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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 12:38

Pourquoi les Régions n’appliqueraient-elles pas, entre elles, comme minimum, les règles qu’elles seraient conduites à accepter si elles devenaient indépendantes ? C'est la question que pose Philippe De Schoutheete, ancien représentant permanent auprès de l'UE, dans La libre de ce jour.

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 06:35

Nous assistons en ce moment à un retour médiatique du MR. Logiquement dans son rôle d’opposition et n’étant pas convié à la table de négociation, ce dernier juge très sévèrement les négociations en cours.

D’après ceux qui se sont exprimés, le MR aurait mieux défendu les intérêts des francophones (encore faut-il définir ce qu’il entend en utilisant ce terme non spécifique) dans la négociation s'il y avait été invité. « Il est tout de même curieux que le premier parti à Bruxelles et le deuxième parti en Wallonie ne soit pas associé » précisent-ils avec une touchante unanimité...

 

Voire ! Si mes souvenirs sont bons, De Wever était plus que favorable à la présence du MR à la table de négociation… Malgré la présence des ultras du FDF et pas uniquement parce que ce parti est de centre droit.

 

Fallait-il inviter le MR ? La politique ne se fait jamais sur base de bons sentiments, mais sur des rapports de force. Le MR a perdu les élections et si je compte bien, les partis francophones autour de la table représentent 62 % des élus francophones de BHV. Soit les deux tiers malgré les voix de cet arrondissement qui se sont perdues pour faire élire un personnage de l’ultra-droite – pour ne pas dire plus - en Brabant wallon par le biais de l’apparentement. (Et c’en est un fameux de biais !).

 

En face, les seuls CD&V et N-VA totalisent 44 élus flamands sur 88, soit exactement 50 %. Les 18 élus du SP.A et de Groen ! qui font l’appoint permettent de dépasser, là aussi, les deux tiers. Sans compter l'appui extérieur des... libéraux.

Les Flamands de BHV sont représentés, eux, par 78 % de leurs élus.

 

Pour aller plus loin, les deux camps sont donc largement représentatifs des deux communautés. Si l’on se base sur la seule Région clairement délimitable, les Wallons sont représentés par 35 élus sur 49, soit 71 %. Notons qu’il en va de même pour la Flandre (hors BHV) représentée par 56 élus sur 79, soit là aussi : 71 %.

 

La principale pierre d’achoppement étant les limitations de la Région de Bruxelles et son financement, la répartition des négociateurs des partis représentatifs des bruxellois - tant Flamands que Francophones - autour de la table est donc équitable et démocratique. Difficile de trouver d’autres marges de manœuvre compte tenu des résultats électoraux. C’est le choix logique du pré-formateur qui a privilégié les partis gagnants en premier. Ce qui n’a pas toujours été le cas dans le (proche) passé. Combien de majorités composées de battus aux élections n’ont-elles pas gouverné ?

 

Je peux comprendre la déception de ceux qui ne sont pas de cette négociation, mais toute autre considération ressort de la logique partisane. C’est le jeu.

 

Difficile d’en dire plus à cette heure sur les résultats. Nous n’avons – en tant que citoyens ordinaires - que peu d’informations sur les acquis des négociations. Certes, on est en train d’organiser une très grande réforme de l’Etat, il semble bien y avoir trop d’avancées pour dire arrêter, mais pas assez pour dire avancer vraiment.

On entend dire qu’on a parfois l’impression que les Flamands ont tout demandé et tout obtenu. Mais si on analyse concrètement le programme électoral de la N-VA, on se rend compte que c’est loin d’être vrai. Ecolo, Groen !, le CdH et le SP.A jugent qu’il y a suffisamment d’éléments sur la table pour un « compromis honorable ». Le CD&V aurait « vendu son âme au diable »  en 2007 pour obtenir le dixième de ce qui est sur la table aujourd’hui. Aucun des ténors bruxellois du PS ne se manifeste. Certes, on peut efectivement considérer que les partis francophones ont fait des concessions. Mais les Flamands avaient des revendications précises et nombreuses. Les « francophones » n'étaient « demandeurs de rien » suivant l'expression inventée par Monsieur Maingain (du MR !) (et reprise bêtement par tous les autres). Dans toute négociation, surtout si les points de vue sont diifférents, chacun doit céder un peu. Quand on part de rien, on ne peut que reculer. 

Attendons de juger sur pièce. Tout en nous réjouisant des avancées en matière d'autonomie pour la Wallonie.

 

Quelles que soient les péripéties à venir, les acquis de cette négociation serviront de socle aux prochaines.

 

Mise à jour : Suite à ce que j’écrivais ci-dessus et à la conférence de presse de Di Rupo de ce matin, entre le compromis ou le chaos, le choix semble… simple !

 

Décidément, « l'Histoire du futur » reste à écrire. 

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 10:09

Je l'ai déjà dit, je supporte très mal tous les intégrismes. Qu'ils soient religieux, philosophiques ou politiques. Ce qui me vaut d'ailleurs la haine profonde de ceux qui sont certains de détenir "La Vérité" dans leur domaine. Je suis un sceptique, adepte du doute raisonné.

Je suis frappé par la volonté de simplification qui guide tellement de "raisonnements" (le mot ne convient pas vrament !) ou plutôt de jugements définitifs sur la situation politique actuelle. Je constate souvent que cette simplification est gouvernée par une très grande méconnaissance dee l'Histoire.

 

Pour l'instant, l'homme à abattre, c'est Bart De Wever (N-VA). On oublie que les francophones - tout en étant demandurs de rien - ont défendu des positions qui étaient et sont encore inacceptables aux yeux des Flamands. Leur exigence d'élargir Bruxelles et de revoir le tracé de la frontière linguistique remet en cause tout ce qui a été négocié depuis 1889, c'est-à-dire depuis le moment où on a commencéà territorialiser la réforme de l'Etat.

En 1889, la loi sur l'utilisation du flamand en matière répressive prévoit que, dans certaines communes, les Flamands pourront utiliser leur langue en justice. A partir de cette date-là, on va dire : à Gand, à Termonde, à Courtrai, on parle le flamand. Pour la première fois, on trace la frontière linguistique. Depuis 1889, on peut donc dire "Je vis en Flandre " ou "Je vis en Wallonie ".

La deuxième étape importante, c'est le "compromis des Belges", en 1929.  Il est clair : désormais, il est arrêté qu' on parle le néerlandais sur le territoire flamand ;on parle le français sur le territoire wallon et à Bruxelles, on est dans une logique bilingue. Formulé autrement, on arrête de franciser la Flandre et de flamandiser la Wallonie. 

Ensuite, en 1962 et 1963 on a fixé la frontière linguistique. A part des points litigieux, comme les Fourons, le tracé de  cette frontière relevait d'un accord entre Flamands et Wallons. En le remettant en cause, les partis francophones ont fait le jeu de la N-VA.  Le couloir de Rhode-Saint-Genèse avait déjàété proposé dans les années 1970 par André Lagasse, l'un des fondateurs du FDF décédé récemment (**). Défendue au départ par une fraction du FD, elle a été, jusqu'aux denières élections, brandie par les quatre partis francophones e"ssentiellement pour des raisons électorales. Il est évident, quand on prend un peu de recul que cette proposition sape les fondements selon lesquels les quatre régions linguistiques - Flandre, Wallonie, Bruxelles, Communauté germanophone - doivent se respecter et ne pas chercher à déplacer les frontières à leur avantage. C'est une remise en cause  de l'acquis fédéraliste, construit patiemment et difficilement depuis la fin de xixe siècle. (***)

Soyons réalistes. En agissant ainsi, les francophones envoient en réalité le message qu' il faut unir la Wallonie et Bruxelles, comme ça, on sera deux contre un, et la Flandre sera perdante. Comment s'étonner ensuite des exigences flamandes ?

Elle est bien loin l'époque où le nationalisme flamand était incarné par la Volksunie et  où certains partis wallons (le Rassemblement wallon en particulier) discutaient avec ses représentants, ce qui a permis aux esprits d'évoluer et de préparer les réformes qui ont suivi. Cette tradition du dialogue s'est perdue. Les Wallons ont perdu leur originalité dans l'amalgame francophone. Di Rupo ne connaissait pas De Wever.

 

C'est un constat.

J'y pensais en écoutant ce matin Hendrik Vuye, constitutionnaliste, professeur aux FUNDP (Namur), mais aussi l'expert consulté par la N-VA pour les matières institutionnelles. Relisez-l'interview ici  

 


(*)A l'époque, il existait cette crainte que les ouvriers flamands, de plus en plus nombreux en Wallonie, finissent par y imposer leur langue. Les nouveaux arrivés hissaient des drapeaux flamands dans des communes sidérurgiques ou minières. Ils venaient avec leur curé, organisaient des messes en flamand. De plus, la loi sur l'enseignement autorisait l'ouverture d'une école en néerlandais partout où un certain nombre de pères de famille le demandaient. Vous pouviez avoir des écoles flamandes à La Louvière ou à Seraing... Les lois linguistiques des années 1930 vont   y mettre fin, et consacrer le principe de territorialité linguistique. Mais c'est bien oublié aujourd'hui.

 

(**) On se souviendra que François Perin (constitutionnaliste) s'en était gaussé en parlant de " pédoncule ."

 

(***) Mais peut-être est-ce voulu... J'avoue avoir peine à croire à un tel machiavélisme...

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 06:04

Ceux qui connaissent ce blog depuis sa création (avec plus d’un million de pages vues depuis le 14 novembre 2005 !) à l’époque où j’ai été amené à reprendre la présidence d’un parti devenu si peu rassembleur auront suivi l’évolution, ou plutôt « l’affinage » de ma vision. Partant rattachiste militant pur et dur, sans trop de nuances, sympathique mais inefficace, cette évolution a été nourrie de divers apports dont l’excellent texte sur «  Le vrai visage des Français ».

 

Du billet militant : « Wallons et Bruxellois francophones, pour en finir avec le syndrome de Stockholm ! » à celui sur «La fin du syndrome de Waterloo ? » et « La Wallonie sauvera-t-elle l'Europe ? » ou encore « La Wallonie sur la voie d'une organisation nouvelle ? » à ceux plus récents, mais nullement contradictoires avec les premiers, sur l’indispensable identité wallonne dont je retrouve une belle synthèse dans ce beau texte d’Arnaud Pirotte qui fait le tour du sujet, je retrouve – modestement - une constante qui me rassure. Celle d’être capable d’intégrer, d’écouter, de continuer à réfléchir, à prendre du recul, bref à évoluer. Ce n’est pas simple dans le milieu politique, fait de croyance ou d’opportunisme ou encore d’hyper-certitude, de continuer à marcher hors des sentiers battus. Une éducation à la pratique du « doute raisonné », si elle n’est pas un handicap n’est certainement pas le meilleur moyen de se faire des « amis » dans ce monde où règnent les croyances parfois irrationnelle qui - précédant et prédéterminant les convictions - s’opposent à la vérification et demeurent inaccessible à la contradiction et aux arguments raisonnables.

 

Ethiquement, ma position, mon message politique ne peut se baser que sur la multitude d’éléments factuels, d’indices, de témoignages, sérieux et souvent concordants recueillis personnellement ou rapportés par d’autres. C’est – je le reconnais - une forme d’intime conviction, qui est une « croyance raisonnable » en quelque sorte.

 

En mai dernier au premier (et dernier !) congrès de « W+ », je disais que « nous étions les vrais continuateurs du Mouvement wallon, celui de nos grands anciens, les Albert Dubois, Jules Destrée, François Bovesse, Maurice Bologne et tant d’autres qui avaient déjà clairement défini la voie à suivre en parlant de « peuples indépendants et libres ainsi que d’intégrité française de la Wallonie ». J’ajoutais que, dans cette logique, « nous devions réclamer d’urgence l'émergence de quatre Régions autonomes par le transfert de nouvelles compétences et des moyens correspondants de l’Etat fédéral. Dans un souci de cohérence, de simplification de dynamisation et surtout d’efficacité. En particulier le transfert des compétences de l'actuelle Communauté française aux Régions, wallonne et bruxelloise. Régions égales en Droits, libres et autonomes. C’est que, pour la Wallonie, cette maîtrise indispensable de compétences essentielles, comme l’enseignement et la culture, vont renforcer une identité négligée, mais historiquement fondée sur la fraternité et l’égalité, et agiront comme un puissant moteur de changement social, culturel et économique ». J’ajoutais à ces notions de Régions (avec une majuscule car il s’agit d’entités humaines qui ont rang d’Etats, quelle que soit par ailleurs la terminologie utilisée.) libres et égales en Droits, « le droit de s’associer deux à deux en fonction de leurs intérêts propres, mais aussi de s’adosser à un pays voisin pour les mêmes raisons ». Autonome en effet, la Wallonie peut sortir de la logique belge qui veut que son économie soit mise au service des autres. Le monde a changé, les frontières et les relations entre états européens ne sont plus les mêmes. Une Wallonie souveraine pourra – librement – choisir ses alliés ». Ajoutant : «  Par exemple, un pays voisin dont nous partageons tant de chose sans perdre pour autant nos spécificités. Une Wallonie souveraine sera libre de négocier les accords qui lui conviendront avec ses voisins. Sans subir ! »

 

J’ai constaté que ce terme « d’adossement » a été repris à plusieurs reprises dans la presse ou sur des fora politiques.

 

Et confirmant la justesse de ma vision, dans l’interview donnée dans le « Paris-Match – édition Belgique » du 8 juillet dernier, Jean-Pierre Chevènement disait clairement que « si nous le demandions, et si en toute hypothèse les Flamands prenaient leur indépendance – conditions qui ne sont pas aujourd’hui réunies – je trouverais juste de les accueillir dans la République française sous un statut à déterminer. Ce pourrait être le statut actuel avec un simple rattachement de la sécurité sociale wallonne à la sécurité sociale française ».

 

Le confédéralisme n’est donc absolument pas le « fédéralisme des cons » suivant une expression autant malheureuse que ridicule, mais une étape essentielle, la meilleure chose qui puisse arriver à la Wallonie pour le moment. Je répète : celle-ci, souveraine, sera libre de négocier les accords qui lui conviendront avec - tous - ses voisins. Sans subir ! 

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 06:00

 Comme prévu, le dialogue communautaire a commencé. Sur base communautaire et non régionale. Exactement ce que voulaient les Flamands.

 

A l’heure actuelle, il est impossible de deviner ce qui va sortir des négociations. Mais ce ne seront de toute façon que des solutions insatisfaisantes et temporaires. Les sources de conflits ne pouvant y être traitées à fond. Il faut mettre sur pied de toute urgence une association temporaire de partis – idéalement issus des quatre entités, mais on peut commencer avec moins - qui décident de centrer leurs programme de réformes institutionnelles sur base d’une organisation au départ des régions. Sortant ainsi des blocages récurrents. Les « vrais problèmes » finalement puisqu’ils empêchent de prendre réellement en charge les préoccupations prioritaires des citoyens.

Autour de la table pour nous représenter, si je compte bien : 5 « francophones » sur 7 peu suspects de prendre en compte les spécificités régionales (avec un léger bénéfice du doute pour Picqué et Ludgen). Il ne manque que le MR qui aurait renforcé le camp communautariste. Et ce sont ces gens avec les pouvoirs exorbitants que leur donne le système politique de « présidentocratie » (*) qui vont décider pour tout le monde de la nouvelle architecture institutionnelle d’un pays qui n’en finit pas de mourir.

 

On connaît les revendications sentimentales et historiques des partis flamands sur Bruxelles. Mais ce sont là des gens patients et pragmatiques. Je suis curieux de voir leur évolution au cours de ces négociations. Après tout, ils avaient déjà fait preuve d’ouverture lors des négociations précédentes. Sans oublier que la configuration actuelle sur base des communautés leur convient très bien puisqu’elle leur donne de fait un pouvoir de contrôle sur ce qui est un des principaux enjeux pour eux : Bruxelles.

 

C’est là toute la perversité du système de partage entre communautés rivales de fait. Elles n’arrêtent pas de s’accuser des blocages et dysfonctionnements du fédéralisme. Le mantra du « front francophone » ayant conforté les vœux des nationalistes de Flandre d’imposer un jeu à deux.

 

S’il a été – pour nous Wallons – un incontestable progrès et a permis de stopper le déclin économique imposé par l’Etat unitaire, le fédéralisme est incomplet puisqu’il nous manque, entre autres à cause de l’existence des Communautés, la maîtrise de compétences essentielles et complémentaires en matière d’éducation et de culture. Sans compter ce qui reste au niveau fédéral où les choix sont basés sur des rapports de force qui nous sont défavorables.

 

En l’état, ce fédéralisme qui montre ainsi ses limites a de moins en moins de chance de pouvoir bien fonctionner à l’avenir puisqu’il y est impossible de définir des systèmes de solidarité mutuellement acceptables. Le système est largement ingouvernable et le restera tant qu’il restera des zones de chevauchement de compétences de type linguistico-communautaires.

 

Intéressante à ce sujet, la déclaration du ministre-président du gouvernement de la Communauté germanophone, Karl-Heinz Lambertz au magazine allemand Focus où en cas de scission de la Belgique, il envisage trois hypothèses : le retour à l’Allemagne, le rattachement au Luxembourg ou la création d’un État indépendant.  

Il est hautement significatif de constater que « la minorité la mieux protégée du monde » montre – par la voix de son premier dirigeant - que malgré la situation extrêmement favorable dont elle jouit, elle se prépare et surtout prépare ses 60.000 citoyens aux choix d’avenir possibles.

Certes, rien n’étant innocent, il s’agit peut-être là d’un appel du pied aux négociateurs pour qu’ils n’oublient pas cette entité…  

Il n’empêche. Cette déclaration donne raison aux propos tenus dans les années trente par les responsables du Mouvement wallon qui parlaient déjà d’organisation du pays sur base – à l’époque  – de trois régions. La Wallonie, la Flandre et la Région bilingue de Bruxelles.

 

C’est cette position – aménagée - que j’ai défendue auprès de mes amis du Rassemblement wallon (alors W+) quand j’ai parlé de réorganiser ce pays – dans un premier temps – sur base de quatre régions (en fait des Etats confédérés) libres et égales en Droits. Libres de s’associer deux à deux entre elles ou encore de s’adosser à l’un ou l’autre pays voisin de leur choix. Des associations « à géométrie variable » en quelque sorte. Sur base d’accords négociés et équilibrés où chacun trouverait son compte.

L'interview récente de Jean-Pierre Chevènement dans le  « Paris Match »  montre que l’option de l’adossement négocié est tout à fait envisageable.

 

J’y vois d’énormes avantages. Y compris - et surtout - pour les Bruxellois qui vivent une forme originale d’expérience de cohabitation multiculturelle et multicommunautaire. Ils pourraient ainsi continuer à développer cette nouvelle forme de citoyenneté, respectant les langues en présence tout en édifiant un projet commun porteur d’avenir pour tous les habitants. Il est patent que beaucoup de Bruxellois néerlandophones se sentent d’abord bruxellois avant d’être Flamands. Il en va de même pour les Bruxellois francophones dont peu se sentent Wallons. Les autres communautés – ni flamandes ni d’expression française – fort représentées s’identifiant à la culture bruxelloise en plus de leur culture originale. (Le succès de foule de la « Zineke parade » en est un des signes les plus visibles.)

 

Cette réorganisation sur base de quatre entités laisserait la porte ouverte à différentes possibilités en fonction de la volonté exprimée par les populations. Garder une Belgique sous une forme confédérale ou, à l’inverse, permettre une transition en douceur vers la réunion de l’une ou l’autre des entités avec un pays voisin. Ménageant même pour l’une ou l’autre entité qui serait tentée la possibilité du choix de l’indépendance.

 

Hélas, la structure exclusivement linguistique des partis traditionnels constitue un frein considérable. Tant que ceux-ci ne se détermineront pas sur une base essentiellement régionale, on ne pourra pas mettre sur pied un projet politique cohérent.

Les tensions communautaires sont les « vrais problèmes » - finalement - puisqu’elles empêchent de prendre réellement en charge les préoccupations prioritaires des citoyens.

 

(*) « Les Français ont inventé la démocratie représentative, les Belges ont inventé la démocratie non-représentative». (d’après Huntington)

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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 06:37

L’opinion publique façonnée par la presse du régime fluctue en fonction du temps. Parfois très rapidement. Et d’autant plus rapidement que les journaux ont peu de choses à se mettre sous la dent. Ainsi, après avoir été ostracisée avant les élections, ensuite portée aux nues pour son sens de l’Etat pendant les premières semaines qui ont suivi, la N-VA (*) semble bien à nouveau suspecte. Pas de sa faute pourtant. Il aura suffit  d’une maladresse (volontaire ?) du préformateur pour réinstaurer un climat de tension à instrumentaliser ? Pourquoi avoir anticipé des demandes que les Flamands ont eux-mêmes mises de côté dans un « coin poussiéreux et oublié de leur programme » ?  

 

Di Rupo va donc plus loin.  Pourquoi mettre tout à coup l’accent sur l’amnistie si c’est pour déclarer immédiatement après que « ce n’est pas à l’ordre du jour des négociations »

L’argument donné : « être attentif aux prises de position de membres de la société civile » et donc avoir des contacts privés comme il a en souvent avec « les nombreuses personnes du monde académique qui s’adressent à lui » me paraît un peu léger.

Curieux en tous ca, non ? A moins qu'il ne souhaite dans la foulée faire réhabiliter Léopold III... Tant qu’à faire… Lui qui -  sachant pertinemment qu’alors que la démocratie est de toute façon confisquée par les présidents de parti - ne parle opportunément que de « Souverain » pour nommer le roi et oublie généralement qu’en démocratie, c’est le Peuple qui est souverain. Et certainement pas l’un ou l’autre « représentant (que lui-même) de la Société civile, autre nom de la fameuse « majorité silencieuse ». (**)

 

Attention, je pense qu'il y a un "gap" (comme on dit en "belge francophone", en français, je dirais un fossé) culturel. Le nationalisme de la N-VA est un nationalisme qui n'a plus rien à voir avec celui du XIXème siècle. Or, tant les Wallons que les Bruxellois francophones ou les Français gardent cette vision, ce filtre pour analyser les propos flamands. Certes, la N-VA parle d'indépendance. Mais cette indépendance prend en compte l'évolution politique de l'Europe qui favorise l'émergence de régions autonomes équipolentes aux "vieux Etats". Ils ne sont - à la lecture de leur programme - ni pour une armée flamande, ni pour un "Etat nation à la Bismarck", mais à une Flandre autonome intégrée dans un ensemble plus vaste qui s'appelle l'Europe économique. Pour eux, la Belgique, dans ce cadre, est dépassée.

Les différents camps ne parlent donc pas de la même chose. Il y a donc bien deux Etats (et plus, je dirais quatre  en comptant Bruxelles et la région de langue allemande en plus de la Wallonie et de la Flandre) qui évoluent sociologiquement, politiquement, culturellement différemment. Ce sont des visions d’avenirs extrêmement différentes. L'ignorer mène tout droit au retour de vieux démons identitaires. A ce propos, le nationalisme belge est beaucoup plus archaïque que le nationalisme flamand. Ce dernier est assertif, celui là est agressif et défensif. Au moment ou, par le choix d'Huub BROERS comme prochain sénateur coopté N-VA,  , sans y avoir l’air d’y toucher, les Flamands qui relancent la question fouronnaise, pendant que nos bons belges  savourent un Parlement sans Happart, ni autre Fouronnais, ni régionalistes wallons assertifs… Au même moment, ironie de l'histoire, le choix de « bourgmestres non nommés de la périphérie bruxelloise» pour siéger au Parlement par le MR contribue à déforcer encore plus la position wallonne…

 

Par ailleurs pour en revenir à la proposition Di Rupo sur l'amnistie, il est bon de souligner que cette revendication d’amnistie ne figure même plus que pour mémoire dans le programme de la N-VA. A moins que - parce que rien n’est gratuit - que si le Di Rupo parle de cela, c'est peut-être parce que la N-VA a mis discrètement sur la table de négociation une proposition de régionalisation (ou plutôt, hélas de communautarisation) de ce fleuron des compétences régaliennes qu'est la Justice. Et si c'est cela qui motive la sortie sur l’amnistie, alors, franchement, je ne pourrais que m’en réjouir.  Encore une compétence de moins dans les mains du fédéral. Après tout,  que les Flamands fassent alors ce qu'ils en veulent de cette matière et avec leurs propres « liards ». Cela ne grèvera pas leur budget : il n'y a plus aujourd’hui guère qu'une poignée d'anciens collabos à indemniser le cas échéant. Et ce n’est même pas certain puisque même un des fondateurs de la N-VA, Eric Defoort, l’historien émérite et grand ami de De Wever, considéré comme l'éminence grise du parti nationaliste flamand, affirme que son parti n'est pas intéressé par l'amnistie des anciens collaborateurs…

 

Il serait par contre absolument inadmissible qu'une amnistie intervienne tant que la Justice reste fédérale, puisque cela voudrait dire aussi amnistie pour les Kollabos wallons au nom d’une prétendue « réconciliation entre les Belges ».Il n’en est pas question. Imaginerait-on – demain - l’Allemagne envisager l’amnistie des nazis pour réconcilier les Allemands ou la France absoudre ses collaborateurs ? Soyons sérieux. Ou alors, Di Rupo ne comprend rien aux Wallons ! Voir la réaction du RAssemblement Wallon ICI et celle de Wallonie Libre : CdP WL 07 2010

 

Pour le reste… En matière de négociation, Eric Defoort interrogé ce matin à la RTB(f) a été clair, le premier paquet des réformes institutionnelles négocié sous le gouvernement Leterme ne suffira pas à la N-VA. « Il faut surtout le marché du travail et les soins de santé », dit-il. Et la RTB(f) se veut rassurante : pour elle : «  scission de la sécurité sociale, mais pas dans son entièreté » veut dire ne pas toucher à la Sécu… Evidemment, si Defoort affirme « qu'il ne faut pas laisser tomber les gens dans le besoin », les transferts vers la Flandre doivent bien entendu continuer. Là où c’est à son avantage, on ne touche à rien. Et dire que le ministre des pensions est du même parti que Di Rupo.  Rassurant ?

 

 

(*) Je n’écris pas « le parti de De Wever » comme on écrirait « le parti de Gendebien » ou « de Modrikamen » parce qu’il y a là une machine de guerre bien rodée et solide en coulisses. Machine qui ne se résume pas à un seul homme.

 

(**) Ah ! Écouter le silence ! Plus sérieusement, si cette majorité est silencieuse, ce n’est pas parce qu’elle ne parle pas, bien au contraire. C’est plutôt parce qu’elle ne pense pas. Se contentant d’ânonner des lieux communs.

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 12:16

 Au terme de trois semaines de mission d’information, Bart De Wever a remis son rapport définitif. On en sait peu de choses.

Il semble bien que toutes les parties consultées soient unanimes quant à la nécessité d’une sixième réforme de l’Etat. Le statu quo n’est pas envisageable pour l’ensemble de ces personnes  pour - disent-ils - créer un climat de stabilité politique indispensable pour l’assainissement des finances publiques...

Il y a des points de vue convergents sur la poursuite de la réforme institutionnelle - avec des transferts des compétences - selon des modalités de financement à déterminer...

Elio Di Rupo a été désigné pré-formateur... le PS et la N-VA ont donc réalisé des avancées et des concessions ont été faites sur une série de points précis, mais,; évidemment, des nœuds capitaux comme la scisison de Bruxelles-Hal-Vilvorde restent à trancher. Surout Elio Di Rupo va devoir faire admettre ces concessions auprès de ses futurs partenaires des partis dits francophones. Par ailleurs, il semble bien n'y avoir que (très) peu de remarques du côté flamand.

 

Il nous reste à continuer à attendre.

 

En attendant, la vie politique continue et laChambre a tenu sa séance d'installation mardi après-midi. Les 150 députés élus ou réélus lors des élections du 13 juin dernier ont tous prêté rapidement le serment constitutionnel... en attendant de démissionner et de se faire remplacer par leurs suppléants. Rappelons ainsi qu'il y avait il y a 52 suppléants sur 150 députés, dont 8 suppléants sur les 10 députés CDH... Et qu'au  Parlement wallon, s'il n'y a que 16 suppléants sur 75 députés, 12  d'entre eux sont des suppléants de 29 députés PS...

 

C'est le moment où l'indispensable revue en ligne Toudi publie un appel qui est aussi une analyse et une proposition de réforme du processus démocratique en Wallonie. Je vous invite à le lire : Présidentocratie et déficit démocratique.

 

Vous verrez ainsi que d'autres, plus discrètement, préparent l'avenir.

 

 

En bonus : le sondage de juin 2010 du Figaro sur les Wallons et l'avenir de la Wallonie. Texte en PDF.

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 06:52

Après n’avoir été demandeurs de rien pendant des années par peur d’affronter la réalité (*), les partis traditionnels, unanimes dans leurs discours estiment tous maintenant - mais un peu tard – qu’il faut régler ce problème.

 

Les partis traditionnels « francophones » sont d’autant plus faibles face aux flamands qu’ils n’ont pas derrière eux le souffle d’un parti clairement wallon qui défende vraiment les intérêts de la Wallonie.

 

Ils espèrent encore trouver des Flamands modérés sur ce sujet en donnant aujourd’hui des signes d’ouverture. C’est oublier les classique qu’il est toujours bon de relire

 

Ainsi, dans « Polyeucte » acte I, scène 1, Pierre Corneille (1606 – 1684) écrivait, non sans finesse :

 

« Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle

Et le désir s’accroît quand l’effet se recule. »

 

Nous le vérifierons au lendemain des élections.

 

(*) Que ne l'ai-je dénoncé ici même ?

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 20:33

Il n'y a pas que la crise institutionnelle belge qui suscite la réflexion. La crise due aux dérives du monde bancaire est toujours là et fait l'objet de réflexions. Un Blogguer de Marianne, Laurent Pinsolle vient de publier un article reprenant quelques pistes intéressantes.

 

Certes, Si certains points peuvent être discutés, d’autres  difficiles à mettre en œuvre, çà fait du bien d’avoir des visions alternatives et parfois radicales !

 

http://www.marianne2.fr/Crise-le-systeme-est-au-bord-du-gouffre-Faisons-un-pas-en-avant!_a192234.html

 

Merci Mike d'avoir attiré mon attention !

 

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 19:04

Ça fait un moment que je dois vous en parler, mais…


L’idée d’une taxe écologique aux frontières de l’Union Européenne fait  tout doucement son chemin. Ce serait une première brèche dans le « laissez-faire » inspiré de la politique commerciale dominante américaine. Ce serait un aspect utile de l’Europe… que n’ont pas prévu les tenant manichéens de « l’anti-protectionnisme ».

Lisez donc cette tribune écrite par un professeur de Sciences po, parue dans Libération en décembre dernier.

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« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

Les textes publiés ici sont évidemment libres de droits et peuvent être reproduits ou diffusés, en partie ou en entier... sans modération à condition d’en citer la source.

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