirs augmenter ?

 

La réponse des Bruxellois à la question de l’avenir institutionnel (même si cette question contenait une condition) est un bon indice de l’évolution des esprits à Bruxelles. A plusieurs reprises, ici même, j’ai attiré l’attention sur cette identité bruxelloise, nationalisme émergeant. Voici qu’un premier sondage confirme cette analyse. Les Bruxellois se veulent différents des Flamands (on s’en doutait) mais aussi des Wallons. Dois-je dire que ça ne m’étonne pas ?

Il s’agit là d’un nationalisme de distanciation. Alain De Neef ne disait-il pas à la radio que : « Bruxelles n’est pas au sud, mais bien au centre » ? Plus significatif encore, les étudiants bruxellois interrogés dans « Matin première » étaient incapables de situer les villes de Wallonie sur une carte ! Est-ce simplement parce que la Wallonie n’existe pratiquement pas dans les médias ? Ni dans les messages des partis politiques traditionnels où on voit un relatif consensus, dans les partis francophones, pour redéfinir une fédération Wallonie-Bruxelles à partir des deux Régions

 

En opposition, la position des Wallons est plus proche de la pensée de Renan puisque 67,5 % sont pour une communauté de destin (avec Bruxelles ou la France, peu importe ici, les choses évolueront certainement encore), un nationalisme positif, une volonté de vivre ensemble, avec d’autres qui partageraient les mêmes idéaux. C’est rassurant sur l’esprit démocratique de tolérance et d’ouverture qui a toujours caractérisé la Wallonie.

 

Ce sondage est important. Il montre toutes les limites de l’espace « Communauté française Wallonie-Bruxelles » et l’importance de l’émergence du fait régional. C’est là que se trouve l’avenir, tant que la coquille de plus en plus vide qu’on appelle Belgique existe encore.

Dès maintenant, il faut appeler à la disparition de cette entité vague en augmentant les compétences des régions wallonnes et bruxelloises.

Nous, Wallons, devons pouvoir maîtriser les moyens de notre développement, c’est ainsi  que la politique de l’emploi, l’enseignement, la culture, la formation doivent être les prochains objectifs. Nul besoin d’obtenir l’accord des Flamands, ces dernières compétences sont simplement à diviser et répartir entre Bruxelles et la Wallonie.

 

Je l’ai déjà écrit, et j’entendais ce matin Michel Quévit partager ce constat que la régionalisation économique a évité à la Wallonie une situation plus difficile que celle que nous vivons. Il faut maintenant avoir l’audace de supprimer la Communauté française (si peu française et si belgicaine). Et le courage de négocier plus avant les transferts de compétences de l’état fédéral vers les régions avec les Flamands.

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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 15:00

Je vous invite à lire un livre dérangeant dans son message par rapport à l’Histoire telle qu’on nous l’a racontée, mais essentiel sur le fond par rapport à nos réflexions pour comprendre - par ricochet - l’échec de la Belgique. Ce livre : « Comment le peuple juif fut inventé » de l’historien israélien Shlomo Sand (*) analyse et documente avec talent l’invention du peuple juif par les doctrinaires du sionisme.  Impressionnante démonstration de l’exigence de vérité qu’un historien peut avoir vis à vis de lui-même et de son peuple. Et au-delà, une question d’actualité pour l’avenir des relations entre Israël et la Palestine.

 

Certes, partout, dans l’invention de cette communauté qu’est le peuple, les enseignants, les historiens, les folkloristes, les romanciers, ont toujours joué un rôle essentiel pour délimiter cette entité d’une identité qui la délimite dans le temps et l’espace, notamment dans ce qu’on a appelé « le printemps des peuples » au XIXème siècle, celui de l’émergence des nationalismes. Il aura fallu attendre le XXème siècle pour voir parfois apparaître une réflexion plus distanciée par rapport  à ces mythes historiques, parfois créés de toute pièce et utiles aux régimes en leur qualité d’histoire simplifiée, vulgarisée, et souvent utilisée comme démonstration du pouvoir politique.

 

C’est ce qui a été fait avec opiniâtreté par le Mouvement wallon qui a remis en cause l’historiographie officielle de Pirenne et de ses successeurs, avec talent également dans la première édition de « l’Histoire de la Wallonie » de Léopold Génicot ou dans un but… heu… différent, plus polémiste comme dans « Les grands mythes de l'histoire de Belgique » qui pêchent par une certaine subjectivité politique évidemment difficile à éviter dans ce type de travail de déstructuration. (**)  A. Morelli l’avoue de fait en précisant « qu’on n'aurait d'ailleurs pas fait le livre sans la deuxième partie, qui s'attaque aux mythes wallons, flamands, et même bruxellois »… Ce qui a fait beaucoup pour que les médias belges d’expression française assurent le succès du livre.

 

Malgré le travail remarquable de critique historique des historiens scientifiques, on peut constater que cette histoire simplifiée a de beaux jours devant elle, particulièrement en Wallonie et à Bruxelles. Nous pouvons le constater tous les jours. Comme l’écrivait Jean Paul Marthoz dans une remarquable chronique dans le journal « Le Soir du  24 mars : « Le refus de savoir semble pourtant l’emporter très souvent sur la quête de la vérité, comme si l’ignorance était plus convaincante et l’illusion plus confortable. Il y a des « vérités qui dérangent » et beaucoup préfèrent fermer les yeux plutôt que d’être éblouis par la réalité ».    L’amorphisme politique tient à ça également et pas uniquement au système des piliers qui contrôlent la société en empêchant tout changement. Hélas !

 

Mais revenons au sujet.

Les mythes identitaires politiques (**) se construisent le plus souvent contre quelque chose, ce sont des mythes différenciateurs. Ils gomment les tensions internes au groupe et le définisse par exclusion par rapport aux autres groupes. C’est ce qui fait toute la différence entre le nationalisme flamand et l’identité wallonne qui est multiple et non réductrice à un point même qu’elle est volontiers niée par certains qui prétendent pourtant « parler au nom du peuple ».

 

Si le nationalisme flamand à vocation de reconnaissance linguistique a finalement abouti à populariser l’objectif logique d’indépendance de la Flandre, je ne suis pas certain que celle-ci soit aussi rapidement à l’ordre du jour que ce que certains espèrent. D’une part, la crise (la dérive ?)  financière mondiale et ses répercussions économiques récentes fait réfléchir les dirigeants des partis traditionnels qui savent ce que la Flandre gagne à contrôler les leviers essentiels de la Belgique. Et surtout, d’autre part, l’impossibilité d’arriver à une alliance cohérente et forte entre les différentes formations politiques autonomistes au sein de la droite ultra-majoritaire due plus à des incompatibilités individuelles qu’à des différences essentielles de choix de société provoque un éparpillement des voix qui rendent vains tous les calculs basés sur l’addition de pourcentages de voix qui permettraient à la Flandre de déclarer son indépendance, malgré la popularité de ce projet dans le population. Tant qu’il n’y aura pas de volonté « d’union sacrée » des nationalistes flamands, la Belgique continuera sur sa lancée… D’escarmouches en escarmouche la crise institutionnelle continuera à s’enkyster au détriment de la Wallonie. Il ne faut pas compter sur nos partis (notre parti plutôt, tant les différences sont impalpables) traditionnels en panne d’idées neuves pour qui l’occupation du pouvoir sans interruptions et la gestion au quotidien absorbent toutes les énergies. Et le système électoral proportionnel avec sa franchise a-démocratique de 5 % des voix en deçà de laquelle les voix obtenues ne comptent tout simplement pas, empêchant, sauf accident, toute irruption sur la scène politique d’un parti neuf n’arrangera pas les choses, à moins d’une lame de fond émotionnelle... Le système étant ainsi parfaitement cadenassé, on a créé des familles politiques de droit divin, des reconductions de mandats quasi automatiques, des vassaux dépendants des roitelets qui sont eux-mêmes dépendants de leurs appareils de parti. Le monde politique belge a inversé les polarités de la démocratie représentative, c’est la base qui doit avoir des porte-parole et non l’inverse. Même si les transferts de voix sont réduits, ils indiquent une forte exigence de changement chez l’électeur. Le système proportionnel et les arrangements qui l’accompagnent inévitablement n’en tiennent pas compte. On est loin du vote majoritaire où un mandataire met longtemps pour obtenir la confiance parce qu’il doit faire ses preuves. Et où une seule voix peut faire basculer une majorité et engendrer le changement qui va avec, les hommes, le programme et l’esprit de gouverner.

 

Si un autre nationalisme, le nationalisme bruxellois, est en train de naître, basé sur un mythe différenciateur visible sur les fora des grands journaux (les Flamands son hégémoniques et les Wallons des fainéants et socialistes… air connu !), il existe un autre nationalisme en construction, plus pernicieux, j’en ai déjà parlé, c’est celui de la « nation francophone » que d’aucun appelleraient même « Belgique française » et qui a pour objectif de nier complètement l’identité wallonne dans un ensemble sensé poursuivre l’existence d’une « Belgique entre-nous »…

 

Concept dangereux, issus de celui de la Communauté française « Wallonie-Bruxelles », institution inutile et basée uniquement sur une langue commune. Née du principe sur le principe de communauté culturelle, revendication essentiellement flamande pour protéger les Flamands de Bruxelles, Il a bien fallu en passer par là pour obtenir la régionalisation économique, demande essentiellement wallonne. Et si, curieusement, malgré les tares de cette institution, son coût et son inefficacité, elle subsiste, c’est  qu’elle a déjà pris la place de la Belgique unitaire dans l’esprit des partisans de celle-ci qui ont fini par y trouver de nombreux avantages. Convaincus qu’ils sont maintenant qu’il n’y aura pas de retour en arrière et que le nationalisme flamand est un fait incontournable. On cherche donc à re-créer une Belgique « à l’ancienne » mode avec une capitale et une province, gommant les acquis des régionalisations successives. La main mise du FDF sur le MR ne vise à rien d’autre et il en va de même dans les autres partis, même parmi ceux apparemment peu suspects de visées institutionnelles comme le CDH ou Ecolo. Une des têtes pensantes de ce dernier parti, Marie Nagy, n’a-t-elle pas dit un jour (dans « Le Soir » du 4 septembre 1997) que « la Belgique sera bruxelloise ou ne sera pas » ?

 

Ce mythe de la Belgique continuée, cette dérive identitaire qu’on essaye (à peine) insidieusement de nous imposer est extrêmement dangereuse et néfaste. C’est une politique annexionniste et une stratégie d’acculturation. A nous de réagir et de rappeler que notre rôle, c’est aussi de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas nécessairement entendre.

 

L’échec de la création pérenne d’une « nation belge » s’explique par le fait que le nationalisme n’est pas du à l’existence des nations, mais la Flandre l’a montré récemment, que ce sont bien les nations qui sont le produit du nationalisme comme Benedict Anderson et Ernest Gellner l’on théorisé.  Méfions nous de cette pseudo « nation francophone » qu’on veut nous imposer.  Il y a là un danger pour notre identité wallonne, romane, française. Si tout le monde a besoin d'une identité, de s'inscrire dans un groupe, cette identité peut être multiple, et non pas réductrice, mais elle doit être.

Il est important de le rappeler et de ne pas se laisser imposer des choix. Si je n’ai pas souvent partagé les choix politiques de Jean-Maurice Dehousse, je ne peux qu’être d’accord avec l’intervention ci-dessous :
 



(**) Fayard 2008
(**) Il y en a d’autres, religieux par exemple.  Il suffit de penser à la forte augmentation des femmes voilées dans les lieux publics à Bruxelles et à la problématique du port du voile. Phénomène identitaire indiscutable, témoin d’une intégration insuffisante dans une société – finalement assez schizogène – qui se défini de manière assez peu compatible et peu claire comme à la fois judéo-chrétienne et laïque…

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 13:16

Une caractéristique oubliée de la crise de 29, c’est qu’alors que toute l’économie s’effondrait et que les gens se battaient pour des biens essentiels comme la nourriture, une industrie engrangeait des bénéfices confortables, celle du cinéma. Les élections approchent alors que la crise économique (*) domine notre vie quotidienne, c’est à retenir, en caricaturant un peu : voici revenu le temps « du pain et des illusions ».
C’est ainsi, quand tout va mal, nous avons tous besoin de rêves.

 

La période qui commence va donc être extrêmement favorable aux prometteurs de beaux jours !

Après le premier tour de piste d’un illusionniste dont toute la presse s’est amourachée, le débat pré-électoral semble se recentrer entre deux principales tendances du parti unique qui gouverne ce pays, soit les partisans de « l’Etat social inactif » (Ps-Cdh) et ceux de « l’Etat asocial actif » (MR-FDF-MCC-Fourneaux-Fourre-tout et ex « amis à 80 % » d’Aernoudt…). La dernière tendance (Ecolo) s’apprêtant à tirer les marrons du feu. Tout restant ainsi en famille. C’est logique. La presse du régime va nous ressortir ses vieilles recettes et l’artillerie lourde jusqu’au 7 juin. A moins d’un accident, les jeux sont faits. Quoique…

Le Parlement wallon a voté le 14 janvier sa motion en conflit d’intérêts sur la prise en considération de la scission de BHV.  La procédure dure 120 jours. Et, chose amusante, les services de la Chambre ont oublié de convoquer les députés fédéraux de la Commission des Affaires intérieures… à la réunion de concertation entre parlements prévue hier. BHV pourrait donc revenir sur l’avant-scène avant les élections. Mais comme personne n’y a intérêt… Tout va s’arranger bien vite pour écarter les sujets qui empêchent de ronronner. Encore du temps perdu pour la Wallonie !

 

J’écris bien pour la Wallonie. Et pas pour une quelconque « Belgique résiduelle » ou même de « Belgique française composée de Bruxelles et de la Wallonie ».  C’est que face à la prise de conscience de l’imminence de la fin de la Belgique dans sa structure actuelle (je suis prudent !), on a vu monter aux barricades ces derniers temps d’anciens défenseurs de cette proposition irréaliste dans les faits comme Marcel Bolle de Bal ou plus nouveaux et surprenants dans leur conversion subite comme Claude Demelenne (dont le dernier livre n’est qu’une compilation de morceaux choisis - dans le sens de ce qu’il veut démontrer - de ce qui a été publié ces dernières années sur le rattachisme. J’y ai même retrouvé des phrases complètes tirées de billets publiés sur ce blog et de toute façon reprises ailleurs depuis…).

 

En cette période cruciale pour notre avenir, soyons sérieux. Et sortons de la langue de bois et de la pensée unique.

 

Tout d’abord, il est vrai qu’à cause du délai mis à obtenir la régionalisation, les performances de la Wallonie montrent qu’elle a pris plus tard que les autres régions européennes le chemin de la croissance économique, créatrice d’emploi et réductrice du chômage.  Mais on voit également que le différentiel ne change pas et que la croissance est continue. Par ailleurs, ferment important de croissance future forte, durable et génératrice d’emploi, les dépenses wallonnes en Recherche et Développement (R&D) sont largement supérieures à la moyenne des Régions de vieille industrialisation (RETI) comparables et, de manière plus fine, les dépenses en R&D des entreprises wallonnes sont supérieures à celles des trois RETI les plus performantes. Et malgré ça, on se répand encore sur les fora, dans la presse et dans certains discours en accusant la Wallonie de manque de dynamisme ! Les bases redeviennent solides, les autres régions ne peuvent pas en dire autant… La Wallonie qui, à part les trente dernières années, a tiré la croissance de toute la Belgique depuis avant sa création, repart. Et ça, c’est grâce à l’autonomie obtenue par la régionalisation. Ce qu’on fait entre Wallons, on le fait mieux. Même si les dirigeants du parti unique considèrent encore que le fédéral ou même la Communauté - cette créature flamande - sont plus importants que la région. Rappelons nous simplement cette fameuse phrase de Joëlle Milquet (mais les autres pensent la même chose) : « Les gens qui imaginent que la Région wallonne pourrait gérer les matières culturelles ne sont pas intelligents »…

Et ma position n’a rien à voir avec la fameuse expression de François Perin, prononcée dans un contexte bien précis, mais si complaisamment réutilisée jusqu’à plus soif par après par ceux qui n’aiment pas les Wallons ou… en ont peur : « la Wallonie d'amon nos autes ».

 

Certes, le PIB de la Région bruxelloise (19 communes) est supérieur à celui des autres régions.

Mais on ne dit pas souvent que le taux d’emploi y est inférieur à celui des deux autres régions.

Mais on ne dit pas non plus que si le PIB y est supérieur, c’est parce que les sièges sociaux des entreprises y sont situés, c’est là que sont publiés les bilans, alors que les sièges de production (la vraie richesse) sont créées physiquement ailleurs.

Et c’est d’ailleurs provisoire. On le sait moins, mais selon certains (suite au plan START, notamment), la Flandre déplace le centre économique de Bruxelles vers sa périphérie, d’où l’intérêt de la scission de BHV. Un quart des entreprises bruxelloises a déjà quitté la région pour les zones industrielles de Flandre, toutes proches.

 

Nous devons dire que l'éventuelle contribution de la Région de Bruxelles-capitale « Notre « poumon économique »… disent certains !) à aider la Wallonie à sortir de son retard financier actuel ne pourra jamais qu’être très faible. Telle est la réalité des choses !
C'est une fausse bonne idée. Comme l’a écrit très justement Didier Melin récemment dans « Le Soir », « Tout ça ne serait-il pas un attachement viscéral à une Belgique idéalisée ? Ou une sorte de crainte bruxelloise d'être abandonné par les Wallons ? Il est décidément très difficile de rationaliser ce débat ». Ce qui ne nous empêche pas de manifester, comme nous l'avons toujours fait, notre solidarité. Après tout, si Bruxelles existe, c'est grâce aux Wallons. Rien n'empêche, une fois ce faux débat sur l'union forcée,  la conclusion de Région à Région d'accord de partenariats.

 

Ensuite, l’usage d’une langue partiellement commune ne fait pas une nation commune. Parler comme certains de « culture francophone » est extrêmement réducteur. D’autant plus si Bruxelles s’est francisée, l’usage du français y devient de plus en plus surtout administratif. De plus en plus de Bruxellois qui s’expriment en français le font en combinaison avec une autre langue utilisée à la maison. Ce qui rend l’établissement d’un lien entre les personnes et les communautés linguistiques spécifiques de plus en plus difficile.

Enfin, il est difficile de connaître les sentiments des Bruxellois eux-mêmes. Comme me l'a dit un jour l'ancien maïeur (maire) d'une grande ville wallonne, « les Bruxellois iront au plus offrant » ! Je ne pense pas qu'il avait tout à fait tort. Certains Bruxellois commencent d'ailleurs à prendre leurs distances avec cette vision qui fait que Bruxelles doit abolument être liée à la Wallonie.
 

Historiquement, le Mouvement wallon a toujours été conscient de la spécificité bruxelloise dans la mesure où il a défini la Belgique comme étant en trois parties. Ce qui n’a jamais – jusqu’il y a peu – été partagé par les Bruxellois comme l’a dit un jour André Renard : « Je déplore sincèrement qu'il n'y ait pas un mouvement bruxellois pour le fédéralisme ».

 

 

(*) Tiens, au fait, pas de « tribunal international » ou non pour juger les responsables, ceux qui ont ainsi joué avec la santé financière du Monde, précipitant des milliers de personnes dans des difficultés si pas dans la misère ?  Ces banquiers et financiers qui se sont retirés avec de plantureuses indemnités et en toute immunité, nous laissant (à nous, contribuables !) le soin de boucher les trous.

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« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

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