J’ai hésité à en parler, tellement ça me paraissait démagogique et cousu de fil blanc…
C’est qu’en présentant une partie de son programme pour les élections législatives du 10 juin, Elio Di Rupo a prôné la création d'écoles bilingues en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles…
Si pour le président du PS, l'objectif annoncé est de favoriser l'apprentissage des langues (lesquelles ? ou plutôt laquelle ?) à l'heure de la mondialisation et ainsi de lutter contre les risques d'éclatement du pays, il surfe surtout sur la peur du côté Wallon et Bruxellois francophones (n’ayons pas peur des mots) liée au fait que l'éclatement du pays est une question à présent ouvertement évoquée.
Jouer sur la peur, ils en sont là…
Pour le PS, qui a récupéré le message du Mouvement wallon, le PS de Cools, Spitaels, Collignon, etc…c’est une fameuse remise en question stratégique, philosophique et politique. Passer du combat fédéraliste et régionaliste justifié par une minorisation objective de la Wallonie à, osons la clarté, le retour à une Belgique de type unitaire avec, à terme une dépendance de nos populations sous tutelle flamande. C'est un fameux virage ! (*)
Question subsidiaire : "Y-a-t-il encore un socialiste qui oserait se dire républicain ?"
Démagogique, mais aussi symbolique, la proposition du PS vise à frapper l'opinion publique francophone dans laquelle il existe une « demande » (créée !) diffuse de rapprocher les deux Communautés.
La réponse flamande ne s’est pas fait attendre. Pour une bonne partie des décideurs au Nord du pays, le cadre "Belgique" est dépassé. C'est non seulement vrai pour les mandataires politiques, mais aussi pour une bonne part des intellectuels, académiques, responsables économiques, etc. Ceci est dû au développement, de longue date, d'un projet national flamand, porté par un profond ressentiment historique (celui de la domination passée des Flamands francophones sur les néerlandophones).
Il est d'ailleurs piquant de voir que, alors du côté "francophone", persiste la légende du bilinguisme généralisé, les Flamands la refusent catégoriquement. simplement parce qu'elle signifierait la francisation complète de leur pays.
Si toute démarche permettant de découvrir davantage la réalité de "l'autre" pourrait modérer une certaine dynamique du stéréotype. Elle n’existe pas du côté flamand. Et comme je l’ai dit dans un billet précédent : Chercher à comprendre l’autre communauté est un processus diviseur…
Là-dessus, la RTB(f) et la Libre font grand cas d’un nouveau sondage cherchant à rassurer le « bon peuple ». Non les Flamands ne sont pas séparatistes ! En lisant entre les lignes, on découvre que le sondage fait apparaître qu'une petite mais une majorité quand même de concitoyens du nord veulent le retour à une Belgique unie… mais qu’un peu plus de 50 pc des Flamands souhaitent des politiques d'emploi tout à fait différenciées selon les régions (Un détail ? Non !). Si un Flamand sur deux se sent d'abord Belge et un sur trois d'abord Flamand… Ce qui correspond aux 30 % généralement cités comme minorité agissante. « Les autres suivent ».
C’est que les grandes décisions politiques ne se prennent pas par la population, mais par ses représentants politiques dans les démocraties parlementaires non tempérées par l'usage des referendums. L'exemple de la partition de la Tchécoslovaquie est là pour le démontrer. N’oublions pas que Et les leaders d’opinion sont là pour préparer l'opinion grâce au contrôle des médias. Ils ne s’en privent pas.
Si certains estiment qu’il n’y a qu'une minorité active dans le sens du "flamingantisme militant" en Flandre (et alors ? C'est leur droit !), l'action de ces groupes bien organisés est plus efficace que la tendance lourde d'un public présumé unitaire et généralement amorphe. Là, comme chez nous !
La lecture du « Dossier spécial » de la Libre est assez édifiante… à condition de bien le décoder !
Divertissante aussi avec les reportages de Christian Laporte !