Le message de Pierre Ruelle mort le 14 janvier 1993.
«Ce qui m’attache, moi, à la France, bien que d’ordre surtout sentimental, est longuement et profondément réfléchi et je crois que ma trajectoire personnelle, comme on dit, m’y a aidé. Je vous l’ai dit, j’ai parlé borain avant de parler français comme beaucoup d’autres de mon milieu social et de ma génération.
Du jour où j’ai su lire en français, tout a changé pour moi, tout a basculé. Ce ne fut pas une initiation, ce fut une naissance.
Mon coron natal a explosé aux dimensions de la France et de la pensée française. C’est par elles que j’ai pris conscience de moi-même et de l’univers. Ce qui me lie à la France, c’est une reconnaissance passionnée. Ce n’est que cela ? Non, c’est tout cela ! Une langue n’est pas seulement une interminable série de mots et de règles. Ce n’est pas seulement un grand magasin où l’on trouve des articles que l’on trouverait aussi bien chez le voisin sous une autre étiquette.
C’est un paysage intellectuel, un univers particulier, une manière irremplaçable de posséder le monde. Aujourd’hui, en Wallonie, ce paysage français, cet univers français sont menacés.
Je n’ai pas eu d’autre souci, aujourd’hui, que de les défendre devant vous.»
(Discours prononcé à un colloque du Mouvement wallon pour le Retour à la France, le 3 mars 1990, à Charleroi.)
«Seule la langue française est devenue au XXe siècle la langue maternelle de la majorité énorme des Wallons. C’est dans cette langue que la pensée s’exprime dans tous les domaines, des sciences humaines aux sciences naturelles, de la littérature aux relations publiques, sociales ou économiques. C’est la langue de la prédication religieuse comme de la réflexion philosophique. Les dialectes et les patois ne jouent aucun ce rôle global. En outre, ceux-ci fractionnent et morcellent la Wallonie en une infinité zones et sous-zones.»
(Lettre à José Happart, président de Wallonie Région d’Europe, 24 mars 1990.)
«J’aurai 81 ans dans quelques semaines. L’avenir, pour moi, n’est plus qu’une vue de l’esprit et je ne travaille que pour les autres. J’ai fort peu de chance de voir se réaliser mes vœux. Cela ne m’empêchera pas d’y œuvrer jusqu’à la fin.
Pendant 51 ans j’ai enseigné le français – langue, littérature et culture – à des enfants de mon village, où j’ai débuté comme instituteur, jusqu’aux étudiants de l’Université. Je me sens plus Français que beaucoup de Français. J’espère que tout ce que j’ai fait aura servi, même si je n’en vois pas l’aboutissement…»
(Lettre à feu Maurice Lebeau, président du Mouvement wallon pour le Retour à la France, 10 février 1992.)
«Le moment est venu de lever tous les voiles, de dénoncer toutes les hypocrisies, de voir enfin, pour la première fois depuis longtemps, les réalités en face, de nous reconnaître pour ce que nous sommes, des Français. Il faudra nous y employer sans plus attendre. A nous d’éclairer les Wallons et, d’aventure, aussi les Français de la République, sur les données d’un problème simple que tant d’hommes aveugles ou intéressés se sont évertués à obscurcir. Il n’y a pas de cours naturel au long fleuve de l’Histoire. L’Histoire coule dans le lit que les hommes lui creusent. C’est à nous de vouloir et d’agir afin que, de part et d’autre d’une frontière irréelle et absurde, les Français soient enfin réunis et que, du sud au nord, d’un même effort, ils fassent en sorte que, plus grande, plus heureuse et plus belle, vive la France.»
(Discours prononcé à Jemappes le 7 novembre 1992.)