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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 10:09

Je l'ai déjà dit, je supporte très mal tous les intégrismes. Qu'ils soient religieux, philosophiques ou politiques. Ce qui me vaut d'ailleurs la haine profonde de ceux qui sont certains de détenir "La Vérité" dans leur domaine. Je suis un sceptique, adepte du doute raisonné.

Je suis frappé par la volonté de simplification qui guide tellement de "raisonnements" (le mot ne convient pas vrament !) ou plutôt de jugements définitifs sur la situation politique actuelle. Je constate souvent que cette simplification est gouvernée par une très grande méconnaissance dee l'Histoire.

 

Pour l'instant, l'homme à abattre, c'est Bart De Wever (N-VA). On oublie que les francophones - tout en étant demandurs de rien - ont défendu des positions qui étaient et sont encore inacceptables aux yeux des Flamands. Leur exigence d'élargir Bruxelles et de revoir le tracé de la frontière linguistique remet en cause tout ce qui a été négocié depuis 1889, c'est-à-dire depuis le moment où on a commencéà territorialiser la réforme de l'Etat.

En 1889, la loi sur l'utilisation du flamand en matière répressive prévoit que, dans certaines communes, les Flamands pourront utiliser leur langue en justice. A partir de cette date-là, on va dire : à Gand, à Termonde, à Courtrai, on parle le flamand. Pour la première fois, on trace la frontière linguistique. Depuis 1889, on peut donc dire "Je vis en Flandre " ou "Je vis en Wallonie ".

La deuxième étape importante, c'est le "compromis des Belges", en 1929.  Il est clair : désormais, il est arrêté qu' on parle le néerlandais sur le territoire flamand ;on parle le français sur le territoire wallon et à Bruxelles, on est dans une logique bilingue. Formulé autrement, on arrête de franciser la Flandre et de flamandiser la Wallonie. 

Ensuite, en 1962 et 1963 on a fixé la frontière linguistique. A part des points litigieux, comme les Fourons, le tracé de  cette frontière relevait d'un accord entre Flamands et Wallons. En le remettant en cause, les partis francophones ont fait le jeu de la N-VA.  Le couloir de Rhode-Saint-Genèse avait déjàété proposé dans les années 1970 par André Lagasse, l'un des fondateurs du FDF décédé récemment (**). Défendue au départ par une fraction du FD, elle a été, jusqu'aux denières élections, brandie par les quatre partis francophones e"ssentiellement pour des raisons électorales. Il est évident, quand on prend un peu de recul que cette proposition sape les fondements selon lesquels les quatre régions linguistiques - Flandre, Wallonie, Bruxelles, Communauté germanophone - doivent se respecter et ne pas chercher à déplacer les frontières à leur avantage. C'est une remise en cause  de l'acquis fédéraliste, construit patiemment et difficilement depuis la fin de xixe siècle. (***)

Soyons réalistes. En agissant ainsi, les francophones envoient en réalité le message qu' il faut unir la Wallonie et Bruxelles, comme ça, on sera deux contre un, et la Flandre sera perdante. Comment s'étonner ensuite des exigences flamandes ?

Elle est bien loin l'époque où le nationalisme flamand était incarné par la Volksunie et  où certains partis wallons (le Rassemblement wallon en particulier) discutaient avec ses représentants, ce qui a permis aux esprits d'évoluer et de préparer les réformes qui ont suivi. Cette tradition du dialogue s'est perdue. Les Wallons ont perdu leur originalité dans l'amalgame francophone. Di Rupo ne connaissait pas De Wever.

 

C'est un constat.

J'y pensais en écoutant ce matin Hendrik Vuye, constitutionnaliste, professeur aux FUNDP (Namur), mais aussi l'expert consulté par la N-VA pour les matières institutionnelles. Relisez-l'interview ici  

 


(*)A l'époque, il existait cette crainte que les ouvriers flamands, de plus en plus nombreux en Wallonie, finissent par y imposer leur langue. Les nouveaux arrivés hissaient des drapeaux flamands dans des communes sidérurgiques ou minières. Ils venaient avec leur curé, organisaient des messes en flamand. De plus, la loi sur l'enseignement autorisait l'ouverture d'une école en néerlandais partout où un certain nombre de pères de famille le demandaient. Vous pouviez avoir des écoles flamandes à La Louvière ou à Seraing... Les lois linguistiques des années 1930 vont   y mettre fin, et consacrer le principe de territorialité linguistique. Mais c'est bien oublié aujourd'hui.

 

(**) On se souviendra que François Perin (constitutionnaliste) s'en était gaussé en parlant de " pédoncule ."

 

(***) Mais peut-être est-ce voulu... J'avoue avoir peine à croire à un tel machiavélisme...

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 09:54

Les « partis francophones » (*) semblent avoir réalisé qu’avec ou sans la N-VA, tous les partis flamands veulent une avancée significative. De Wever qui n’est pas historien pour rie a tiré les leçons de l’Histoire et ne se limitera pas une réformette de l’Etat. Et ses élus au Parlement comme ceux qui rêvent d’être ministres n’ont d’ailleurs pas peur des élections.

On se souvient de la phrase de Di Rupo : «« Vu les résultats électoraux en Flandre, nous savons que le centre de gravité de la Belgique se déplacera du fédéral vers les entités fédérées. Mon souhait est que cela puisse se passer d'une manière qui va stabiliser le pays au bénéfice de la grande majorité des Belges »…

 

Avez-vous remarqué qu’il s’agit là, mine de rien, d’une belle récupération du principe de confédéralisme, tellement décrié par les mêmes jusqu’il y a peu ?

 

C’est à la fois triste et grave.

Le pire est sans doute à venir quand ils nous annonceront qu’ils travaillent à une Belgique rééquilibrée…stabilisée sans oser dire pour combien de temps ? Solution temporaire imposée par la force des choses, on entrera dans le confédéralisme comme on est entré dans le fédéralisme… à reculons.

Que de temps et d’énergie perdue à refuser de se rendre compte d’une réalité que le Mouvement wallon a clairement démontrée depuis plus d’un siècle maintenant. Il y a plusieurs peuples qui sont piégés sur un même territoire. Alors qu’une solution simple et équilibrée, préservant les choix d’avenir existe dans l’immédiat.

 

Beaucoup de commentaires laissés sur ce blogue reprochent aux citoyens de ne pas se rendre compte de ce qui se passe. Mais comment leur en vouloir, si ceux qui doivent, non pas les représenter, mais les informer ne font pas leur devoir ?

 

Comment, sans passer par eux, faire connaître ou faire prendre conscience de l’ampleur de la manipulation des foules ?

Non, il n’y a jamais de prise de recul par rapport à la réalité révélée. Les schémas caricaturaux (*) sont plus pratiques et donnent bonne conscience. Ils sont simples à manier. La plupart des dirigeants acceptent l’idée que le public est trop idiot pour comprendre une réalité toujours jugée complexe et surtout décrite comme telle. Puisque ce même public fera toujours nécessairement des impasses sur ce qui le concerne directement et apparemment le moins. Il restera à lui distiller des schémas prémâchés qu’il n’aura plus qu’à avaler.

 

Ce sont des minorités qui font ou faisaient bouger les choses. Hélas, chez nous, depuis la prise du contrôle des médias par les partis l’impossibilité légale (et de fait) de concourir au jeu démocratique, les minorités ne parviennent plus à se faire entendre.

 

Attendons-nous donc à des propos lénifiants et simplificateurs dès que la phase actuelle de dramatisation sera terminée et qu’un accord équilibré provisoirement définitif nous sera vendu – à « notre »grand soulagement. Prolongeant l’existence d’une certaine Belgique. Le « préformateur » se muant en un.. prolongateur. A moins que... Di Rupo n'ayant intégré que la séparation est ineluctable 
et  joue le jeu en faisant sembant d y croire encore pour laisser l'initiative de la rupture aux Flamands et negocier la separation tout en restant officiellement  demandeurs de rien. Vous y croyez, vous ?

 

 

(*) Curieux paradoxe, non ? Ils sont organisés sur base communautaire, mais sont ou seraient, ou encore se diraient (en tous cas dans leur dialogue avec les Flamands) plutôt partisans de régions… Et en tous cas, Ils se présentent comme les défenseurs des régions de Bruxelles et de la Wallonie. N’y aurait-il pas là des arrière-pensées ?  Quand on sait que par ailleurs ils rêvent depuis longtemps d’une mini-Belgique continuée composée de Bruxelles et de la Wallonie … Oubliant par là le caractère bilingue de Bruxelles où les Flamands bruxellois sont aussi chez eux. Calcul politique ? Ou bien ne se présentent-t-ils en régionalistes que - seulement - pour défendre Bruxelles ? Lisez ceci qui montre bien que le souci régionaliste actuel n'est que de façade

 

(**) Les Wallons sont paresseux, les Flamands travailleurs, les francophones opprimés, la Wallonie « rouge » en déficit, la Flandre riche et bien gérée, le fédéralisme est un échec, le confédéralisme est le fédéralisme des cons, la sécurité sociale belge est une des meilleures du monde… et j’en passe. Vous en voulez encore ?

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 06:04

Ceux qui connaissent ce blog depuis sa création (avec plus d’un million de pages vues depuis le 14 novembre 2005 !) à l’époque où j’ai été amené à reprendre la présidence d’un parti devenu si peu rassembleur auront suivi l’évolution, ou plutôt « l’affinage » de ma vision. Partant rattachiste militant pur et dur, sans trop de nuances, sympathique mais inefficace, cette évolution a été nourrie de divers apports dont l’excellent texte sur «  Le vrai visage des Français ».

 

Du billet militant : « Wallons et Bruxellois francophones, pour en finir avec le syndrome de Stockholm ! » à celui sur «La fin du syndrome de Waterloo ? » et « La Wallonie sauvera-t-elle l'Europe ? » ou encore « La Wallonie sur la voie d'une organisation nouvelle ? » à ceux plus récents, mais nullement contradictoires avec les premiers, sur l’indispensable identité wallonne dont je retrouve une belle synthèse dans ce beau texte d’Arnaud Pirotte qui fait le tour du sujet, je retrouve – modestement - une constante qui me rassure. Celle d’être capable d’intégrer, d’écouter, de continuer à réfléchir, à prendre du recul, bref à évoluer. Ce n’est pas simple dans le milieu politique, fait de croyance ou d’opportunisme ou encore d’hyper-certitude, de continuer à marcher hors des sentiers battus. Une éducation à la pratique du « doute raisonné », si elle n’est pas un handicap n’est certainement pas le meilleur moyen de se faire des « amis » dans ce monde où règnent les croyances parfois irrationnelle qui - précédant et prédéterminant les convictions - s’opposent à la vérification et demeurent inaccessible à la contradiction et aux arguments raisonnables.

 

Ethiquement, ma position, mon message politique ne peut se baser que sur la multitude d’éléments factuels, d’indices, de témoignages, sérieux et souvent concordants recueillis personnellement ou rapportés par d’autres. C’est – je le reconnais - une forme d’intime conviction, qui est une « croyance raisonnable » en quelque sorte.

 

En mai dernier au premier (et dernier !) congrès de « W+ », je disais que « nous étions les vrais continuateurs du Mouvement wallon, celui de nos grands anciens, les Albert Dubois, Jules Destrée, François Bovesse, Maurice Bologne et tant d’autres qui avaient déjà clairement défini la voie à suivre en parlant de « peuples indépendants et libres ainsi que d’intégrité française de la Wallonie ». J’ajoutais que, dans cette logique, « nous devions réclamer d’urgence l'émergence de quatre Régions autonomes par le transfert de nouvelles compétences et des moyens correspondants de l’Etat fédéral. Dans un souci de cohérence, de simplification de dynamisation et surtout d’efficacité. En particulier le transfert des compétences de l'actuelle Communauté française aux Régions, wallonne et bruxelloise. Régions égales en Droits, libres et autonomes. C’est que, pour la Wallonie, cette maîtrise indispensable de compétences essentielles, comme l’enseignement et la culture, vont renforcer une identité négligée, mais historiquement fondée sur la fraternité et l’égalité, et agiront comme un puissant moteur de changement social, culturel et économique ». J’ajoutais à ces notions de Régions (avec une majuscule car il s’agit d’entités humaines qui ont rang d’Etats, quelle que soit par ailleurs la terminologie utilisée.) libres et égales en Droits, « le droit de s’associer deux à deux en fonction de leurs intérêts propres, mais aussi de s’adosser à un pays voisin pour les mêmes raisons ». Autonome en effet, la Wallonie peut sortir de la logique belge qui veut que son économie soit mise au service des autres. Le monde a changé, les frontières et les relations entre états européens ne sont plus les mêmes. Une Wallonie souveraine pourra – librement – choisir ses alliés ». Ajoutant : «  Par exemple, un pays voisin dont nous partageons tant de chose sans perdre pour autant nos spécificités. Une Wallonie souveraine sera libre de négocier les accords qui lui conviendront avec ses voisins. Sans subir ! »

 

J’ai constaté que ce terme « d’adossement » a été repris à plusieurs reprises dans la presse ou sur des fora politiques.

 

Et confirmant la justesse de ma vision, dans l’interview donnée dans le « Paris-Match – édition Belgique » du 8 juillet dernier, Jean-Pierre Chevènement disait clairement que « si nous le demandions, et si en toute hypothèse les Flamands prenaient leur indépendance – conditions qui ne sont pas aujourd’hui réunies – je trouverais juste de les accueillir dans la République française sous un statut à déterminer. Ce pourrait être le statut actuel avec un simple rattachement de la sécurité sociale wallonne à la sécurité sociale française ».

 

Le confédéralisme n’est donc absolument pas le « fédéralisme des cons » suivant une expression autant malheureuse que ridicule, mais une étape essentielle, la meilleure chose qui puisse arriver à la Wallonie pour le moment. Je répète : celle-ci, souveraine, sera libre de négocier les accords qui lui conviendront avec - tous - ses voisins. Sans subir ! 

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 06:00

 Comme prévu, le dialogue communautaire a commencé. Sur base communautaire et non régionale. Exactement ce que voulaient les Flamands.

 

A l’heure actuelle, il est impossible de deviner ce qui va sortir des négociations. Mais ce ne seront de toute façon que des solutions insatisfaisantes et temporaires. Les sources de conflits ne pouvant y être traitées à fond. Il faut mettre sur pied de toute urgence une association temporaire de partis – idéalement issus des quatre entités, mais on peut commencer avec moins - qui décident de centrer leurs programme de réformes institutionnelles sur base d’une organisation au départ des régions. Sortant ainsi des blocages récurrents. Les « vrais problèmes » finalement puisqu’ils empêchent de prendre réellement en charge les préoccupations prioritaires des citoyens.

Autour de la table pour nous représenter, si je compte bien : 5 « francophones » sur 7 peu suspects de prendre en compte les spécificités régionales (avec un léger bénéfice du doute pour Picqué et Ludgen). Il ne manque que le MR qui aurait renforcé le camp communautariste. Et ce sont ces gens avec les pouvoirs exorbitants que leur donne le système politique de « présidentocratie » (*) qui vont décider pour tout le monde de la nouvelle architecture institutionnelle d’un pays qui n’en finit pas de mourir.

 

On connaît les revendications sentimentales et historiques des partis flamands sur Bruxelles. Mais ce sont là des gens patients et pragmatiques. Je suis curieux de voir leur évolution au cours de ces négociations. Après tout, ils avaient déjà fait preuve d’ouverture lors des négociations précédentes. Sans oublier que la configuration actuelle sur base des communautés leur convient très bien puisqu’elle leur donne de fait un pouvoir de contrôle sur ce qui est un des principaux enjeux pour eux : Bruxelles.

 

C’est là toute la perversité du système de partage entre communautés rivales de fait. Elles n’arrêtent pas de s’accuser des blocages et dysfonctionnements du fédéralisme. Le mantra du « front francophone » ayant conforté les vœux des nationalistes de Flandre d’imposer un jeu à deux.

 

S’il a été – pour nous Wallons – un incontestable progrès et a permis de stopper le déclin économique imposé par l’Etat unitaire, le fédéralisme est incomplet puisqu’il nous manque, entre autres à cause de l’existence des Communautés, la maîtrise de compétences essentielles et complémentaires en matière d’éducation et de culture. Sans compter ce qui reste au niveau fédéral où les choix sont basés sur des rapports de force qui nous sont défavorables.

 

En l’état, ce fédéralisme qui montre ainsi ses limites a de moins en moins de chance de pouvoir bien fonctionner à l’avenir puisqu’il y est impossible de définir des systèmes de solidarité mutuellement acceptables. Le système est largement ingouvernable et le restera tant qu’il restera des zones de chevauchement de compétences de type linguistico-communautaires.

 

Intéressante à ce sujet, la déclaration du ministre-président du gouvernement de la Communauté germanophone, Karl-Heinz Lambertz au magazine allemand Focus où en cas de scission de la Belgique, il envisage trois hypothèses : le retour à l’Allemagne, le rattachement au Luxembourg ou la création d’un État indépendant.  

Il est hautement significatif de constater que « la minorité la mieux protégée du monde » montre – par la voix de son premier dirigeant - que malgré la situation extrêmement favorable dont elle jouit, elle se prépare et surtout prépare ses 60.000 citoyens aux choix d’avenir possibles.

Certes, rien n’étant innocent, il s’agit peut-être là d’un appel du pied aux négociateurs pour qu’ils n’oublient pas cette entité…  

Il n’empêche. Cette déclaration donne raison aux propos tenus dans les années trente par les responsables du Mouvement wallon qui parlaient déjà d’organisation du pays sur base – à l’époque  – de trois régions. La Wallonie, la Flandre et la Région bilingue de Bruxelles.

 

C’est cette position – aménagée - que j’ai défendue auprès de mes amis du Rassemblement wallon (alors W+) quand j’ai parlé de réorganiser ce pays – dans un premier temps – sur base de quatre régions (en fait des Etats confédérés) libres et égales en Droits. Libres de s’associer deux à deux entre elles ou encore de s’adosser à l’un ou l’autre pays voisin de leur choix. Des associations « à géométrie variable » en quelque sorte. Sur base d’accords négociés et équilibrés où chacun trouverait son compte.

L'interview récente de Jean-Pierre Chevènement dans le  « Paris Match »  montre que l’option de l’adossement négocié est tout à fait envisageable.

 

J’y vois d’énormes avantages. Y compris - et surtout - pour les Bruxellois qui vivent une forme originale d’expérience de cohabitation multiculturelle et multicommunautaire. Ils pourraient ainsi continuer à développer cette nouvelle forme de citoyenneté, respectant les langues en présence tout en édifiant un projet commun porteur d’avenir pour tous les habitants. Il est patent que beaucoup de Bruxellois néerlandophones se sentent d’abord bruxellois avant d’être Flamands. Il en va de même pour les Bruxellois francophones dont peu se sentent Wallons. Les autres communautés – ni flamandes ni d’expression française – fort représentées s’identifiant à la culture bruxelloise en plus de leur culture originale. (Le succès de foule de la « Zineke parade » en est un des signes les plus visibles.)

 

Cette réorganisation sur base de quatre entités laisserait la porte ouverte à différentes possibilités en fonction de la volonté exprimée par les populations. Garder une Belgique sous une forme confédérale ou, à l’inverse, permettre une transition en douceur vers la réunion de l’une ou l’autre des entités avec un pays voisin. Ménageant même pour l’une ou l’autre entité qui serait tentée la possibilité du choix de l’indépendance.

 

Hélas, la structure exclusivement linguistique des partis traditionnels constitue un frein considérable. Tant que ceux-ci ne se détermineront pas sur une base essentiellement régionale, on ne pourra pas mettre sur pied un projet politique cohérent.

Les tensions communautaires sont les « vrais problèmes » - finalement - puisqu’elles empêchent de prendre réellement en charge les préoccupations prioritaires des citoyens.

 

(*) « Les Français ont inventé la démocratie représentative, les Belges ont inventé la démocratie non-représentative». (d’après Huntington)

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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 13:14

Annoncé dans "De Morgen" puis mis sous le boisseau par le préformateur, le coup de la scission des allocations familiales est un coup de maître pour les Flamands.

Du point de vue flamand, l'appartenance à une communauté est indissociablement liée à l'appartenance à une Région, la seule exception étant basée sur les choix linguistiques des habitants de la Région bilingue de Bruxelles.  Cete matière communautarisée, les « néo-Flamands bruxellois » risquent de se révéler nombreux demain. Les populations les plus faibles économiquement (mais pas seulement elles)  vont évidemment se précipiter pour se déclarer néerlandophone pour avoir droit à des prestations sociales plus élevées. Comme c’est déjà le cas dans d’autres domaines comme le sport amateur.

Il est à noter que cet accord de principe ne date pas d'hier : les « Francophones » ont déjà dit à maintes reprises dans le passé être prêts à discuter de la scission des allocations familiales. Sans qu'il y ait eu- jusqu’ici - toutefois d'accord qui se dessine sur les modalités de la scission.

 

Le Morgen qui diffusé l’information nous informe également que « le financement fédéral se poursuivrait, mais une partie des allocations seraient régionalisée ou... communautarisée ». Le principal point de discussion porte en effet sur le niveau des compétences: la N-VA veut transférer les allocations familiales vers les Communautés. Comment vont réagir les partis francophones ? Régionaliser pour ne pas exclure Bruxelles ? Ou céder ? Le silence imposé par Di Rupo est un signe.

  

Toujours pour la presse, la scission des allocations familiales doit faire partie d'un grand « paquet » visant à réformer l'Etat. Curieusement, on ne parle pas (encore ?) du tout des pensions, domaine dans lequel la Wallonie est contributrice nette aux recettes de la sécurité sociale. Il y a plus de retraités en Flandre qu'en Wallonie où la vitalité démographique est comparable à celle de la France. Vitalité qui est une des plus grande d’Europe.

En d’autres termes, si on maintient le régime des pensions dans le fédéral, ce sont les Wallons qui vont supporter majoritairement les retraités de Flandre.

C’est un risque, rappelons nous la lamentable négociation sur le refinancement des Communautés qui n’a pas tenu compte des projections démographiques et qui a mis l’enseignement à Bruxelles et en Wallonie dans une situation financière intenable. A un point tel que la Wallonie a du venir au secours des Institutions bruxelloises. Ce qui risque d'être le cas égalment demain pour les allocations famillialles.

 

Les Flamands travaillent sur une base communautaire. Il en va curieusement de même du parti pourtant bruxellois FDF... Et, hélas, par contagion, ces alliés objectifs, entraînent les partis "dits francophones" sur le même terrain. Il suffit de lire les conclusions lamentables du groupe de réflexion initié par Arena en son temps. Groupe dit « Busquin-Spaak » dont je parlais ICI

 

La seule façon de leur résister efficacement, c'est d'organiser au plus tôt les partis politiques à Bruxelles, en Wallonie et en Région de langue allemande sur base régionale.

Tant que des structures wallo-bruxiennes comme PRL, le MCC, Ecolo, le PS, le CDH etc... continueront à fonctionner sur base communautaire - comme les Flamands - il n'y aura de solution gagnante que pour ces derniers. Et hélas, je ne pense pas qu’ils vont évoluer. La tendance lourde a plutôt été de marginaliser systématiquement les régionalistes.

Pourtant, les acquis les plus positifs du fédéralisme ont été le fait des revendications régionalistes.

 

Plutôt que la poursuite d’un fédéralisme (ou un confédéralisme ne jouons pas sur les mots) déséquilibré et conflictuel, la meilleure solution à court terme serait une vraie réforme de l’Etat Belgique en quatre Régions libres et égales en Droits, libres de s’associer deux à deux ou avec d’autres Etats voisins. Mais pour ça, il faut sortir de la logique communautariste.

 

PS : Je partage complètement l'avis de Robert Collignon publié dans la DH de ce dimanche : http://www.dhnet.be/infos/belgique/article/319180/plutot-que-le-senat-supprimons-la-chambre.html

 

(*) Si la Wallonie dépendait du régime social français, comme nos structures de population sont voisines, on pourrait imaginer une amélioration des prestations au titre de la branche famille, car les prestations françaises pour cette branche sont très généreuses (ce qui explique le dynamisme démographique).

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 23:17

 

La Cour internationale de Justice de La Haye a donc reconnu la légalité internationale de l'indépendance du Kossovo (*), proclamée unilatéralement voici deux ans et demi. Cet avis juridique, non contraignant, et portant si j'ai bien compris sur la méthode, est une évolution juridique considérable.

 

Certes, cette reconnaissance est la porte ouverte à d’autres déclarations d’indépendances. Reste à voir si les régions qui se sentent pousser des ailes auront le courage politique de le faire. L’Ecosse, la Catalogne probablement. La Flandre ? Ça reste à voir. Aura-t-elle vraiment les cinq minutes de courage politique que ça demande ?

 

Cette jurisprudence pourrait bien ouvrir la porte à une échappatoire honorable au « problème belge. Nul doute que les négociateurs réunis autour du préformateur doivent y penser…

 

Les bruxellois qui ne se sentent ni Wallons, ni Flamands vont-ils profiter de l’occasion pour absorber dans leur rêve (nationaliste) de « District européen » en sortant les communes colonisées de la périphérie flamande du « joug flamand » ? Les « francophones de la périphérie » feront-ils mieux ou aussi bien que les Albanophones du Kossovo ?

 

Quoi ? Parler de « colonies » à propos de communes à facilités vous choque ?

 

Rien n’est plus éloigné de mon esprit que la provocation. Face à la réalité historico-sociologique à laquelle nous sommes confrontés, il s’agit bien de cela! Le terme de « colonisation » est beaucoup plus adéquat à la situation de ces communes (comme de celles des Fourons d’ailleurs) qu’il ne l’était à l’ère dite « coloniale », pour laquelle il constituait une sorte d’abus de langage. A l’ère dite « coloniale », et qu’il vaudrait mieux vaudrait appeler « impériale », l’Etat impérialiste ne transférait pas sa population. Il conquérait, fondait un empire. Ce fut d’ailleurs une brève parenthèse vite refermée. Tandis que la colonisation actuelle, francophone comme flamande, mais aussi « économico-religieuse » pour élargir le concept, mérite bien mieux son nom, étymologiquement. Elle a d’ailleurs des conséquences mille fois plus graves, puisqu’elle implique un remplacement, d’une population par une ou plusieurs autres. Il ne s’agit pas, cette fois, pour le « peuple colonisé » (Flamands comme Fouronnais mais pas seulement), de perdre son indépendance un moment : il s’agit de disparaître, de s’effacer, de se dissoudre et même. D’être persuadé qu’il n’a jamais existé, qu’il a rêvé son histoire et son existence même.

C'est un des effets néfastes de l'existence de la Communauté française. Néfaste aux Wallons, on ne le dira jamais assez !

 

Tiens, avez-vous remarqué que le terme générique « francophone » remplace presque systématiquement celui de wallon pour qualifier les populations du… « Sud du pays ».

Que devenons-nous ? Que Wallons-nous encore ? Comment Wallons-nous réagir ?

 

Ce n’est pas de la provocation de ma part, mais bien du ressentiment. Cette volonté d’effacement de notre identité n’aurait pas été possible sans l’effondrement culturel dû, pour la plus grande part, au désastre du système éducatif. Un peuple qui connaît son histoire et qui sait ses classiques ne se laisse pas mener béatement dans les poubelles de l’Histoire. L’enseignement de l’oubli, l’inoculation scolaire de l’inculture, la bêtification de masse sont les conditions indispensables à la survie de la Belgique.

 

(*) Kosovo étant un anglicisme. En français, on écrivait jusqu’il y a peu « Kossovo »…

 

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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 06:37

L’opinion publique façonnée par la presse du régime fluctue en fonction du temps. Parfois très rapidement. Et d’autant plus rapidement que les journaux ont peu de choses à se mettre sous la dent. Ainsi, après avoir été ostracisée avant les élections, ensuite portée aux nues pour son sens de l’Etat pendant les premières semaines qui ont suivi, la N-VA (*) semble bien à nouveau suspecte. Pas de sa faute pourtant. Il aura suffit  d’une maladresse (volontaire ?) du préformateur pour réinstaurer un climat de tension à instrumentaliser ? Pourquoi avoir anticipé des demandes que les Flamands ont eux-mêmes mises de côté dans un « coin poussiéreux et oublié de leur programme » ?  

 

Di Rupo va donc plus loin.  Pourquoi mettre tout à coup l’accent sur l’amnistie si c’est pour déclarer immédiatement après que « ce n’est pas à l’ordre du jour des négociations »

L’argument donné : « être attentif aux prises de position de membres de la société civile » et donc avoir des contacts privés comme il a en souvent avec « les nombreuses personnes du monde académique qui s’adressent à lui » me paraît un peu léger.

Curieux en tous ca, non ? A moins qu'il ne souhaite dans la foulée faire réhabiliter Léopold III... Tant qu’à faire… Lui qui -  sachant pertinemment qu’alors que la démocratie est de toute façon confisquée par les présidents de parti - ne parle opportunément que de « Souverain » pour nommer le roi et oublie généralement qu’en démocratie, c’est le Peuple qui est souverain. Et certainement pas l’un ou l’autre « représentant (que lui-même) de la Société civile, autre nom de la fameuse « majorité silencieuse ». (**)

 

Attention, je pense qu'il y a un "gap" (comme on dit en "belge francophone", en français, je dirais un fossé) culturel. Le nationalisme de la N-VA est un nationalisme qui n'a plus rien à voir avec celui du XIXème siècle. Or, tant les Wallons que les Bruxellois francophones ou les Français gardent cette vision, ce filtre pour analyser les propos flamands. Certes, la N-VA parle d'indépendance. Mais cette indépendance prend en compte l'évolution politique de l'Europe qui favorise l'émergence de régions autonomes équipolentes aux "vieux Etats". Ils ne sont - à la lecture de leur programme - ni pour une armée flamande, ni pour un "Etat nation à la Bismarck", mais à une Flandre autonome intégrée dans un ensemble plus vaste qui s'appelle l'Europe économique. Pour eux, la Belgique, dans ce cadre, est dépassée.

Les différents camps ne parlent donc pas de la même chose. Il y a donc bien deux Etats (et plus, je dirais quatre  en comptant Bruxelles et la région de langue allemande en plus de la Wallonie et de la Flandre) qui évoluent sociologiquement, politiquement, culturellement différemment. Ce sont des visions d’avenirs extrêmement différentes. L'ignorer mène tout droit au retour de vieux démons identitaires. A ce propos, le nationalisme belge est beaucoup plus archaïque que le nationalisme flamand. Ce dernier est assertif, celui là est agressif et défensif. Au moment ou, par le choix d'Huub BROERS comme prochain sénateur coopté N-VA,  , sans y avoir l’air d’y toucher, les Flamands qui relancent la question fouronnaise, pendant que nos bons belges  savourent un Parlement sans Happart, ni autre Fouronnais, ni régionalistes wallons assertifs… Au même moment, ironie de l'histoire, le choix de « bourgmestres non nommés de la périphérie bruxelloise» pour siéger au Parlement par le MR contribue à déforcer encore plus la position wallonne…

 

Par ailleurs pour en revenir à la proposition Di Rupo sur l'amnistie, il est bon de souligner que cette revendication d’amnistie ne figure même plus que pour mémoire dans le programme de la N-VA. A moins que - parce que rien n’est gratuit - que si le Di Rupo parle de cela, c'est peut-être parce que la N-VA a mis discrètement sur la table de négociation une proposition de régionalisation (ou plutôt, hélas de communautarisation) de ce fleuron des compétences régaliennes qu'est la Justice. Et si c'est cela qui motive la sortie sur l’amnistie, alors, franchement, je ne pourrais que m’en réjouir.  Encore une compétence de moins dans les mains du fédéral. Après tout,  que les Flamands fassent alors ce qu'ils en veulent de cette matière et avec leurs propres « liards ». Cela ne grèvera pas leur budget : il n'y a plus aujourd’hui guère qu'une poignée d'anciens collabos à indemniser le cas échéant. Et ce n’est même pas certain puisque même un des fondateurs de la N-VA, Eric Defoort, l’historien émérite et grand ami de De Wever, considéré comme l'éminence grise du parti nationaliste flamand, affirme que son parti n'est pas intéressé par l'amnistie des anciens collaborateurs…

 

Il serait par contre absolument inadmissible qu'une amnistie intervienne tant que la Justice reste fédérale, puisque cela voudrait dire aussi amnistie pour les Kollabos wallons au nom d’une prétendue « réconciliation entre les Belges ».Il n’en est pas question. Imaginerait-on – demain - l’Allemagne envisager l’amnistie des nazis pour réconcilier les Allemands ou la France absoudre ses collaborateurs ? Soyons sérieux. Ou alors, Di Rupo ne comprend rien aux Wallons ! Voir la réaction du RAssemblement Wallon ICI et celle de Wallonie Libre : CdP WL 07 2010

 

Pour le reste… En matière de négociation, Eric Defoort interrogé ce matin à la RTB(f) a été clair, le premier paquet des réformes institutionnelles négocié sous le gouvernement Leterme ne suffira pas à la N-VA. « Il faut surtout le marché du travail et les soins de santé », dit-il. Et la RTB(f) se veut rassurante : pour elle : «  scission de la sécurité sociale, mais pas dans son entièreté » veut dire ne pas toucher à la Sécu… Evidemment, si Defoort affirme « qu'il ne faut pas laisser tomber les gens dans le besoin », les transferts vers la Flandre doivent bien entendu continuer. Là où c’est à son avantage, on ne touche à rien. Et dire que le ministre des pensions est du même parti que Di Rupo.  Rassurant ?

 

 

(*) Je n’écris pas « le parti de De Wever » comme on écrirait « le parti de Gendebien » ou « de Modrikamen » parce qu’il y a là une machine de guerre bien rodée et solide en coulisses. Machine qui ne se résume pas à un seul homme.

 

(**) Ah ! Écouter le silence ! Plus sérieusement, si cette majorité est silencieuse, ce n’est pas parce qu’elle ne parle pas, bien au contraire. C’est plutôt parce qu’elle ne pense pas. Se contentant d’ânonner des lieux communs.

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 12:00
En 1830 déjà !
 
« L’opinion générale proclame une vérité qui ne semble plus pouvoir être méconnue. Les intérêts, le langage, le caractère, les habitudes, le culte et les mœurs des habitants du Midi formeront toujours un obstacle invincible à toute union sincère et durable entre les deux grandes divisions du Royaume… »
 
Message du 11 août 1830 adressé par le Conseil de Régence  de la Ville de Namur au Roi Guillaume des Pays-Bas.
 
Les élections on montré que nous vivons dans deux pays, fallait-il une confirmation ? 
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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 20:03

Extrait de Paris Match

Paris Match: Qu’est-ce qui vous a poussé à réagir par voie de communiqué à la victoire électorale de la N-VA et de Bart De Wever ?


Jean-Pierre Chevènement:
<
http://www.chevenement.fr/Reaction-de-Jean-Pierre-Chevenement-aux-resultats
-des-elections-en-Belgique_a967.html> J’ai fait un communiqué parce que, bien évidemment, la poussée de cette formation séparatiste pose beaucoup de questions quant au devenir de la Belgique. Des questions auxquelles les
Français ne sont pas indifférents même s’ils ne désirent pas s’ingérer dans les affaires belges. J’ai simplement souligné le fait que les Wallons, et les Francophones plus généralement, ne sont pas contraints de négocier le dos au mur. Par conséquent, j’ai rappelé que si la Flandre voulait devenir indépendante et si, comme l’a dit Bart De Wever, il s’agissait de faire s’évaporer la Belgique, les francophones doivent savoir qu’une majorité de Français - 66 % d’après les sondages -, seraient près à les accueillir au sein de la République française. Mais seulement s’ils en exprimaient le souhait dès lors que cela ne pourrait se faire que sur base de l’autodétermination et, bien entendu, si l’hypothèse de l’évaporation de la Belgique devait se concrétiser.

PM : Etes-vous attentif depuis longtemps à l’évolution de la situation communautaire en Belgique ?


Jean-Pierre Chevènement:

- Oui, j’y suis attentif parce que c’est un mouvement de fond qui remonte au début du siècle précédent. Je le vois se développer comme une revendication de type national qui met aujourd’hui en jeu l’existence de la Belgique telle
qu’elle a été construite en 1830, même si elle a évolué par la suite, passant de l'État unitaire à l'État Fédéral. J’observe donc ce qui se passe chez vous de longue date et je suis notamment informé de la façon dont certains Flamands veulent remettre en cause les droits linguistiques des francophones de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Or, je trouve qu’au cœur de l’Europe, il est souhaitable qu’une minorité – même si elle majoritaire dans certaines communes, - puisse s’exprimer dans sa langue. C’est un droit de l’homme après tout.

PM : La Belgique expérimente sur son sol les poussées autonomistes, voire les tensions nationalistes, dont on observe de plus en plus de manifestations ailleurs en Europe. Trouvez-vous cela inquiétant ?


Jean-Pierre Chevènement:
- Je pense que ces tendances sont en effet préoccupantes dans la mesure où elles s’opposent à la conception républicaine de la nation à laquelle nous sommes traditionnellement attachés en France, à savoir qu’une nation se
définit comme une communauté de citoyens. Mais dès qu’on propose une définition de la nation fondée sur l’ethnicité, cela nous ramène aux débats du XIXe siècle. On a par exemple vu s’affronter ces deux conceptions dans le cadre de la controverse historique au sujet de l’Alsace-Lorraine. Les Alsaciens-Lorrains souhaitaient demeurer Français, mais cette volonté fut remise en cause par le traité de Francfort, considérant qu’à partir du moment où l’ethnie dominante en Alsace-Moselle était alémanique ou francienne, il devenait parfaitement légitime de rattacher l’Alsace-Lorraine à l’Empire allemand. En 1882, à la Sorbonne, Ernest Renan donnait une conférence demeurée célèbre sur le thème « Qu’est-ce qu’une nation ? », dans laquelle il opposait les deux conceptions dont nous parlons. Près d’un siècle et demi plus tard, en Belgique comme ailleurs, la question est encore de savoir si l’on souhaite s’inscrire dans le cadre d’une nation citoyenne ou d’une nation ethnique.

PM : Alors, comment appréhendez-vous les revendications nationalistes flamandes dans le cadre de l’Europe de Maastricht à laquelle on vous sait hostile, précisément parce qu’elle nierait les nations selon votre analyse ?

 

Jean-Pierre Chevènement:
- Par rapport à Maastricht, je dis qu’en méconnaissant la diversité des nations qui composent l’Europe, on a bâti quelque chose de très artificiel qui s’appelle la monnaie unique, en crise actuellement. Mais je parle là des nations telles qu’elles sont constituées au sein de la zone euro, ayant chacune des structures économiques, des politiques économiques, des repères culturels et des principes différents. En revanche, la volonté autonomiste flamande pose – et j’y reviens -, le problème de la conception ethnique ou citoyenne de la nation. Ça, c’est une affaire que les citoyens belges doivent débrouiller. En tant que Français, nous sommes au résultat comme on dit en langage footballistique. Maintenant, un peuple se définit par la volonté. Si les Flamands, qui ont incontestablement un sentiment d’identité
propre, décidaient de devenir indépendants, je n’aurais rien à y objecter. Un peuple, ça se constitue et ça vit.

Mais au-delà de l’aspect ethnique, les revendications flamandes participent également d’une remise en cause fondamentale du principe de solidarité entre une région prospère et une autre qui l’est moins…


La même chose pourrait se faire à l’initiative des Catalans vis-à-vis des Espagnols, la Catalogne étant plus riche. Ou encore de la part des Lombards et des Piémontais à l’égard des Napolitains et des Siciliens. C’est d’ailleurs ce à quoi on a assisté en ex-Yougoslavie : les républiques qui ont voulu faire sécession, la Slovénie et la Croatie, étaient plus riches que la Serbie, le Monténégro et la Macédoine. Ceci étant, vous avez raison, c’est une atteinte au principe de la solidarité nationale. Mais dès le moment où vous niez la réalité de la nation, la solidarité nationale ne suit plus fatalement.

PM : Revenons au scénario du rattachement à la France. En dépit des sondages, croyez-vous que les Français sont véritablement prêts à accueillir les francophones de Belgique au sein de la république ?

 

Jean-Pierre Chevènement: 
- Je le répète, si les francophones le souhaitaient et le demandaient par référendum et si, en toute hypothèse, les flamands prenaient leur indépendance - conditions qui ne sont pas aujourd’hui réunies -, je trouverais juste de les accueillir dans la République française sous un statut à déterminer. Ça pourrait être le statut actuel avec un simple
rattachement de la sécurité sociale wallonne à la sécurité sociale française. Mais ça mériterait naturellement que l’on regarde ça de plus près le cas échéant. Ceci étant, je vous accorde qu'à l’heure qu’il est, la question de l'éventuel éclatement de la Belgique n’étant pas posée, les Français ont d'autres préoccupations. D'autant qu'ils se trouvent
actuellement confrontés à un affaiblissement de la conscience nationale. On a connu des époques comparables, notamment dans les années 30, quand la France ne savait plus vraiment où se situer, regardant vers Rome, Moscou ou encore Berlin. Avec l'adoption du traité de Maastricht, nos élites de droite et de gauche ont propagé l'idée selon laquelle l’Europe se substituait à la France. L'Europe devenait notre horizon et notre patrie. Mais il s'agit en l'occurrence d’une Europe supranationale, ou postnationale, plutôt qu'une Europe des nations pour laquelle j’exprime ma préférence parce que je crois qu’elle est plus réaliste et, qu'en outre, la nation reste le cadre de la démocratie et le lieu de la solidarité. On le voit du reste avec le problème de la sécurité sociale que vous soulevez. Bref, en ce moment, les Français aspirent surtout à ce qu’on leur redonne un projet national valorisant, républicain, parfaitement compatible avec la construction d’une Europe des peuples. Ce ne sera pas un projet de fermeture nationaliste, auquel cas je
m’y opposerais. Ils ont besoin qu’on situe mieux la France dans le monde du début du XXIe siècle où l’on voit que l’Europe, et pas seulement la France, poursuit un déclin accéléré.


PM : Les responsables politiques français ne semblent pas non plus manifester un grand intérêt pour le futur de la Belgique. Est-ce le cas ?

 

Jean-Pierre Chevènement:

- Ça l'est et je le regrette. Je crois que cela tient en partie au fait qu’aucun d'eux ne veut jeter de l’huile sur le feu en ce moment. Ceci étant, je pense qu’ils devraient malgré tout se montrer plus attentifs au respect de droits légitimes ainsi qu'à celui de principes démocratiques menacés à quelques kilomètres de Bruxelles.

PM : En cas de scission du pays, quel pourrait être le statut de Bruxelles  d'après vous ? Etes-vous partisan de l’idée de certains d’en faire un district fédéral européen sur le modèle de Washington ?

 

Jean-Pierre Chevènement:
- Il appartient aux habitants de la Région bruxelloise de se déterminer si la Flandre devait choisir la voie de l'indépendance. Je ne vais pas me substituer à eux. Ils auraient le choix entre la Flandre, la Wallonie et une entité autonome abritant les institutions européennes. Quant à l’idée de faire de Bruxelles un district fédéral européen, je rappelle que l’Europe n’est pas une fédération. C’est, selon la Cour constitutionnelle de Karlsruhe : une organisation internationale qui met certes en commun un certain nombre de compétences, mais ce n’est pas une fédération. Par
conséquent, il faut éviter de faire un district fédéral sans fédération.

PM : Quitte à faire de la politique fiction, imaginons que Bruxelles et la Wallonie rejoignent l'Hexagone. Ne craignez-vous pas que l’Allemagne et la Grande-Bretagne voient d'un mauvais œil le passage des institutions
européennes et du siège de l'Otan dans le giron de la France ?

 

Jean-Pierre Chevènement:
- Nous ne sommes plus au lendemain de Waterloo où tous les Européens craignaient de voir l’impérialisme français se réveiller à nouveau. Tout cela est dépassé. Il faudrait trouver des arrangements, mais c’est du détail.

PM , Waterloo, justement. Dans son livre « Mélancolie française », Eric Zemmour considère que la Belgique est la résultante de la défaite de Napoléon et, par conséquent, une création artificielle qui n'aurait jamais vu le jour autrement. Votre avis ?

 

Jean-Pierre Chevènement:
-La défaite de Napoléon a Waterloo a eu des conséquences immenses. Pour la France, c’est une page d'histoire qui se tourne. À partir de 1815, le conflit d’hégémonie entre la France et l’Angleterre est tranché au bénéfice de cette dernière qui va imposer une Belgique neutre en 1830. Grâce aux bons offices de Taleyrand, elle met sur le trône un Saxe-Cobourg marié à une fille de Louis-Philippe. C’est alors de la grande diplomatie !

PM : Quelle image avez-vous des Belges et de la Belgique ?

Jean-Pierre Chevènement:
- J’ai beaucoup de sympathie pour la Belgique et les Belges en général. Je vais toujours très volontiers à Bruxelles. J’ai visité Bruges avec mon épouse il y a quelques années et nous avons beaucoup aimé. D’ailleurs la Gaule Belgique au temps de César allait jusqu’à Belfort et je suis très fier d’être belge de réputation, les Belges étant, selon l’auteur de « La guerre des Gaules », les plus braves des Gaulois.

PM :Entretenez-vous des contacts avec des dirigeants belges ou d'autres personnalités ?

 

Jean-Pierre Chevènement:
-A une époque, j’ai bien connu Etienne Davignon. J’ai plus récemment rencontré Louis Michel, notamment lorsqu’il était ministre des affaires étrangères. Je connais Elio Di Rupo, de réputation, mais sans l’avoir rencontré....


Chevenement.fr le Jeudi 8 Juillet 2010 
http://www.chevenement.fr

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 12:16

 Au terme de trois semaines de mission d’information, Bart De Wever a remis son rapport définitif. On en sait peu de choses.

Il semble bien que toutes les parties consultées soient unanimes quant à la nécessité d’une sixième réforme de l’Etat. Le statu quo n’est pas envisageable pour l’ensemble de ces personnes  pour - disent-ils - créer un climat de stabilité politique indispensable pour l’assainissement des finances publiques...

Il y a des points de vue convergents sur la poursuite de la réforme institutionnelle - avec des transferts des compétences - selon des modalités de financement à déterminer...

Elio Di Rupo a été désigné pré-formateur... le PS et la N-VA ont donc réalisé des avancées et des concessions ont été faites sur une série de points précis, mais,; évidemment, des nœuds capitaux comme la scisison de Bruxelles-Hal-Vilvorde restent à trancher. Surout Elio Di Rupo va devoir faire admettre ces concessions auprès de ses futurs partenaires des partis dits francophones. Par ailleurs, il semble bien n'y avoir que (très) peu de remarques du côté flamand.

 

Il nous reste à continuer à attendre.

 

En attendant, la vie politique continue et laChambre a tenu sa séance d'installation mardi après-midi. Les 150 députés élus ou réélus lors des élections du 13 juin dernier ont tous prêté rapidement le serment constitutionnel... en attendant de démissionner et de se faire remplacer par leurs suppléants. Rappelons ainsi qu'il y avait il y a 52 suppléants sur 150 députés, dont 8 suppléants sur les 10 députés CDH... Et qu'au  Parlement wallon, s'il n'y a que 16 suppléants sur 75 députés, 12  d'entre eux sont des suppléants de 29 députés PS...

 

C'est le moment où l'indispensable revue en ligne Toudi publie un appel qui est aussi une analyse et une proposition de réforme du processus démocratique en Wallonie. Je vous invite à le lire : Présidentocratie et déficit démocratique.

 

Vous verrez ainsi que d'autres, plus discrètement, préparent l'avenir.

 

 

En bonus : le sondage de juin 2010 du Figaro sur les Wallons et l'avenir de la Wallonie. Texte en PDF.

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« Le courage. C'est de refuser la loi du mensonge triomphant, de chercher la vérité et de la dire »  (Jean Jaurès)
*
« (…) il n'existe aucun accommodement durable entre ceux qui cherchent, pèsent, dissèquent, et s'honorent d'être capables de penser demain autrement qu'aujourd'hui et ceux qui croient ou affirment de croire et obligent sous peine de mort leurs semblables a en faire autant. » (Marguerite Yourcenar)
*

« Ce qui nous intéresse ce n'est pas la prise de pouvoir mais la prise de conscience. » (Armand Gatti)

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