Le 30 mars 1707 mourait le maréchal Vauban, l'une des grandes figures de l'Histoire.
S'il est surtout connu pour ses batailles (140 !) la conduite des sièges (53 !) et la fortification des cités (il a consolidé 300 citadelles et construit 33 nouvelles !), peu savent qu'il a débuté comme simple soldat engagé à 20 ans dans les armées du jeune roi Louis XIV.
Qu'homme d'honneur, d'origines modestes, il mit son franc-parler au service des protestants persécutés et des paysans écrasés d'impôts. Il a ainsi rédigé un Projet d'une dîme royale où il exposait l'idée d'un impôt universel et équitable avec pour objectif d'améliorer le fonctionnement de l'État pour le plus grand bien de tous. Mais, évidemment son Projet a suscité une levée de boucliers et le roi vieillissant a du le faire interdire... Que de temps perdu !
Avant que certains n'utilisent le terme de "l'hexagone" pour désigner la France (ou pour éviter de la nommer ?), il a été l'inventeur de l'expression "le pré carré".
L'inventeur des frontières telles que nous les connaissons maintenant. En effet, jusque au siège de Maastricht (1673), la frontière désignait une zone mouvante où s'entremêlaient les liens d'allégeance hérités du passé. Le roi de France, par exemple, possédait d'importantes enclaves en Alsace où il n'avait accès qu'à travers des routes réservées en Lorraine, terre d'Empire ! (*) Rappelons-nous aussi les cartes de la principauté de Liège et tous les territoires dispersés.
Vauban a préconisé de substituer une ligne de démarcation bien définie. : "Sérieusement, Monseigneur, le Roi devrait un peu songer à faire son pré carré. Cette confusion de places amies et ennemies pêle-mêlées ne me plaît point. Vous êtes obligé d'en entretenir trois pour une ; vos peuples en sont tourmentés, vos dépenses de beaucoup augmentées et vos forces de beaucoup diminuées ; [...] c'est pourquoi, soit par traité ou par une bonne guerre, si vous m'en croyez, Monseigneur, prêchez toujours la quadrature. Non pas du cercle mais du pré". Voulant la frontière aussi linéaire que possible, même s'il faut pour cela renoncer à tel ou tel village enclavé en pays ennemi.
Vauban meurt, entouré de l'estime générale, à 74 ans. Il est inhumé dans l'église de Bazoches, près de son château, au sud de Vézelay.
La France proposera cette année à l'UNESCO d'inscrire au patrimoine mondial de l'Humanité les plus belles réalisations de Vauban.
Il s'agit d'Arras, Besançon, Briançon, Camaret-sur-Mer, Longwy, Mont-Dauphin, Mont-Louis, Le Palais à Belle-Ile, Saint-Martin-de-Ré, Saint-Vaast-La Hougue, Villefranche-de-Conflent, la triologie bordelaise Blaye, Cussac, Fort-Médoc, le duo rhénan Neuf-Brisach en Alsace et Breisach-am-Rhein en Allemagne, Bazoches, où Vauban a été enterré, ainsi que deux ouvrages civils liés au canal du Midi.
(*) Rien à voir donc avec l'éventuel réunion de Bruxelles à la Wallonie par le couloir de Rhode-Ste-Genèse. Ou encore par la Chaussée de Waterloo et l'une ou l'autre "espinette" de la forêt de Soignes comme l'ont proposé certains membres d'un parti anciennement fédéraliste bruxellois. Ce que François Perin avait appelé avec humour (et consternation) la "théorie du pédoncule".