La RTB(f) a semble-t-il décidé d’adopter une attitude de « neutralité distante » à l’égard des résultats de l’équipe de France de football lors de la coupe du Monde qui se joue en ce moment en Allemagne.. Cette attitude se traduit par une information factuelle en ce qui concerne le déroulement des rencontres. Ni plus, ni moins. Quasi du désintérêt.
Mais, ça ne l’empêche pas de systématiquement donner la parole aux supporteurs de ses adversaires interrogés à la sortie de leurs cafés préférés. On l’a encore vu après le match contre le Portugal où ces derniers exprimaient (en français et avec l’accent de qui habite depuis longtemps à Bruxelles...) leur déception dans ces termes : « Ça ne nous aurait rien fait de perdre contre n’importe quelle équipe, mais pas la France ! » « C’est une honte ! » Les aurait-on choisis ? Par contre aucun avis du moindre quidam se réjouissant de la victoire française.
Plus fort encore, ce matin on interrogeait le correspondant de la chaîne à Paris à propos de la « scandaleuse récupération » des mérites de ces joueurs par les politiques de tout bord. Pourtant, pas de quoi fouetter un chat ! Derrière l'enthousiasme, il y a autre chose : C'est ce que dit Nicolas Dupont-Aignan : " Au-delà de l’exploit sportif et de sa médiatisation, il y a un besoin de France qui peut enfin s’exprimer. Après des mois d’autodénigrement, de déstabilisation forcenée, soudain les Français relèvent la tête et sont enfin fiers de quelque chose. De plus, dans nos banlieues beaucoup de jeunes se reconnaissent dans cette équipe diverse".
Ce qu’on voulait nous faire comprendre, c’est qu’il n’y a en France que ce genre de récupération se produit. Les deux journalistes, comme larrons en foire, s’étonnaient de concert et se rejoignaient dans la critique, en bons donneurs de leçons qu’ils étaient. Ça doit être ça la vraie neutralité.
C’est que bien évidemment, il est totalement inconcevable que ça se passe « chez nous » ! Aucun politique ne récupère les résultats d’un sportif. On ne verra jamais, par exemple, Albert II, Verhofstadt, Reynders, Michel(s), ou Di Rupo-Milquet-Onkelinkx, se précipiter à Roland Garros ou Wimbledon pour assister à une finale de tennis… Où alors, c’est un hasard. Quand à s’en féliciter publiquement à la sortie du Conseil des Ministres et ne parler de rien d’autre, j’ai du avoir une hallucination…
C’est qu’on a le triomphe modeste, nous (les belges) ! On sait prendre du recul. Pas de délire collectif avec drapeaux, chants et beuverie quand par hasard une équipe de football se qualifie pour l’une ou l’autre phase d’un quelconque championnat. Où alors, c’est bon enfant ! D’ailleurs la Grand Place de Bruxelles est plus petite que les Champs-Élysées. Le sport garde toujours sa juste place dans l’actualité, jamais plus de 25 minutes sur les 30 que dure un JT.
C’est que comme les autres nations du monde, y compris l’Italie, l’Angleterre (Ah ! Le franc-jeu - fair-play comme ils disent - des supporteurs de football anglais !), le Brésil, etc… nous (les belges) savons nous tenir. Nous (les belges) savons respecter nos adversaires avec dignité (Quoi, les affiches financées par une banque publique pour les campagnes des « diables rouges » ? Ce n’est que de l’humour de bon aloi, voyons ! N’y voyez rien d’autre..). Nous avons du bon sens, de la retenue. Les Français eux, sont naturellement, définitivement, chauvins (*) !
Curieux, non ? Un même comportement de part et d’autre d’une frontière n’a pas le même sens moral.
Un Américain du Nord se réjouit d’un succès de son pays ? Il est patriote (**) ! L’Angleterre ou les Etats-Unis d’Amérique protègent leurs marchés intérieurs et leurs entreprises ? Rien à dire, c’est normal. La France fait de même ? C’est du « patriotisme économique » (***), quelle honte !
Aucun chauvinisme chez nous (les belges) ! Nous avons la chance d’habiter un pays merveilleux, tolérant, respectueux des autres nations. Pas de chauvinisme ici, ou alors on fait semblant bien sûr ! C’est pour rire ! On ne se prend pas au sérieux, soyons sérieux ! Nous partageons des valeurs communes de solidarité (Quoi ? Euh, je m’emballe un peu là, non ?). Bon, d’accord, les Flamands ont un autre point de vue, mais ce n’est pas grave, on est tous belges, non ? Non ?
Quoi, ils préfèrent leurs sportifs ? Et alors, les belges (par défaut, les Wallons et Bruxellois francophones quoi !) aussi ! On n’est jamais aussi heureux que quand c’est un Flamand qui gagne ! Surtout s’il gagne contre... un Français ! C'est pas une preuve ça ?
Chauvins les Français ? En un temps où la France doute, où le sentiment d’appartenance à la Nation s’effrite, où la tentation du communautarisme menace d’enfermer chacun dans ses origines, sa religion et sa couleur de peau, en un temps où la mémoire collective se rétrécit, où le patriotisme est dénigré, ça fait tellement de bien de retrouver cette fierté collective. Tellement conforme à l’esprit républicain basé sur le choix volontaire de vivre ensembles !
Allez les Bleus !
Il est vrai ausi que ce n'est pas demain que la Wallonie pourra retrouver cet esprit. Pas dans la Belgique en tous cas.
(*) Vient de « Nicolas Chauvin » : soldat mythique, enthousiaste et naïf de la première République et de l’Empire… Est chauvin : celui qui manifeste un patriotisme fanatique et belliqueux. Admiration outrée, partiale et exclusive pour son pays. Nationaliste et xénophobe.
(**) Le patriotisme est un sentiment partagé d'appartenance à un même pays, la patrie, sentiment qui en renforce l'unité sur la base de valeurs communes. Il conduit à ressentir de l'amour et de la fierté pour sa patrie.
(***) Le "patriotisme économique" est un comportement des consommateurs, des entreprises et des pouvoirs publics qui, dans un contexte de mondialisation de l'économie, cherchent à favoriser les biens et services produits dans leur pays. Il est basé sur le concept de la légitime défense économique. Une de ses manifestations récentes est le protectionnisme financier face à des multinationales étrangères voulant acquérir des entreprises considérées comme "stratégiques" pour l'économie du pays. L'expression est apparue en 2003 dans le rapport parlementaire "Intelligence économique, compétitivité, cohésion sociale" du député (français !) Bernard Carayon.