La période pré-électorale (qui va durer au-delà d’octobre) est propice aux propos musclés. C’est ainsi que le Président-Ministre président du PS et accessoirement de la Région wallonne a voulu montrer à ses troupes et aux gogos qu’il met la Flandre en garde.
Du côté de la presse servile, c’est l’orgasme ! David Coppi dans « Le Soir », interprète les propos de son oracle comme un appel à l’indépendance « s’il le fallait ». Un beau projet ajoute-t-il. Et d’égrener la liste d’avantages positifs que nous pourrions avoir au sein d’un Etat francophone. C’est presque trop beau. Trop beau puisqu’au niveau des vœux pieux quand on connaît notre modèle politique. Quelques exemples ?
- Nous évoluerions dans un Etat indiscuté…
- Nous gagnerions en dynamisme économique…
- Nous réglerions, une fois pour toute, la rivalité entre Bruxelles et la Wallonie…
- Nous aurions de majorités politiques plus cohérentes…
- Nous userions du referendum…
N’est-ce pas magnifique ? Par contre, il ne parle pas des difficultés sauf pour en évoquer une liste qui serait presqu’aussi longue. Il est vrai qu’on pourrait déjà facilement démontrer l’impossibilité de la plupart des avantages cités.
Entrons un petit peu dans le discours de Di Rupo.
«Nous ne nous laisserons pas faire, et nous ne laisserons jamais tomber Bruxelles. (...) Ensemble, Wallonie et Bruxelles côté à côte, c'est 4,5 millions d'habitants, l'équivalent de l'Irlande. C'est 42 pc du PIB belge, 42 pc de l'emploi du pays et un taux de croissance dépassant largement celui de la Flandre. C'est la capitale de l'Europe renforcée par une Wallonie dynamique. (...) Bruxelles et la Wallonie sont deux entités parfaitement complémentaires, également utiles l'une à l'autre; (...) deux partenaires privilégiés au sein de l'Etat belge.»
« Nous entendons affronter main dans la main les défis de demain, unis par un destin que nous voulons résolument commun.»
Pas question donc de «nation francophone» là-dedans. Encore moins de revoir les articulations Région/Communauté. Malin, Di Rupo laisse ça à ses voltigeurs… chargés de préparer le bon peuple.
Plus inquiétant pour les Francophones de la Périphérie de Bruxelles : «Remettre en cause les facilités, c'est accepter la renégociation de la frontière linguistique. C'est permettre aux Wallons des Fourons (évidemment, José Happart était assis à côté de lui…) de regagner la Wallonie et aux francophones de la périphérie d'intégrer la Région de Bruxelles. Et c'est créer un ensemble territorial continu entre la Wallonie et l'autre Région francophone du pays.»
Propos immédiatement interprétés comme la revendication du « couloir » de Rhode Ste Genèse en échange de la remise en cause des facilités.
Ouiche ! Pourquoi pas ? A condition que ce ne soit pas une excuse pour laisser tomber les Bruxellois francophones installés ailleurs dans la Périphérie… Les acquis (presque, ouf !) de la « Grande Victoire » de la non-scission de Hal-Vilvorde (en réalité une capitulation déguisée, puisqu’en échange du maintien des facilités dans quelques communes, on laissait tomber toutes les autres qui devenaient définitivement unilingues flamandes. Les Francophones ne pourront jamais assez remercier « Spirit » qui s’est dévoué pour faire capoter l’accord jugé insatisfaisant par les Flamands.) nous ont échaudés. Il est vrai que pour le Président du PS, homme pragmatique, les « bourgeois francophones » de la périphérie n’ont que peu d’intérêt. Exactement comme lors de la fixation de la frontière linguistique où les Fourons considérés comme plutôt votant catholique ont été sacrifiés par le PSB.
Sans compter que si on rediscute de la frontière linguistique, c’est dans les deux sens.
Enfin, comme l’écrit Paul Piret dans « La Libre », ce sont des revendications, disons, potentielles: au cas où.
Gênant aussi pour José Happart et les indépendantistes qui le vénèrent, cet aveu d’impuissance : « Grand merci à M. Leterme. Vos déclarations, teintées d'un mépris édifiant, ont fait plus en 3 lignes pour la prise de conscience de la réalité communautaire que de nombreuses années de combat que nous avons mené pour affirmer notre identité wallonne ».
Il est vrai que la promotion, et même la défense, de l’identité wallonne n’a jamais vraiment été un souci dans les partis traditionnels…